Enseignement : hausse des prix de 36% en moins de 10 ans !

L’inflation globale a été contenue à 10,1% entre 2008 et 2016. L’indice des produits alimentaires a, lui, crû de 13% sur la période considérée. Les prix des services de santé et de transport ont par contre très faiblement évolué.

Le Maroc fait partie des rares pays qui ont un niveau d’inflation bas; trop bas même, estimeront d’aucuns. Entre 2008 et 2016, l’indice des prix à la consommation (IPC) a augmenté de 10,1%, soit une moyenne annuelle d’environ 1,2%. Sur à peu près la même période, 2008-2015 (les comptes nationaux de 2016 n’étant pas encore arrêtés), le PIB réel a, lui, crû de 31,5%, soit une moyenne annuelle de l’ordre de 4%. Pour un pays en développement, l’évolution de ces deux variables est généralement jugée lente ; certains allant jusqu’à expliquer cette lenteur par la corrélation existant entre les deux.

Et cependant, malgré cette faiblesse du niveau général des prix, une proportion assez importante de la population se plaint souvent, comme ailleurs du reste, de la cherté des produits et services consommés. Pourquoi cette contradiction entre ce que disent les statistiques et ce que ressentent les consommateurs ? Tout simplement parce que ces statistiques sont des moyennes, tandis que le ressenti des consommateurs s’opère en fonction du revenu et de la consommation de chacun. Et c’est précisément, soit dit en passant, pour permettre à chacun de mesurer sa propre inflation, que le Haut Commissariat au Plan (HCP) a mis à la disposition des consommateurs, sur son site web, un calculateur de l’indice des prix personnalisé; mais encore faut-il que les citoyens le consulte !

Cela étant, si l’inflation globale est indéniablement faible, sur certains postes de dépenses elle est tout de même assez élevée. C’est en particulier le cas de l’alimentation, de l’éducation et de l’hôtellerie-restauration. L’indice des prix des produits alimentaires a en effet augmenté de 13% entre 2008 et 2016, soit trois points de plus que l’inflation globale. Et cette augmentation pouvait être d’autant plus ressentie par certaines catégories de la population que l’alimentation pèse 39,3% dans le panier de la ménagère moyenne à l’échelle nationale. Mais pour les ménages à faible revenu, cette pondération du poste de dépenses alimentaires est probablement encore plus élevée, en particulier en milieu rural. Rappelons ici que la pauvreté absolue (situation où le ménage doit consacrer la totalité de son budget pour se nourrir) touchait 4% de la population (7,2% en milieu rural) selon les statistiques du HCP établies en 2007 (dernier chiffre disponible sur cet indicateur). La vulnérabilité (situation où l’on court un grand risque de pauvreté), concerne, elle, 11,5% de la population selon le dernier recensement général de la population et de l’habitat (RGPH) de 2014. En milieu rural, le taux de vulnérabilité est de 18,4% en 2014. Décliné par région, le taux de vulnérabilité, cette fois en 2007, dépassait 20%, comme à Gharb-Chrarda-Beni Hssen (26,7%), Doukkala-Abda (24,6%), Marrakech-Tensift-Al Haouz (21,6%) et Meknès-Tafilalet (21,6%). Bref, la part de l’alimentation dans le budget des ménages en milieu rural et dans les zones péri-urbaines est probablement largement supérieure à 40% en moyenne. En 2007 en tout cas, cette part était de 49,3%, selon le HCP.

