Emergence automobile : le Maroc revoit sa stratégie

Aides financières directes, zones franches aménagées et un quai à  Tanger Med entièrement dédié à  l’automobile.
L’accent sera
mis sur les équipementiers qui s’installeront autour de grands sites
d’assemblage.
Un institut de formation aux métiers de l’automobile ouvrira ses
portes à  Tanger.

Changement de cap dans le volet automobile du plan «Emergence». Après l’offshoring et l’aéronautique, le gouvernement annoncera dans les jours qui viennent sa stratégie en la matière. La signature, samedi 1er septembre 2007 à  Tanger, du méga-protocole d’accord entre le groupe Renault-Nissan et le gouvernement marocain, qui devrait donner lieu à  l’émergence d’une véritable industrie en la matière, en constitue le point de départ.

Objectif : monter 500 000 véhicules au Maroc et en équiper 7 millions montés en Europe
Rappelons que le plan Emergence, dans sa partie automobile, prévoyait de positionner le Maroc comme plateforme de fabrication de pièces destinées à  être exportées. L’usine d’assemblage qui sera édifiée dans la zone spéciale de Melloussa, près du port Tanger-Med, d’une capacité de 400 000 véhicules (200 000 dans une première phase) et nécessite un investissement de près d’un milliard d’euros, aura quelque peu modifié la donne. Comme l’avoue Salaheddine Mezouar, ministre du commerce, de l’industrie et de la mise à  niveau de l’économie, «l’annonce de cette grande unité d’assemblage de Tanger nous a contraint de revoir notre stratégie de base, notamment en ce qui concerne les incitations offertes aux équipementiers».

En effet, le concept de base d’Emergence automobile reposait sur des zones de sous-traitance industrielle orientées vers l’export. Les débouchés – les usines d’assemblage – se trouvaient donc essentiellement à  l’étranger. Un rayon de trois jours au maximum par route d’acheminement avait été tracé. Etaient ainsi dans la ligne de mire des pays comme l’Espagne, le Portugal et la France. Sur les 5 000 types de pièces composant une automobile, le Maroc envisageait d’en produire près de 2000. Avec l’implantation de Renault, c’est toute cette stratégie qui a été reconstruite autour de deux axes : un pour les constructeurs, et un autre pour les équipementiers.

Jusque-là , un seul site de production existe au Maroc. Il s’agit de la Somaca qui, depuis sa création en 1960, a connu des hauts et des bas. Renault, qui l’a reprise il y a plus de deux ans, en a fait l’un de ses nombreux sites de production de Logan, la voiture économique du groupe, qui connaà®t un succès inattendu. De 30 000, demande mondiale aidant, il est prévu que la production de Somaca passe à  90 000 Logan à  l’horizon 2010. Avec les 400 000 véhicules que devrait produire la nouvelle unité à  construire dans le nord, le Maroc devrait donc atteindre le chiffre d’un demi-million de véhicules montés, dont 80% environ sont destinés à  l’export, vers tous les marchés du monde, en Europe, Afrique, Asie et Amérique du Nord et du Sud. C’est ce qui a infléchi l’offre Maroc avec un pack non négligeable d’avantages offerts au groupe français, qui, précisons-le, est le seul constructeur à  avoir été démarché pour le montage automobile. Il ne sera pas déçu puisque le gouvernement accorde au site d’assemblage le statut de zone franche et met à  la disposition de Renault un terrain gratuit de 300 ha, aménagé, équipé et relié par une voie routière et une ligne ferroviaire spéciale à  un quai dédié au port de Tanger Med.

Trois zones dédiées aux équipementiers sont prévues à  TFZ, Melloussa et Tétouan
Ces avantages concernent aussi les équipementiers qui s’installeront dans la zone de Melloussa. Valeo a d’ores et déjà  saisi l’occasion et signera dans les prochains jours une convention d’investissement avec le gouvernement marocain portant sur un total de 30 MDH. Dans cette optique, le plan Emergence automobile veut dépasser 50% de taux d’intégration locale des véhicules montés au Maroc. A titre de comparaison, pour la Logan, le taux d’intégration a atteint 27% (800 euros/véhicule) à  fin 2006 et se situera entre 35 et 40% (1 200 euros/véhicule) en 2007.

