L’agriculture, premier secteur touché par le réchauffement climatique

Une baisse de 15 à 20% de la production est constatée dans les régions les plus impactées. De nombreuses stratégies sont mises en place pour atténuer les effets négatifs du réchauffement climatique.

Le Maroc n’a pas été épargné par les effets du réchauffement climatique qui a touché de nombreuses régions dans le monde. La campagne agricole 2015-2016 a été marquée par des conditions climatiques très particulières, qui ont fortement impacté  l’agriculture et l’élevage. Les spécialistes pointent du doigt deux principales raisons à cet impact : la pluviométrie et les vagues de chaleur qui se sont succédé ces derniers mois et qui ont fait de cette campagne la plus chaude jamais enregistrée. Ceci aura pour résultat de baisser la productivité des principales cultures et d’augmenter leurs besoins en eau, diminuant ainsi directement l’utilisation efficiente de l’eau pour l’irrigation. On constate également une baisse de 15 à 20% pour toutes les cultures dans les régions ayant connu des niveaux élevés de réchauffement. Retour sur un phénomène planétaire. Les effets du climat et de ses aléas ont eu une grande part de responsabilité dans les crises qu’a connues l’agriculture au Maroc ce dernier siècle. En effet, depuis les années 60, les températures moyennes annuelles ont augmenté de 1° à 3°C dans l’ensemble du Maroc et les projections montrent une tendance à la hausse des températures moyennes annuelles de 0,5 à 1,5°C de 2020 à 2080.

Quant à la pluviométrie, les précipitations sont en baisse et de plus en plus irrégulières. En effet, elles ont subi une baisse qui varie de 3 à 30% avec une baisse moyenne de 26% dans la région Nord-Ouest du pays. D’autant que le régime des précipitations a changé, avec des pluies fortes plus fréquentes et plus concentrées notamment entre les mois d’octobre et novembre. Les projections prévoient une tendance à la baisse des cumuls annuels des précipitations entre 10 et 20% pour atteindre 30% sur les provinces sahariennes à l’horizon 2100.

Pour ce qui est des vagues de chaleur, elles sont de plus en plus intenses ; plus fréquentes et plus longues, avec des températures pouvant atteindre jusqu’à 47 ou 48°C durant certaines années. La projection médiane des changements de la durée des vagues de chaleur est de plus de 26 jours d’ici 2100, avec des projections variant de 8 à 66 jours.

Les effets ne s’arrêtent pas là, comme le montrent les extrêmes climatiques. Les sécheresses sont plus fréquentes et plus longues. Entre 1940 et 1979 il y a eu 5 sécheresses en 40 ans alors qu’entre 1980 et 2002, on en compte 10. Une prolongation des sècheresses de plus de 5 jours d’ici 2100 est à prévoir. Il en est de même pour les inondations. Dans la région de Souss Massa par exemple, une forte augmentation du nombre d’inondations est constatée puisque entre 1982 et 2007, il y a eu 4 inondations en 25 ans alors qu’entre 2008 et 2015, on en comptait 7.

Par ailleurs, le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) prévoit une augmentation de 18 à 59 cm du niveau de la mer d’ici la fin du 21ème siècle, surtout que les surfaces de plage se réduisent, la fréquence annuelle des catastrophes naturelles sur la mer augmente et les houles deviennent plus dangereuses.

Le Plan Maroc vert intègre la dimension du changement climatique

rechauffement-climatiqueUne raréfaction des ressources en eau a en outre été notée un peu partout dans notre pays. Il est prouvé que les ressources en eau, notamment des bassins, subissent des baisses significatives. Avec 83% (7,2 millions d’hectares) des terres agricoles qui ne sont pas irriguées, les rendements des principales cultures subissent des variations très importantes en raison de la forte variabilité des précipitations et d’une fréquence élevée des sécheresses, avec une situation de pénurie d’eau attendue entre 2020 et 2050.