20% des effectifs scolarisés le sont dans le privé

L’autre poste de dépense qui alourdit considérablement le budget des ménages, pas tous bien sûr, c’est l’éducation. Entre 2008 et 2016, l’indice des prix de ce service a augmenté de…36%. C’est la seule dépense qui accuse une hausse aussi élevée et continue. On peut toujours considérer que cela concerne les familles qui ont choisi de placer leur progéniture dans des écoles privées, et par conséquent que ces familles ont les moyens de leur choix. C’est vrai, mais pas complètement. Par peur de faire rater leur scolarité à leurs enfants, de plus en plus de ménages appartenant à la classe moyenne (telle qu’elle est définie par le HCP dans son enquête de 2009) suent sang et eau pour fuir l’enseignement public, jugé, à tort ou à raison, déficient. De sorte que plus de 1/5e (20,3%) de l’effectif scolarisé, tous cycles confondus, au cours de l’année scolaire 2014-2015, l’était dans le secteur privé, contre 16,9% en 2008-2009, selon des chiffres publiés récemment par le HCP dans son rapport sur les indicateurs sociaux du Maroc. Et cette «ruée» vers le secteur privé d’enseignement, rien n’indique qu’elle va devoir s’arrêter ; les polémiques qui apparaissent ici et là à propos de la réforme du système éducatif apportant probablement une preuve supplémentaire que les parents avaient raison de se tourner vers l’école privée plutôt que l’école publique.

Pourtant, l’Etat ne lésine pas sur les moyens pour améliorer le système d’enseignement. En 2016, l’enveloppe budgétaire globale dédiée à l’enseignement, dans ses différents paliers, du primaire au supérieur, se montait à 55,65 milliards de DH, soit 29,5% des dépenses de fonctionnement du Budget général, 20% des dépenses du Budget général et 5,7% du PIB de 2015. Plus de 80% (ou 44,7 milliards de DH) de ce montant global représentaient les dépenses de personnel. Il y a là assurément matière à réfléchir : d’une part, une forte intervention publique pour améliorer l’offre d’éducation, et, d’autre part, un glissement progressif de la scolarité vers l’enseignement privé. D’où la question : le coefficient budgétaire de l’éducation, qui est aujourd’hui de 3,9%, reflète-il encore la réalité des dépenses, sachant que la base de ce coefficient est l’année 2006 ?

La troisième composante de l’inflation qui a augmenté de manière relativement forte, c’est l’hôtellerie-restauration : +19,9% entre 2008 et 2016. Le coefficient budgétaire (ou pondération) de ce service n’est certes que de 2,9%, mais, une fois de plus, la question de son actualisation se pose probablement. En particulier pour un pays qui a érigé le tourisme en secteur stratégique.

Les dépenses liées au logement en hausse de 10%

Mis à part ces trois produits et services, le reste, tout le reste, a évolué très modérément. C’est en particulier le cas des services les plus consommés ou susceptibles d’être les plus consommés, comme la santé ou encore le transport. Entre 2008 et 2016, en effet, l’indice des prix du service «santé» n’a augmenté que de…3,4%. En 2014 et 2015, cet indice a même baissé respectivement de 0,2% et 0,3%. Et lorsque, sur la période considérée, il y eut hausse, celle-ci ne dépassait pas 1%. Outre la quasi-gratuité des soins dans les établissements publics de santé, il y a sans doute dans cette évolution l’impact des mesures prises par l’actuel gouvernement et portant sur la baisse des prix de nombreux médicaments. Malgré cette réalité statistique, si l’on peut dire, la consommation de médicaments reste modeste, ce qui semble indiquer que l’accès aux soins progresse faiblement.

L’indice du service transport a, lui, augmenté de 5,6% entre 2008 et 2016. Le rythme d’évolution est faible et c’est tant mieux pour les usagers. Hormis les années 2012, 2013 et 2014, correspondant à la montée des prix du pétrole, où il a augmenté relativement fortement (+3,2%, +3,2% et +2,6% respectivement), l’indice des prix a baissé trois années, dont deux consécutives, au cours de la période considérée : -0,1% en 2011, -3,2% en 2015 et -0,3% en 2016 ; sans parler de la stagnation (0%) enregistrée en 2010.

En revanche, on peut considérer que les dépenses relatives à l’entretien du logement, à l’eau, l’électricité, le gaz et les autres combustibles, en raison de leur récurrence, ont quand même légèrement augmenté: 10,7% entre 2008 et 2016. Mais c’est surtout à partir de 2014, probablement en lien avec la réforme de l’Office national de l’eau et de l’électricité (ONEE), mais pas seulement, que l’on note une certaine accélération du rythme de hausse de l’indice : 2,5% en 2014, +3,3% en 2015 et +1% sur les onze premiers mois de 2016 (voir encadré).