Enel Green Power, champion discret des énergies renouvelables au Maroc 

La filiale marocaine du groupe italien Enel Green Power dispose d’un portefeuille de 1 330 MW exploité avec d’autres partenaires, après avoir investi à ce jour plusieurs milliards de DH au Maroc. Invisible dans les médias malgré son poids dans le secteur des énergies renouvelables, l’entreprise italienne revient sur sa stratégie et ses réalisations en exclusivité pour «La Vie éco». Les détails.

Etre parmi les premiers arrivants sur un marché est forcément un avantage compétitif. C’est le cas de Enel Green Power – filiale du géant italien Enel – dans le marché très effervescent des énergies renouvelables.

En effet, la multinationale italienne basée à Rome s’est spécialisée, dès sa création en 2008, dans les technologies d’énergie propre, des années bien avant leur montée en puissance. En tant que pays leader en énergies renouvelables avec des objectifs très ambitieux (52% de capacités électriques installées à l’horizon 2030), le Maroc a été – à l’évidence – parmi les premiers marchés cibles d’Enel Green Power aux côtés de l’Afrique du Sud.

«Nos premiers pas au Maroc datent de l’année 2012 quand nous avons commencé à répondre aux différents appels d’offres. Le cadre réglementaire avancé, la stratégie énergétique, la stabilité politique et la qualité des ressources solaires et éoliennes sont autant d’atouts qui nous ont attirés au Royaume», indique Wherter Esposito, le jeune dirigeant de la filiale marocaine du groupe.

D’un petit bureau de représentation où le manager italien scrutait à lui seul les appels d’offres lancés par l’ONEE et Masen, Enel Green Power a décidé de s’implanter via une filiale dédiée au Maroc en 2015, après avoir réussi à décrocher le marché du projet éolien intégré de 850 MW dans un consortium aux côtés de Nareva Holding (filiale de la SNI) et l’allemand Siemens-Gamesa.

En clair, l’entreprise italienne est rentrée par la grande porte au Royaume, compte tenu de l’importance de ce gros projet dans le plan énergétique national. Pour mémoire, l’enveloppe du projet s’élève à la coquette somme de 12 milliards de DH avec à la clé cinq parcs éoliens. Cerise sur le gâteau: une usine de pales d’éoliennes pour intégrer les industries des énergies renouvelables.

«Ce projet est un cas d’école au niveau mondial. C’est une vraie réussite pour le Maroc grâce à la vision royale et l’engagement des différentes parties prenantes ainsi qu’une vitrine pour nous et nos partenaires», vante Wherter Esposito.

En huit ans de présence au Maroc, Enel Green Power a investi plusieurs milliards de dirhams avec d’autres partenaires dans une capacité totale installée de 1330 MW (voir encadré), dont 80 MW déjà autorisée dans le cadre d’un projet de production privée, et 400 MW de la centrale de gaz à cycle combiné de Tahaddart, qui est en fait le premier actif du groupe au Maroc après l’acquisition de l’espagnol Endesa en 2004, qui en détient 32%.

A l’échelle mondiale, son portefeuille est tout aussi important avec une capacité globale de 46 GW (d’éolien, de solaire PV, d’hydraulique et de géothermique) déployée dans 1300 parcs dans 30 pays.

Derrière ce géant des énergies vertes, le mastodonte italien de l’énergie Enel, qui opère depuis plus d’un siècle dans différents secteurs énergétiques comme l’électricité, la géothermie et le gaz…

«Notre société mère Enel, qui exploite environ 90 GW au total, ambitionne de dé-carboniser son portefeuille à hauteur de 70% des émissions directes de gaz à effet de serre par kWh à l’horizon 2030 par rapport à l’année 2017, sur la voie d’une décarbonisation complète d’ici 2050. C’est un objectif qui est en harmonie avec les ambitions des pays leaders de l’énergie propre», soutient Wherter Esposito.

Si Enel Green Power ne montre pas d’appétit pour les nombreux projets solaires de la technologie CSP (centrale solaire thermodynamique à concentration) lancés par Masen ces dernières années, c’est que cette technologie ne fait pas partie du cœur de métier. Contrairement à l’énergie hydraulique, à la géothermique ou la biomasse, qui sont au cœur de l’expertise du groupe.
L’entreprise italienne lorgne aussi la stratégie gazière du Royaume dont le méga-projet «Gas to Power» – toujours en stand-by – est le fer de lance.

Selon son top management, la stratégie tant mondiale que locale d’Enel Green Power s’articule principalement autour de la durabilité, en se positionnant comme créateur de valeur dans le sillage de la transition énergétique.

Et de poursuivre : «Au-delà de l’énergie propre qui est le cœur de notre métier et dont l’impact est connu de tous, notre gestion des projets vis à vis des parties prenantes, en l’occurrence les populations des communautés accueillantes de nos parcs, sont aussi durables».

«Vendeur de durabilité»

Dans le détail, Enel Green Power s’imprègne de l’approche «Creating Shared Value» (création de valeur partagée, en français) dans son organisation ; un concept du grand théoricien de stratégie et de compétitivité Michael Porter à Harvard Business School.

Qu’en est-il concrètement, si l’on prend pour exemple le projet éolien de 850 MW ?.

«C’est, entre autres, l’adoption de l’économie circulaire en recyclant 100% des déchets et en généralisant la réutilisation des eaux dans toutes les étapes de réalisation du projet. Il s’agit aussi de maximiser l’impact social du projet en employant le maximum d’effectifs dans les communautés (60%), et d’optimiser l’impact économique en associant les PME locales. L’approche CSV (created shared value) table aussi sur la promotion de la formation et l’éducation dans les sites cibles. En gros, il s’agit de faire évoluer le développement durable d’une logique marketing limité dans un département support pour devenir un impératif au même titre que la technologie et le profit, déclare Abdelilah Chami, le responsable CSV chez Enel Green Power Maroc.

«Nous vendons de la durabilité», surenchérit Esposito, qui conclut que «le projet éolien Midelt a été classé en interne comme étant le complexe le plus durable d’Enel Green Power au niveau global».

Bien qu’elle se fasse très discrete à en juger par ses rares sorties médiatiques en comparaison avec d’autres opérateurs, la filiale marocaine du groupe italien coté dans la Bourse de Rome est une entreprise à surveiller dans le secteur de l’énergie.

 

Présence dans 30 pays à travers le monde.

Plus de 8 000 collaborateurs.

46 GW de capacité installée au niveau mondial.

1 330 MW au Maroc, dont :

• 850 MW du projet éolien intégré avec Nareva
• 80 MW à Aferkat dans le cadre de la production privée (loi 13-09)
• 400 MW de la centrale à cycle combinée de Tahaddart (32% de participation via Endesa).

 

Questions à Wherter Esposito, Dirigeant de la filiale marocaine du groupe Enel Green Power
Questions à Wherter Esposito, Dirigeant de la filiale marocaine du groupe Enel Green Power