Irrigation des espaces verts et des golfs : Souss Massa mise sur la réutilisation des eaux usées

• L’économie et la préservation de la ressource un enjeu pour le développement de la région.
• Des investissements réalisés dans la réutilisation des eaux usées épurées
• Une transition écologique qu’il faut encore ajuster, accompagner par de l’expertise et performer pour tendre vers une expérience réussie.

La problématique de la rareté de l’eau est un phénomène récurrent dans le Souss Massa. Le bilan des ressources en eau dans la région exprime depuis des années un déficit annuel. La nappe phréatique subit un déstockage continu qui se traduit par une baisse généralisée du niveau piézométrique, en raison notamment de la surexploitation des ressources pour l’irrigation et l’arrosage. C’est dans ce sens que le recours aux eaux non conventionnelles a été initié. Dans ce cadre, la RAMSA a réalisé d’importants investissements pour le traitement des eaux usées du Grand Agadir à travers la station d’épuration tertiaire implantée dans la localité de Mzar et mise en service en 2010. Objectif : Assurer un potentiel annuel de 12 millions de m3 en eaux épurées dont la qualité sanitaire correspond à la catégorie A conformément aux normes d’irrigation des espaces verts. Ces derniers représentent 25% de la consommation annuelle d’eau potable. Il s’agit aussi de satisfaire les besoins des golfs et espaces verts du Grand Agadir pour une superficie globale estimée à 1028 ha. Outre substituer une partie de la consommation d’eau potable du Grand Agadir utilisée dans l’arrosage des espaces verts, il est question aussi de générer un gain économique important en termes d’éléments nutritifs fertilisants, est-il précisé dans une note d’information de la RAMSA sur le sujet.

Sur le plan financement, une enveloppe de 150 millions de DH a été allouée au projet de réutilisation des eaux usées épurées pour l’arrosage des espaces verts et golfs du Grand Agadir. Et ce dans le cadre d’une convention conclue en 2017 entre le ministère de l’intérieur et le Secrétariat d’Etat chargé de l’eau. C’est bien avant cette période que les premiers ouvrages dédiés à la réutilisation des eaux usées ont été aménagés par la RAMSA. La régie a réalisé la première partie des travaux de la première tranche de réutilisation relative à la zone gravitaire entre 2009 et 2010 et a programmé la réalisation des travaux concernant le restant des travaux de la première tranche et ceux de la deuxième tranche (gravitaire, bas service et haut service) au-delà de 2016. Aujourd’hui, le taux global de réalisation du projet est de 60%.

Les golfs du Grand Agadir (océan, soleil et les dunes) sont les premiers à avoir été raccordés au réseau de distribution d’eaux usées épurées. «Les quantités d’eaux épurées utilisées par les golfs pour l’irrigation de leurs greens durant l’année 2020 sont de l’ordre de plus de 3,54 millions de m3», est-il précisé auprès de la RAMSA. Dans un contexte de climat semi aride, cet apport est d’une grande importance pour l’entretien du gazon sportif, surtout qu’il faut conjuguer aujourd’hui avec les engagements pris en 2016 lors de la COP22 et aussi faire avec le stress hydrique et les restrictions en termes de consommation d’eau qui en résulte. Mais dans cette transition écologique, il reste à assurer une bonne maintenance des systèmes d’irrigation qui est vitale dans la gestion des greens des golfs. Dans ces infrastructures ce sont de gros investissements en termes d’équipements qui ont été consentis et réalisés par leurs propriétaires pour switcher vers l’arrosage avec des eaux usées épurées.

Dans l’état d’avancement du projet de réutilisation des eaux usées, il est souligné que les ouvrages du réseau de réutilisation alimentant le golf Royal Agadir Ait Melloul sont pour leur part réalisés à 90%. Le réseau de distribution de la Commune Inezgane, d’une longueur de 4 km et 400 mm de diamètre, est de son côté aménagé complètement.

Pour les espaces verts de la ville d’Agadir, la RAMSA indique que le réseau de distribution est mis en place en ce qui concerne la partie dite bas service. Celle-ci compte le jardin Al Houda, l’avenue  du 11 janvier et le jardin du Parc du quartier Dakhla, l’avenue Jamal Abdennasser, le jardin extension Dakhla,   l’avenue Mohamed El Fassi, l’avenue 20 août, le jardin place El Amal, et l’avenue Mohammed V. Sont aussi concernés la rue Marrakech, l’avenue Prince sidi Med, la Vallée des oiseaux, le jardin Founty, la zone touristique, la commune de Bensergao et le centre d’Aghroud notamment. Selon des sources proches du dossier, il reste aujourd’hui avant la mise en service de ce réseau de distribution relatif à la partie bas service, la conclusion d’une convention entre Agadir Souss Massa Aménagement et la RAMSA.

En termes de besoins, à noter que les résultats des études ont montré que la capacité, après extension, de la STEP M’zar est de
40 000 m3/j. Elle permettra de satisfaire la demande en eau pour l’arrosage de l’ensemble des golfs et espaces verts du Grand Agadir dont la superficie globale est de 1000 ha environ. Tenant compte des besoins exprimés dans le cadre du programme de développement urbain d’Agadir (PDU) et des besoins immédiats et à moyen terme actualisés des communes d’Agadir, Ait Melloul, Dcheira et Inzegane, les caractéristiques techniques des différentes composantes ont été redimensionnées, est-il indiqué par la RAMSA. Autant d’éléments qui montrent l’envergure de cette transition écologique et l’intérêt de la soutenir par de l’expertise tant en amont qu’à l’aval. Les opérateurs impliqués dans cette démarche appellent aussi à de l’accompagnement.

Dans le Souss Massa, dans le cadre du programme dit PNAM (Programme national d’assainissement liquide mutualisé), les ambitions sont d’atteindre en 2050 la mobilisation de 48 millions de m3/an des eaux épurées, ce qui représente 5% de l’offre.  Avant d’atteindre ces objectifs des contraintes restent à endiguer. Selon les experts, il y a encore des écarts entre l’eau épurée et le niveau de qualité exigé. Il y a aussi l’inadéquation entre l’assainissement et la réutilisation, ainsi qu’une faible maîtrise des rejets industriels dont la qualité n’est pas garantie. Les experts soulignent aussi la multiplicité des intervenants et l’insuffisance de la coordination. Sur le plan financier, le coût élevé de l’épuration, du transfert et de la distribution des eaux usées, ainsi que le coût pour le suivi de la qualité des eaux, sans oublier le prix de l’eau épurée, sont mis en exergue.

Faces aux contraintes relevées, les experts préconisent plusieurs mesures à mettre en œuvre. Il s’agit de la mise en place de normes de la réutilisation des eaux usées. En outre, les partenariats publics privés sont encouragés pour la réalisation des projets. Il est souligné aussi que la conception des réseaux d’assainissement liquides doit tenir compte des impératifs de la réutilisation des eaux usées. L’implantation des zones industrielles doit être judicieuse pour minimiser les risques de pollution des ressources en eau et pour ne pas compromettre les possibilités de réutilisation des eaux usées épurées, exposent les spécialistes. L’implantation des zones industrielles doit être en effet bien étudiée à cet effet. En conclusion, la mise en place de ce cadre de gouvernance de la réutilisation des eaux usées est une des mesures qui pourrait faire avancer les projets du genre.