Et si une année de sécheresse supplémentaire s’abat sur le Maroc ?

Le taux de remplissage des barrages n’atteint même pas 30% et 15% sont perdus dans l’envasement. L’agriculture devra s’orienter vers les cultures alimentaires, tout en essayant de limiter les produits importés. La filière animale doit être alimentée au grossier qui ne peut être disponible que par une bonne pluie.

La production céréalière devrait baisser de 69% en cette année, pour atteindre 32 millions de quintaux (MQx), et ce sur une superficie cultivée de 1,2 million d’hectares. Par type de céréales, la production prévue est estimée à 17,8 MQx de blé tendre, 7,53 MQX de blé dur et 6,63 MQx d’orge. En parallèle, il est estimé que les cultures sucrières devraient atteindre une production de 340 000 tonnes, en baisse de 48 000 tonnes, par rapport à la campagne précédente, en raison essentiellement de la revue à la baisse de la superficie cultivée de 10 000 ha.

Par contre, les perspectives de production des légumes, agrumes, oliviers, des roses et des palmiers, sont favorables. La production de tomates et de pommes de terre devrait atteindre respectivement 1,204 et 1,05 million de tonnes et celle des oignons 297 000 tonnes. Ce sont les derniers chiffres arrêtés par le ministère de l’agriculture. Ces volumes de production ont été réalisés dans un contexte de forte sécheresse avec un taux de remplissage des barrages qui n’atteint même pas 30%. Sachant que près de 15% des eaux des barrages sont perdus dans l’envasement et que l’agriculture est le secteur qui profite, en dernier, de ces retenues après avoir assuré l’eau potable aux citoyens et satisfait les besoins de l’industrie et des services. Que reste-t-il pour l’agriculture ?

Pire encore, la production agricole est essentiellement pluviale et représente 85% de la production totale, au moment où 15% sont assurés par les barrages locaux, selon le rapport du SMIAR (Système mondial d’information et d’alerte rapide) de la FAO. De plus, le rapport précise que les quantités de précipitations cumulées entre novembre 2021 et février 2022 ont représenté la moitié de la moyenne, provoquant des conditions de sécheresse généralisées dans tout le pays. Renversement de la situation entre mars et avril, les pluies ont été abondantes et ont atteint 40%, au-dessus de la moyenne dans certaines régions. Pourtant, elles sont arrivées tardivement pour amorcer une reprise de la végétation, car les cultures céréalières avaient déjà atteint le stade de remplissage des grains.

Une année difficile pour l’agriculture, c’est le moins que l’on puisse dire. Elle aurait pu être pire si l’Etat n’avait pas initié un programme d’aide, tant pour les agriculteurs que pour les éleveurs, d’une enveloppe de 10 milliards de DH.

Compte tenu des effets de cette sécheresse sur le secteur agricole, auxquels se sont ajoutés les conséquences de cette crise qui perdure entre la Russie et l’Ukraine, ne serait-ce qu’en terme de hausse des matières premières, qu’en sera-t-il de l’année prochaine ? Qu’adviendra-t-il de la campagne agricole 2022-2023, si une autre année de sécheresse s’abat sur le Maroc ? A priori, le ministre de l’agriculture a déjà pris une palette de mesures relatives notamment aux facteurs de production. En matière de semences sélectionnées, le marché national sera approvisionné d’environ 1,2 MQx de semences certifiées. A côté, l’Etat poursuivra son soutien pour garantir la pérennité de l’écosystème de semences sélectionnées et protéger le rendement de l’ensemble des intervenants (multiplicateurs, agriculteurs et semenciers). Il sera procédé, également, à la mise en place d’une subvention des prix des céréales sélectionnées par l’Etat selon les catégories. Elle sera fixée à 210 DH pour le quintal du blé tendre, à 290 DH pour le quintal du blé dur et à 210 DH pour le quintal d’orge. D’autant plus, la prime de stockage sera maintenue, et un volume de 500 000 tonnes d’engrais phosphatés sera fourni pour assurer l’approvisionnement du marché lors de la prochaine campagne agricole, tout en maintenant les mêmes niveaux de prix par l’OCP. En plus de cela, les agriculteurs seront encouragés à réaliser des analyses subventionnées en laboratoires agricoles, en parallèle avec la poursuite du déploiement du programme national de semis direct à l’horizon 2030, à travers la programmation d’une superficie de 90 000 hectares, et du programme d’assurance multirisque climatique céréales, légumineuses et oléagineux.