Pour les équipementiers, tout un arsenal de dispositions est prévu, toutes regroupées par le département de l’industrie dans un «Dispositif équipementier». «Vu que, de manière générale, l’histoire des équipementiers est liée à  celle des constructeurs, l’installation d’une usine plus ou moins grande ne peut que les encourager à  s’installer dans les zones prévues à  cet effet», précise Salaheddine Mezouar. Les entreprises visées peuvent ainsi bénéficier d’un soutien direct à  l’investissement, à  travers des subventions du Fonds Hassan II aux coûts du terrain et des bâtiments. Actuellement, 25 projets ont bénéficié de cette aide directe, pour un investissement cumulé, depuis 2000, de plus de 1,4 milliard de DH dans le secteur automobile et un total de 12 000 emplois générés.

Des ressources humaines qualifiées formées à  TFZ avec l’aide de Renault
Deuxième mesure prévue, la création de trois zones entièrement dédiées à  ce secteur industriel. En plus des 120 ha destinés à  l’industrie automobile à  Tanger Free Zone (TFZ), deux zones sont ou seront aménagées à  Melloussa et Tétouan. TFZ connaà®t déjà  l’implantation d’équipementiers mondiaux (une quinzaine d’équipementiers français, espagnols, portugais, américains et japonais). Ceci place l’automobile en tête de liste des activités les plus développées dans la zone. Le secteur représente plus de 40% du volume de l’investissement, soit 130 millions d’euros (1,5 milliard de DH).

Pour ces trois sites d’équipementiers, la proximité du port Tanger Med est capitale puisqu’il constituera la principale porte de sortie de la production nationale en équipements automobiles. Résultat, ce sont désormais 28 unités de production de véhicules qui sont visées par Emergence automobile. A l’Espagne, au Portugal et à  la France s’ajoutent l’Italie et l’Allemagne, deux pays connus pour leur industrie automobile. Il s’agit en tout d’un marché visant à  produire des pièces pour les 7 millions de véhicules montés chaque année au niveau de 5 pays. «Un potentiel énorme garantissant un niveau de production élevé pour les équipementiers présents au Maroc», se réjouit M. Mezouar. Ce dernier précise qu’une liste d’une vingtaine d’équipementiers internationaux a été dressée. Certains ne sont pas encore présents au Maroc. D’autres seront invités à  renforcer leur présence dans le pays et y augmenter leurs investissements.

Le troisième nouvel élément sur lequel les équipes de Salaheddine Mezouar ont insisté se rapporte à  la qualification des ressources humaines. «C’était un véritable casse-tête. Il ne suffit pas d’attirer les investisseurs et de leur accorder de nombreux avantages. Encore faut-il mettre à  leur disposition des ressources humaines spécialement formées et capables de relever le défi», commente le ministre de l’industrie. Longtemps considérée comme une faiblesse du Maroc en matière d’attractivité des investisseurs dans l’automobile, la non-disponibilité de ressources humaines qualifiées trouvera une solution avec l’ouverture d’un institut de formation aux métiers de l’automobile. Il sera construit dans la zone franche de Tanger avec l’aide de Renault-Nissan. Les premiers débouchés de ce centre de formation seront les ateliers du constructeur franco-japonais à  Melloussa, au sein desquels 6 000 emplois directs et 30 000 indirects seront créés. Mais le besoin est plus important. Si, aujourd’hui, l’activité principale du secteur automobile, qui emploie 30 000 personnes dont une majorité ont un Bac +2, réside dans les faisceaux de câbles qui représentent 50 % de ce domaine, pour ce qui est des cadres hautement qualifiés, le problème se pose toujours. Ces cadres de haut niveau seront nécessaires aux industries à  haute valeur ajoutée dans le secteur, telles le design et l’ingénierie, mais aussi à  cette autre industrie à  haute valeur ajoutée qui se développe de plus en plus dans notre pays : la recherche et développement. Plusieurs unités industrielles disposent en effet de leurs propres laboratoires. C’est le cas de Matra et Valeo (une centaine d’ingénieurs chacun) et STMicro Electronics avec 500 ingénieurs en électronique embarquée.