Emploi : 68 000 chômeurs de moins au cours du premier trimestre

Environ 1,5 million de Marocains sans travail à fin mars 2022 ! La dynamique observée dans la majorité des secteurs productifs a fait baisser le taux de chômage pour le porter de 12,5 à 12, 1% au niveau national. Un bémol qui persiste : les jeunes continuent d’être en mal d’intégration sur le marché du travail, 33,4% des 15-24 ans sont au chômage à fin mars 2022. Accélérer les changements structurels, créer plus d’emplois dans les secteurs à forte productivité, et promouvoir plus de formalisation de l’économie, parmi les principales recommandations pour pouvoir résorber durablement le chômage.

Pas de grands bouleversements dans les données relatives à l’emploi que vient de publier le Haut Commissariat au Plan par rapport à la structure du marché du travail. Cependant, l’on note une légère baisse dans les effectifs des chômeurs au cours du premier trimestre de l’année, et ce à la faveur de la dynamique observée depuis plus de neuf mois dans la majorité des secteurs productifs. En effet, le taux de chômage est passé de 12,5% à 12,1% au niveau national : de 17,1% à 16,3% en milieu urbain et de 5,3% à 5,1% en milieu rural.

Dans le détail, pas de changement également dans la structure des secteurs pourvoyeurs de la main-d’œuvre. Ainsi, le secteur des services a créé 85 000 emplois, celui du BTP (bâtiment et travaux publics) a pourvu 29 000, tandis que l’industrie en a créé 13 000, alors que l’ agriculture, forêt et pêche, a perdu 183 000 postes.

Le pourcentage de baisse relaté dans le taux du chômage au niveau national équivaut à une baisse de
68 000 chômeurs, dont 52 000 en milieu urbain et de 16 000 en milieu rural. En conséquence, le volume du chômage a atteint près de 1,47 million de personnes au niveau national. Au cours du premier trimestre 2022, le taux de chômage des jeunes âgés de 15 à 24 ans a augmenté de 32,5% à 33,4% et le taux de chômage des diplômés a enregistré une baisse de 0,9 point pour se situer désormais à 18,9%. Enfin, les données du HCP démontrent que la population active occupée en situation de sous-emploi a atteint 987 000 personnes. Le taux de sous-emploi a stagné à 9,2% au niveau national. Le taux d’activité est l’un des principaux indicateurs du niveau de l’activité. Il indique la part des personnes qui participent ou cherchent à participer à la production de biens et services dans une population donnée.

Presque trois quarts des chômeurs (73,2%) sont concentrés dans cinq régions. Casablanca-Settat (26,8% de chômeurs), Fès-Meknès (14%), Rabat-Salé-Kénitra (11,6%), l’Oriental (11,0%) et Tanger-Tétouan-Al Hoceima (9,7%). A noter que les taux de chômage les plus élevés sont observés dans l’Oriental (20,2%) et les régions du Sud (19,6%).

Le marché du travail ne s’est pas remis encore des séquelles de la pandémie

Il faut dire que le marché du travail, en dépit d’un léger regain de dynamisme, ne s’est pas encore remis définitivement des séquelles de la pandémie. Ces perturbations que connaît le marché du travail, résultant en grande partie de la pandémie, ne sont pas l’apanage de l’économie marocaine. En effet, comme l’estiment les analystes du Policy center for the New South, les incertitudes liées à la pandémie ont fortement impacté les comportements des agents. Aussi, les mises sous restrictions, totales ou partielles, des facteurs de production ont eu leur incidence sur l’activité globale -via différents canaux -, y compris celle des acteurs du marché du travail. À court terme, la pandémie est synonyme de fortes perturbations pour les citoyens et les marchés du travail. Celles-là concernent les revenues et les dépenses des particuliers comme elles portent sur l’activité des entreprises et donc les dynamiques de création d’emploi et de séparation. Elles touchent aussi au fonctionnement des marchés du travail dans un temps où des fonctions telle que l’intermédiation, au sens large, et particulièrement la collecte d’information sur les forces de travail et les tendances des emplois sont devenues difficiles à maintenir.

Cela dit, les tendances de court terme ne peuvent refléter les réalités des tendances et transformations que connaîtrait le monde de la production et du travail : numérisation, écologisation, évolution de la demande des consommateurs, changements de marché et évolution des chaînes de valeurs mondiales.

