Reportage. En Allemagne, la transition énergétique s’accélère

Puissance mondiale dépourvue d’énergies fossiles, l’Allemagne accélère sa transition énergétique pour améliorer sa compétitivité et maintenir sa longueur d’avance technologique dans les énergies renouvelables. Des projets futuristes sont en train d’être développés.

A quelques encablures du nouvel aéroport de Berlin, non loin de Schönefeld, dans le sud-est de la capitale allemande, une station-service d’apparence anodine est déjà opérationnelle, contrairement à l’infrastructure aéroportuaire tant attendue par les Berlinois. Comme les apparences sont parfois trompeuses, cette station appartenant à la filiale allemande du groupe français Total est tout sauf anodine. En effet, l’installation est multi-énergie, contrairement aux stations-services conventionnelles. Carburants classiques, hydrogènes, biogaz naturel, GPL…sont tous disponibles dans cette station futuriste. De loin, l’on aperçoit une borne similaire à celle d’une pompe à essence, mais avec trois grandes icônes en bleu et en blanc ; l’une d’elles affichant H2 et les deux autres mentionnant la puissance de la pression en bar. «Comme vous le voyez au compteur, un kilogramme d’hydrogène coûte 9,50 euros. Ce volume permet à une voiture de rouler 100 km. C’est à peu près le prix de l’essence, voire moins», indique Ricardo Juppe, manager chez Total, qui fait la visite guidée à la délégation marocaine, dans le cadre d’une tournée organisée, jeudi 11 avril, en marge du BETD 2019, tenue les 9 et 10 avril.

Ce n’est pas tout. La station multi-énergie dispose de son propre outil de production pour produire le dihydrogène (H2) à travers la technologie de l’électrolyse en recourant à l’eau et à l’électricité propre injectée par le réseau. «De 18 stations en 2016, l’objectif est d’atteindre 400 stations à l’horizon 2023», explique Ricardo Juppe.

Hydrogène, carburant du futur ?

La finalité du projet «H2 Mobility» qui regroupe constructeurs automobiles (Toyota, BMW ou Daimler) et distributeurs d’énergie (Air Liquid,Shell) est double : tester et développer les infrastructures de distribution destinées aux véhicules à hydrogène. Selon ses promoteurs, ceux-ci offrent une multitude d’avantages en comparaison avec les véhicules électriques, comme l’autonomie pouvant aller jusqu’à 500 km, le temps court d’alimentation et la disponibilité du réseau conventionnel de stations, qui peut intégrer des bornes à hydrogène.

Si ce genre de projets paraît très difficile à dupliquer dans les pays en voie de développement, comme au Maroc, en Allemagne, la volonté affichée par les pouvoirs publics et les entreprises est de tourner définitivement la page des énergies fossiles, y compris dans la mobilité, où ces dernières dominent encore. Une volonté, couplée à une large adhésion citoyenne, qui explique la détermination de l’Allemagne à accélérer la transition énergétique, tout en étant conscient et prêt à gérer les bouleversements et les défis y afférents. Au delà, le pays le plus peuplé d’Europe veut profiter de la longueur d’avance technologique de ses champions nationaux dans le secteur des énergies renouvelables – comme Siemens, BAE, Baywa re, Nordex – pour se positionner comme acteur incontournable de l’énergie de demain.

Saltx, technologie innovante de stockage d’électricité

Bientôt dans cette journée printanière froide dans le nord-ouest de Berlin, la délégation marocaine participant au BETD 2019 a démarré sa tournée par une visite à une méga-centrale électrique (564 MW) en cours de transformation. Détenue par l’opérateur énergétique suédois Vattenfall et dénommée Reuters Wrest, celle-ci produit dans deux centrales distinctes, à la fois l’électricité et la chaleur à partir du charbon. Symbole de la transition énergétique amorcée, l’une des deux centrales a déjà délaissé le charbon pour produire la chaleur à partir du surplus d’électricité renouvelable, afin de fournir 30 000 ménages. Jusqu’ici, rien d’extraordinaire, mais à quelques centaines de mètres de l’entrée principale, plus loin dans les dédales de la partie dédiée à la production de chaleur, on y trouve un outil industriel innovant, récemment breveté. En phase finale de test, Saltx promet de révolutionner le stockage d’électricité, en recourant au sel, tout comme d’autres technologies. «Notre nano-technologie permet de stocker le surplus d’énergie en temps de faible demande pour pouvoir l’utiliser lorsqu’il y a des pics de demande, spécifiquement dans la production de chaleur pour fournir les ménages», explique un représentant de la firme suédoise. Là encore, si cette solution ne peut être appliquée au Maroc, en l’absence d’un réseau urbain de distribution chaleur, elle est inédite dans les pays du Nord.

• Abandon définitif du nucléaire à l’horizon 2022

• 38% de production électrique d’origine renouvelable pour un objectif situé entre 40 et 50% en 2025

• 20% d’économie d’énergie à l’horizon 2020

 

«La transition énergétique n’est pas qu’un simple passage des énergies fossiles aux énergies renouvelables. C’est aussi un bouleversement des constances politiques. Utiliser les énergies renouvelables permettent aux pays d’améliorer leur sécurité énergétique. Aussi, l’énergie est en train de perdre son efficacité comme un instrument géopolitique, comme nous l’avons connu pendant des décennies. Ceci n’est que l’un des nombreux thèmes que nous allons discuter durant BETD».

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