Laboratoire public d’essais et d’études : 64 ans et plus de mille chantiers contrôlés ou certifiés

Créé en 1947 sous le Protectorat, le laboratoire a été nationalisé en 1973 à  la faveur de la marocanisation. Etude du sol et des matériaux de construction, hydraulique, électricité, environnement, métrologie…, il couvre des domaines très variés.

Q uel est le point commun entre tous les grands chantiers réalisés au Maroc depuis 60 ans ? De la mosquée Hassan II au projet d’aménagement de la vallée du Bouregreg, en passant par tous les aéroports et tous les barrages du Royaume, le Laboratoire public d’essais et d’études (LPEE) a été partout présent. Il a contrôlé ou certifié plus de mille projets depuis sa création.
L’histoire débute en 1947 quand le Centre expérimental de bâtiment et travaux publics (CEBTP) français installe au Maroc, à l’instar des autres colonies et territoires sous protectorat, une représentation extérieure : le LPEE. Ce laboratoire, dont le nom est resté inchangé depuis, est alors sous la direction de Jean Delarue qui dirige une équipe d’une trentaine de personnes se consacrant à des dossiers pointus et ponctuels, sous la forme d’une sorte d’expertise délocalisée. L’indépendance du Maroc déclarée en 1956, le laboratoire n’en continue pas moins de fonctionner normalement. Et comme il travaillait beaucoup avec le secteur public, il a commencé à être mieux connu des autorités marocaines de l’époque qui, conscientes de l’importance d’une telle structure, avaient commencé à former les propres compétences du pays dans le domaine.

Il a assuré l’indépendance technique du Maroc dans la construction

Le laboratoire continue de croître et, pour des soucis d’optimisation des charges, ouvre ses premiers centres régionaux à Tanger et Fès. Les sols de ces régions étaient si difficiles et dangereux pour les fondations des projets qu’ils nécessitaient des études géotechniques approfondies et donc des déplacements fréquents des ingénieurs.
L’autre grand tournant survient en 1973, avec la marocanisation. Cependant, à l’instar d’un certain nombre d’entreprises jugées stratégiques, c’est l’Etat qui reprend directement les commandes. Le LPEE opère en effet dans un domaine qui nécessite énormément de rigueur et d’impartialité. Les entreprises privées ne pouvaient pas entrer à titre individuel dans le capital du laboratoire puisqu’il fallait contrôler en aval la qualité de leurs travaux.
Pour éviter un quelconque conflit d’intérêts, les 51% des parts sociales du laboratoire devaient donc revenir au public, contre 49% pour la partie française. Ce paquet n’est pas racheté directement par l’Etat mais par quatre entités publiques : l’Office national de l’électricité (ONE), l’Office national de l’eau potable (ONEP), l’Office national des chemins de fer (ONCF) et la Régie d’acconage du port de Casablanca (RAPC), rebaptisée Office d’exploitation des ports en 1984, puis Agence nationale des ports (ANP) en 2005. Le LPEE prend le statut de société anonyme et, dans la foulée, Marcel Mariotti, nommé DG en 1958 suite au décès de Jean Delarue, cède sa place à Ahmed Hakimi. Débute alors, comme on se plaît à l’appeler au sein du laboratoire, l’indépendance technique du Maroc dans le domaine de la construction.
Le LPEE diversifie progressivement ses expertises et passe des métiers de base, à savoir l’étude du sol, du béton, des matériaux de construction et des routes, à des métiers de pointe aussi diversifiés que l’hydraulique, l’électricité, l’environnement, la métallurgie et la métrologie, avec la création de laboratoires spécialisés. L’effectif monte de 80 personnes en 1973 à 950 en 1999, avec un taux d’encadrement des ingénieurs de 20%. Entre-temps, en 1993, il obtient l’accréditation du Comité français d’accréditation (Cofrac) correspondant à la norme ISO 17025.
Cet important développement a pu s’effectuer sous l’impulsion de deux facteurs essentiels. Le premier est le soutien inconditionnel des pouvoirs publics et notamment du ministère de tutelle, l’équipement et les transports, qui connaissait l’importance de l’outil qu’il était en train de construire. Le deuxième facteur est d’ordre financier, puisque tous les bénéfices du LPEE n’ont jamais été reversés sous formes de dividendes, mais plutôt réinjectés dans les réserves. Ce choix stratégique sera même à l’origine d’un différend entre les offices marocains et le CEBTP, qui ne participera pas d’ailleurs aux augmentations du capital du laboratoire en 1983 et 1991. Sa part sociale passera de 49% à 25% puis à 5%. Finalement, cette petite portion est totalement reprise par les 4 actionnaires institutionnels en 1999.

Le chiffre d’affaires atteint aujourd’hui 570 MDH

Quand Mohamed Jellali, jusqu’alors directeur du laboratoire hydraulique, prend les commandes en 1999 après le départ à la retraite d’Ahmed Hakimi, il découvre une entreprise bouillonnante à l’intérieur à cause d’un climat social tendu, mais également à l’extérieur avec une concurrence acharnée qui n’attendait plus que la libéralisation du marché, en 2000, pour lui contester sa suprématie. Pourtant, aucune politique de communication et marketing n’est prévue. Le LPEE fait profil bas et réduit les charges des séminaires et congrès qu’il organisait, disparaissant sciemment des feux des projecteurs. Le laboratoire passe tant bien que mal cette période en portant son chiffre d’affaires de 120 MDH en 1990 à 270 MDH début 2000.
Autre contrainte, si les marchés du «gros public» (aéroports, ports, barrages…) suivent un règlement de consultation suffisamment précis et exigeant, permettant au LPEE de continuer à gagner les appels d’offres après la libéralisation, les marchés du «petit public» (routes, écoles, hôpitaux…) lui échappent parfois pour des différences de prix de 3% ou 4% par rapport aux autres soumissionnaires.
Mais le LPEE est fort par sa présence sur tout le territoire marocain, avec 12 centres régionaux, 10 centres spécialisés à Casablanca en plus des directions fonctionnelles et une présence à l’international non négligeable qui génère 5% du  chiffre d’affaires. Ce dernier a atteint 570 MDH en 2010 sous le règne de l’actuel directeur du laboratoire, Abdelhakim Jakani, qui propose une vision d’avenir visant la consolidation des acquis et la restructuration des systèmes d’informations pour une expansion plus saine. A cette fin, de nouveaux centres spécialisés dans des domaines très pointus, comme la gestion des risques, et des centres régionaux dans le sillage du plan national de la régionalisation avancée sont en cours de création afin de faire du LPEE un outil de mesure à la hauteur des normes internationales.