Le Maroc muscle son dispositif de surveillance et de lutte contre la pollution de l’air

Inconnu du grand public, le Laboratoire national des études et de surveillance de la pollution a été présenté aux médias à l’occasion de la célébration de la Journée mondiale de l’environnement. Cet établissement assiste les pouvoirs publics dans la résolution de conflits environnementaux pouvant opposer des entreprises et des riverains, ou autres protagonistes. Le Maroc est doté d’un réseau national de surveillance de la qualité de l’air, composé de 28 stations dans 15 villes.

«Dans cette partie du labo, nous analysons les échantillons de pesticides ou des hydrocarbures prises par nos équipes sur le terrain. Nous mesurons également les polluants organiques persistants dans le cadre d’un programme mondial de surveillance», nous explique un employé du service des micro-polluants, au Laboratoire national des études et de surveillance de la pollution (LNESP), ce lundi 17 juin à Rabat. Unique en son genre au Maroc, le LNESP a été présenté aux médias à l’occasion de la célébration de la Journée mondiale de l’environnement (5 juin), qui a pour thème: «Combattre la pollution de l’air, à travers des activités scientifiques et des actions de sensibilisation du grand public».

«Ici, dans le service des micro-polluants minéraux, nous poursuivons le traitement des échantillons pour déterminer le niveau de présence des métaux lourds», explique un responsable qui conduit la visite guidée. Détail important, les échantillons sont codifiés tout comme dans les laboratoires d’analyses classiques. La raison ? Préserver l’impartialité des agents du labo et la fiabilité des résultats, en empêchant toute velléité de trucage des résultats. Et pour preuve, le LNESP assiste les pouvoirs publics pour la résolution de conflits environnementaux pouvant opposer des entreprises et des riverains, ou autres protagonistes. Autres rôles, et non des moindres : participer à la mise en place des valeurs limites des rejets et du contrôle, ainsi que de développer des synergies avec d’autres laboratoires et les institutions de recherche.

Des équipements de pointe

Coté missions, le LNESP est chargé de surveiller et caractériser la pollution et les nuisances dans l’environnement et contribuer à la mise en place des réseaux de surveillance thématiques, mais pas que. Le LNESP agit en gendarme pour contribuer au respect des engagements internationaux et régionaux en matière de surveillance et de contrôle de pollution. Plus encore, le laboratoire, sis au quartier d’Agdal fournit des prestations d’analyse au secteur privé, contribuant ainsi à la mise à niveau environnementale du tissu économique national. Pour accomplir ces missions, le département de l’environnement a doté le laboratoire de moyens adéquats.

Dans le volet eau et déchets, le labo est équipé de matériel d’échantillonnage (sondes piézométriques, échantillonneurs automatique, débitmètre..), d’équipements d’analyses physico-chimiques et bactériologiques pour le suivi des indicateurs de pollutions, en plus d’unités et laboratoires mobiles.
Pour surveiller la pollution d’air et les nuisances, les employés du labo utilisent des analyseurs de surveillance de la qualité de l’air, des unités mobiles équipées pour l’analyse de la qualité de l’air ambiant et le contrôle des émissions atmosphériques émanant de sources fixes et mobiles. Enfin, le labo est équipé en plusieurs outils d’analyse de micro-polluants (CPG, CI, AAS, MP-AES).

Il faut dire qu’avec la mise en œuvre progressive de la Stratégie nationale de développement durable (SEDD) et l’évolution de la législation environnementale, le laboratoire – créé en 1994 à l’initiative du ministère de l’intérieur – ne reste pas inactif.

Des voitures électriques pour le secrétariat d’Etat à l’environnement

Tôt dans la journée, Nezha El Ouafi, Secrétaire d’Etat chargée du développement durable, a accueilli le chef de gouvernement, Saâdeddine El Othmani, invité au lancement de la célébration de la Journée mondiale de l’environnement. Un événement marqué par le lancement de la première flotte de voitures électriques publiques, relevant du département de l’environnement, dans le sillage de l’exemplarité de l’Etat. Un principe institué par la SEDD, voulant que l’Etat donne l’exemple en matière d’engagement en faveur de l’environnement.

La journée a été également l’occasion de faire le point sur les réalisations du Maroc dans la lutte contre la pollution de l’air. Un fléau qui pèse 1,05% du PIB, selon des évaluations datant de l’année 2014. D’après les données fournies par le secrétariat d’Etat, le Maroc est doté d’un réseau national de surveillance de la qualité de l’air, composé de 28 stations dans 15 villes. Le Royaume dispose également d’un cadastre d’émissions atmosphériques dans les villes de grande et moyenne taille. Un outil d’information primordial pour caractériser la qualité de l’air et définir les stratégies de lutte contre la pollution. Des mesures d’incitations (FODEP et FNEDD) ciblant les entreprises ont été également mises en place pour financer des projets de dépollution, atmosphérique entre autres. Le Maroc a adopté plusieurs normes et lois (qualité des carburants en 2009 et loi 13-03 et ses textes d’application). N’étant pas en reste, la gouvernance du secteur de l’air a été renforcée en 2013 par la création d’un comité interministériel (CNSQA). Dans la continuité de ces efforts, le secrétariat d’Etat a mis en place un plan sectoriel pour la période 2018-2030. Il s’agit du Plan national Air (PN’Air), une feuille de route déclinée en 4 piliers et 17 actions.

Au sens de la loi marocaine, un polluant de l’air est «toute substance ou énergie émise ou rejetée dans l’environnement en concentration ou en quantité supérieure au seuil admis par les normes ou réglementations en vigueur». Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la pollution de l’air représente un risque environnemental majeur pour la santé et augmente la charge de morbidité imputable aux accidents vasculaires cérébraux, aux cardiopathies, au cancer du poumon et aux affections respiratoires, chroniques ou aiguës, y compris l’asthme.
Selon les dernières estimations de cette instance onusienne établies en 2016, 4,2 millions de personnes décèdent prématurément chaque année du fait de leur exposition à la pollution de l’air ambiant, 3,8 millions autres décès prématurés sont liés à la pollution de l’air intérieur et 91% de la population mondiale respire un air non conforme aux directives de l’OMS.