Le ministère travaille certes à bras-le-corps pour limiter les dégâts d’une mauvaise année supplémentaire. Sauf que l’eau reste la problématique principale. En l’absence de précipitations dès le mois d’octobre, la saison agricole risquerait d’être perdue encore une fois. La Comader nous informe qu’il n’y a encore aucune visibilité sur cette question. Mais, «a priori, l’agriculture devra s’orienter vers les cultures alimentaires, tout en essayant de limiter les produits importés. Allusion faite aux céréales, légumineuses et oléagineux, produits essentiels pour assurer la sécurité alimentaire», signale la Comader. Il s’agit aussi de procéder à l’irrigation d’appoint dans certaines régions, notamment pour l’arboriculture fruitière et de réduire, du moins contenir, la culture des agrumes aux superficies couvertes actuellement. En tout cas, les agriculteurs restent dans l’expectative quant au déroulement de la prochaine saison agricole ; certains ont même délaissé leurs plantations, de crainte de subir le même sort que celui de cette année. En face, le rapport du SMIAR rappelle que le Maroc dépend fortement des importations de céréales pour couvrir ses besoins de consommation. Il estime que les besoins d’importations céréalières pour 2022-2023 seraient de 10,4 millions de tonnes, soit environ 35% de plus que la moyenne de 2021-2022.

La filière animale qui a souffert en cette année de l’indisponibilité de la ressource devrait encore pâtir de ses effets si le Maroc vit une saison de sécheresse supplémentaire. La Fiviar (Fédération interprofessionnelle des viandes rouges) nous assure, après ses discussions avec l’autorité de tutelle, que si besoin est, le pays pourra importer la même quantité d’orge que cette année, soit 6 MQtx. Cependant, «le bétail n’a pas besoin que du grain (maïs, orge, soja). Son alimentation doit reposer sur du grossier également (fourrage, paille et foin) qui ne peut être disponible que si les précipitations pluviométriques sont bonnes» explique la Fiviar. Et c’est justement là que le bât blesse. Et de préciser : «le stock de fourrage réalisé en cette année est faible et ne peut couvrir les besoins en alimentation des animaux pour l’année prochaine, pour tout le pays». Le gouvernement est donc prêt à déployer tous les efforts pour venir en aide encore une fois aux éleveurs et agriculteurs, il ne reste qu’à espérer que le Ciel soit plus clément l’année prochaine !

 

De la nécessité d’accélérer le chantier des stations de dessalement de l’eau de mer

Au moment où notre pays souffre de la raréfaction de l’eau tant au niveau des barrages qu’au niveau des nappes phréatiques, surexploitées pour certaines, il est des solutions alternatives sur lesquelles le Maroc s’est déjà penché et qu’il faudra accélérer. Il s’agit essentiellement du dessalement de l’eau de mer ou encore du traitement des eaux usées. Il faut dire que 9 stations de dessalement ont été réalisées permettant de produire 147 millions de m3 d’eau par an ; 4 autres sont programmées et seront réalisées prochainement dans les villes de Casablanca, Dakhla, Safi et Nador. A l’horizon 2030, 20 stations supplémentaires seront mises en place pour atteindre la capacité de production annuelle de plus d’un milliard de m3 par an en eau, extensibles à 2 milliards.

 

Des mesures incitatives pour la commercialisation des céréales

Parmi les mesures prises par le ministère, figure également le volet commercialisation. En effet, un système de commercialisation incitatif a été mis en place en vue d’encourager la collecte de la production nationale des céréales, portant sur la fixation d’un prix de référence de 300 DH pour le quintal de blé tendre et l’octroi d’une somme de 30 DH par quintal, à titre de prime forfaitaire pour les quantités de la production nationale du blé tendre collectées du 1er juin au 31 juillet 2022. Les mesures incitatives comprennent également l’instauration d’une prime de stockage à hauteur de 2,5 dirhams/le quintal par quinzaine, octroyée aux unités de stockage de la production nationale du blé tendre, collectée du 1er juin au 31 décembre 2022.

Il s’agit également de l’attribution des premiers appels d’offres pour approvisionner les moulins industriels en blé tendre orienté vers la production de la farine subventionnée.