Les émissions marocaines de gaz à effet de serre (GES) sont estimées, en 2012, à 3,10 tonnes d’équivalent CO2 par habitant. Pourtant faible émetteur de ce type de gaz, le Maroc en subit les conséquences à l’image de la réduction des rendements céréaliers comprise entre 50 et 75% en année «sèche» et de 10% en année «normale». Le changement climatique se traduit également par un accroissement des besoins en eau des cultures irriguées compris entre 7 et 12% en raison de l’augmentation prévisible des températures. Aujourd’hui, le secteur de l’eau fait face à des défis liés par ailleurs à l’accroissement de la demande, la raréfaction des ressources en eau et la surexploitation des eaux souterraines. Une situation qui risque de s’aggraver encore plus vu que l’économie du pays, étant très dépendante des ressources en eau, de l’agriculture et du littoral. Avec l’augmentation des besoins de la population et des industries, de l’immigration des régions subsahariennes durement impactées par les changements climatiques, ces vulnérabilités iront croissantes alors que les changements climatiques accentueront l’empreinte écologique des activités.

De ce fait, il a été indispensable d’intégrer la dimension du changement climatique dans le Plan Maroc Vert faisant l’objet de son sixième fondement. Des mesures d’intervention adaptatives plus efficaces et plus économiques ont été adoptées, accordant une attention particulière à la sauvegarde des ressources naturelles pour une agriculture durable.

Lancé en 2011 par l’Agence pour le développement agricole (ADA), le Projet intégration du changement climatique dans la mise en œuvre du Plan Maroc Vert (PICCPMV) a été financé par un don de 4,35 millions de dollars du Fonds pour l’environnement Agricole (FEM). Dix projets Pilier II ont été identifiés au niveau de cinq régions du pays considérées à fort potentiel par l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) et particulièrement vulnérables au changement climatique.

Les mesures en question, essentiellement liées au progrès génétique, aux techniques de collecte des eaux pluviales et aux bonnes pratiques agricoles ont été adoptées par plus de 2 500 agriculteurs ciblés au niveau de leurs parcelles. 1400 ha ont été semés avec des semences céréalières certifiées selon le mode de semis direct, 1 500 ha ont bénéficié d’irrigation d’appoint et de techniques de collecte des eaux pluviales et 660 ha de techniques agronomiques améliorées.

Ces mesures permettent de soutenir entre autres également le Plan Maroc Vert qui vise la plantation de près de 130 millions d’arbres fruitiers  d’ici 2020.

De plus, en février dernier, le gouvernement avait publié la Troisième communication nationale (TCN) du Maroc à la convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique (CCNUCC). Celui-ci rentre dans le cadre des mesures prises par notre pays afin d’honorer ses engagements pris dans la CCNUCC climatiques. Sur la période 2010-2040, les émissions évolueraient à un taux de croissance annuel moyen de 4,36%, indique la TCN. Pour faire face à ces menaces, un scénario d’atténuation est proposé.

Ce scénario comprend 49 mesures et projets et totalise un potentiel moyen d’atténuation de l’ordre de 81,9 millions de tonnes d’équivalent CO2 par année à l’horizon 2040.

Pour mettre en œuvre ces mesures, il faudra compter sur des investissements à hauteur de 56,9 milliards de dollars. Ainsi, le gouvernement table sur un bénéfice net de 32 dollars/tonnes d’équivalent CO2, pour un bénéfice annualisé direct de 2,624 millions de dollars. 

Toujours dans la même lignée, le Conseil national de l’environnement a dévoilé sa stratégie nationale de développement durable (SNDD) qui, entre autres chantiers, couvre l’économie verte, la valorisation des ressources et la conservation de la biodiversité, la promotion de la culture du développement durable…

Cependant, bien que de nombreuses stratégies ont vu le jour pour palier les aléas climatiques, beaucoup reste à faire notamment la gestion rationnelle des ressources, l’orientation de notre agriculture vers des  cultures plus adaptées à notre climat actuel et à venir, un élevage avec des races adéquates, une recherche sur le long terme, la prospection de solutions innovantes, la formation des agriculteurs et leur encadrement, …

L’oléiculture a été affectée par ces phénomènes météorologiques auxquels s’ajoute celui de l’alternance, ce qui aura forcément comme conséquence une baisse de la production nationale. Force est de constater que la charge des arbres en olives est faible à travers différentes régions et l’oléogenèse ne permettra pas l’obtention des quantités d’huile auxquelles les Marocains sont habitués. De même que pour les agrumes, les hausses de température ont coïncidé avec les périodes de floraison et de formation des fruits, avec un blocage de la croissance, ce qui ne manquera pas d’affecter la qualité et le calibre des fruits. Une étude faite par Agrotech sur l’impact des vagues de chaleur sur les rendements des agrumes dans le Souss Massa Draa montre que les rendements d’agrumes ont baissé de près de 40% suite à la vague de chaleur de 2012-2013.