Emploi : il faut 7% de croissance pour absorber les 250 000 nouvelles arrivées annuelles !

L’inadéquation entre l’offre et la demande persiste. Mise en place d’un observatoire du marché, amélioration de l’efficacité de la formation professionnelle, renforcement des stages sont les mesures préconisées pour changer la donne.

Le Maroc aura beau se vanter du maintien de son taux de chômage en dessous des 10%, la situation de son marché de l’emploi n’en demeure pas moins critique. Pour faire le point sur la situation, le cabinet McKinsey & Company a récemment mené son analyse dont les conclusions sont livrées en exclusivité aux lecteurs de La Vie éco. Premier constat, et non des moindres, le Royaume a quasiment besoin de doubler sa croissance pour absorber les  250 000 à 300 000 nouveaux demandeurs d’emploi qui arrivent chaque année sur le marché du travail. En effet, d’après les données collectées par le cabinet auprès de plusieurs organismes nationaux et internationaux, il s’avère aujourd’hui que le taux de croissance annuel devrait atteindre 7% par an au moins. Au regard de l’évolution de ces dernières années, la mission s’avère des plus compliquées.

Mais l’insuffisance de la croissance économique n’est pas le seul constat frappant issu de l’analyse du cabinet. En fait, en étudiant encore de plus près la situation, on ressort avec un autre constat, cette fois-ci “paradoxal”. «Les employeurs mentionnent systématiquement le manque de profils qualifiés comme une de leurs préoccupations majeures», confie Mourad Taoufiki, partner à McKinsey & Company. Il faut dire que si les demandeurs d’emplois peinent à trouver des postes, les employeurs ont également du mal à trouver les bons candidats. Finalement, cette situation n’est pas forcément surprenante si l’on sait que le taux d’abandon scolaire au Maroc est élevé et qu’une grande partie de la jeunesse, n’atteignant même pas le lycée, n’a aucune formation. Pour les personnes qui ont tout de même réussi à disposer d’une formation, les données officielles rapportent que quasiment deux tiers optent pour des branches humanitaires où de sciences sociales, alors que la demande sur le marché concerne surtout les formations scientifiques et techniques.

Un système de certification indépendante pour apprécier le niveau des diplômés

A titre de comparaison, même dans les pays asiatiques, où l’orientation vers ces branches est élevée, la part des jeunes qui opte pour ces filières ne dépasse pas les 50%. Au Maroc, le phénomène est encore plus problématique du fait que les différents plans sectoriels en cours d’exécution ont renforcé les besoins du marché en profils économiques. C’est dire que même avec un taux de chômage en apparence maîtrisable, le marché du travail au Maroc est encore loin d’être débarrassé de ses vieux démons.

Que faire alors pour remédier à la situation ? Le cabinet de consulting a tenté d’apporter des recommandations sur la base des remontées qu’il a eues à travers son enquête. Ainsi, «la réforme complète de l’éducation prendra du temps. Elle ne peut être une solution pour l’amélioration de l’employabilité des jeunes à court terme», souligne d’emblée Mourad Taoufiki. Pour ce dernier, la première mesure à prendre est de concevoir un outil permettant de disposer d’une information exhaustive sur le marché du travail. Il s’agit en d’autres termes de la mise en place d’un observatoire permettant de cerner les secteurs où les besoins sont les plus importants, la nature des profils manquants, les établissements de formation avec les meilleurs taux de placement… Ceci serait une solution indéniable à la problématique de l’orientation de la formation. A ce niveau, rappelons que suite aux doléances récurrentes du patronat marocain, le ministère de tutelle avait récemment annoncé sa mise en place effective pour, au plus tard, 2014.

La deuxième recommandation concerne l’efficacité et la performance des instituts de formation professionnelle. L’amélioration de l’efficacité de la formation professionnelle est un levier qui n’exige pas de réformes structurelles et peut donc être rapidement actionné. L’enquête de McKinsey révèle que 40% des Marocains valorisent la formation professionnelle. Certes, c’est une faible proportion, mais c’est un ratio qui reste bien au-dessus de la moyenne d’autres pays, même développés. Mieux encore, 70% des jeunes marocains considèrent la formation professionnelle comme un moyen efficace pour trouver un emploi. Ce sont là des acquis sur lesquels il faut capitaliser en instaurant des solutions sectorielles à grande échelle. Dans le même sens, sur certains secteurs, il s’avère qu’une implication du secteur privé dans la formation est une nécessité pour disposer de profils qualifiés répondant aux besoins des entreprises. A ce niveau, il serait intéressant de dupliquer les premières expériences réussies de Renault ou encore du Gimas à travers l’IMA. Le rapprochement entre les professionnels et les profils en formation passerait également par l’encouragement des stages. Pour rappel, la Loi de finances 2013 a déjà prévu des mesures dans ce sens. Néanmoins, le mécanisme gagnerait surtout à devenir obligatoire. C’est du moins l’avis des experts.

L’évaluation et la certification indépendante sont l’autre volet sur lequel insistent les experts dans le sens où cela permet de connaître ce que valent réellement les profils après l’obtention de leur diplôme. C’est un aspect tout aussi important que le renforcement de l’intégrateur de l’offre et de la demande d’emploi.