A long terme, la pandémie serait synonyme de mutations des modes d’organisation productive au sein des entreprises et le long des chaînes de valeur. Pour les premiers, il s’agit en principe d’une accélération de l’installation de certaines forces qui soutiendront l’avenir du travail, notamment le travail à distance et la compétence d’apprentissage. Aussi, l’automatisation peut s’inscrire en hausse (les licenciements massifs, même s’ils sont en principe transitoires, peuvent amener à des restructurations et de nouveaux schémas de production). Pour les seconds, Covid-19 a engendré de nouvelles discussions sur les dynamiques institutionnelles/politiques, y compris la division internationale du travail. Dans ce cas, la pandémie n’aura pas été seulement synonyme d’un choc d’offre de main-d’œuvre ou de productivité, mais aussi d’un choc de coûts commerciaux, selon le Policy Center for the New South.

Pour dépasser ces écueils structurels, la Banque mondiale (BM) recommande dans son dernier rapport consacré au marché du travail au Maroc d’accélérer les changements structurels et créer plus d’emplois dans les secteurs à forte productivité. L’économie marocaine, selon la BM, est passée de l’agriculture à des services informels à faible valeur ajoutée plutôt qu’à des emplois industriels productifs et à forte intensité de main-d’œuvre ou à des emplois de services à forte valeur ajoutée. Il gagnera à favoriser l’industrialisation et à stimuler les services formels à forte valeur ajoutée dans tout le pays, ou de se concentrer sur certains sous-secteurs et pôles d’activité géographiques. Dans un cas comme dans l’autre, il faudra continuer à développer les compétences de la main-d’œuvre et à diffuser la technologie et le savoir-faire dans tous les secteurs et toutes les régions. Cependant, des recommandations politiques concrètes nécessitent un travail d’analyse plus approfondi fondé sur des données de productivité ventilées.

Aussi, la Banque mondiale recommande de promouvoir une plus grande formalisation de l’économie. L’existence d’un secteur informel important entrave la productivité du travail, érode l’assiette fiscale et laisse de nombreux travailleurs et leurs familles sans assurance maladie et sociale adéquate, selon l’analyse des experts de la BM. Ces derniers appellent ainsi à encourager les emplois formels. Cela pourrait nécessiter différents types de mesures, notamment des réformes de l’environnement des affaires, la réduction du coût du travail, ou des initiatives comme le développement des compétences pour améliorer la productivité. Pour comprendre les contraintes de la formalisation et, par extension, les actions qui permettraient de s’attaquer à l’informalité, il faut analyser les données de l’entreprise, notamment les données salariales à l’échelle des entreprises et des particuliers. L’expérience internationale en matière de lutte contre l’informel pourrait aussi s’avérer précieuse, conclut la Banque mondiale.

Déterminer les secteurs d’avenir pour intégrer durablement les jeunes diplômés

Le marché du travail continue à souffrir de plusieurs maux dont l’incapacité à intégrer les jeunes diplômés. Selon les observateurs, cela révèle une inadéquation profonde entre les emplois créés, la structure de l’économie, et les compétences des travailleurs. Ce décalage est une perte pour la société qui a investi dans la formation de ces individus, et dont l’utilisation des compétences est sous optimale. La productivité du travail apparaît en deçà du niveau qu’elle pourrait atteindre si la force de travail était utilisée à meilleur escient.

Au cours du premier trimestre 2022, 33% des 15-24 ans sont dans cette situation, soit environ 1,7 million de personnes, en hausse relative par rapport à 2022 (32%). Les jeunes femmes sont bien plus touchées que les hommes, puisque 44,1% des âgées de 15-24 ans n’arrivent pas à être insérées dans le marché du travail, contre 13,3% des hommes. En d’autres termes, sur l’ensemble des jeunes en chômage, les trois quarts sont des femmes et près de 45% sont des jeunes femmes en zone rurale. Par ailleurs, cette situation tend à persister dans le temps, à renforcer l’immobilité sociale et à engendrer un chômage de long terme. La parade à cette carence structurelle consisterait, entre autres, à déterminer en urgence les secteurs d’activité d’avenir à même d’absorber la main- d’œuvre les années prochaines et s’y adapter en conséquence.