Des pastèques, des melons et des carottes cultivés à  Zagora ? Oui, cela existe bel et bien

Le goutte-à -goutte a permis de mieux gérer l’eau, mais aussi d’intégrer de nouvelles cultures dans une région où il ne tombe que 120 mm par an. Les rendements sont intéressants : 75 000 DH par an et par hectare. La rose reste la richesse de la région et la culture du safran est toujours bien ancrée.

En longeant les montagnes de l’Anti-Atlas et du Grand Atlas par la route nationale, on a, le plus clair du temps, l’impression de traverser un désert, tant la chaleur y est suffocante et le paysage lunaire, ou peu s’en faut. Mais dès qu’on décide de prendre une piste, on découvre de la verdure, qu’il s’agisse d’oasis de dattes ou de diverses cultures, entre autres safran, roses et légumes. Mieux encore, depuis deux années à peine, melons et pastèques ont fait une entrée remarquée dans les champs de Zagora. Au gré des rencontres avec des agriculteurs et à travers les chiffres de l’Office de mise en valeur de la région, on comprend comment et pourquoi un tel engouement pour ces fruits s’est produit.

Mohamed Abrari était commerçant avant de se mettre à l’agriculture, il y a quelques années, à une vingtaine de kilomètres d’Agdz, tristement célèbre par le pénitencier que les gens du coin connaissaient bien mais n’ont jamais eu vent de ce qui s’y passait ou évitaient de se montrer trop curieux… Cet agriculteur a acheté quelques hectares de palmiers dattiers. Il y a deux années, il a essayé pastèques et melons, sur deux hectares. Cette année, il en est à la deuxième récolte, car il y en a trois sur la saison. Il a commencé à vendre ses fruits à 4,50 DH le kg en mai. Si, aujourd’hui, le prix a baissé à 2 DH, c’est que les pastèques sont plus petites mais ont aussi envahi les marchés de la région et ceux d’une grande partie du pays car elles sont vendues, à travers les intermédiaires, à Casablanca, Agadir et Marrakech.

Mohamed Abrari n’est pas le seul à avoir adopté cette démarche, et pour cause, un hectare peut générer de 60 000 DH à 75 000 DH par an. Selon les services de l’Office régional de mise en valeur de Ouarzazate (ORMVAO), les superficies dédiées à la seule pastèque sont passées à 760 ha en un rien de temps dans la vallée de Draâ, dont 600 ha concentrés à Zagora. Et ce qui est remarquable, c’est aussi l’adoption du goutte-à-goutte sans lequel un tel résultat n’aurait jamais été atteint. Aujourd’hui, les agriculteurs de la région qui ont toujours fait des cultures d’appoint parlent également de l’énergie photovoltaïque comme un moyen de réduire leurs frais. Et cela va se vérifier ailleurs.

Les agriculteurs se sont mis à l’énergie solaire pour le pompage d’eau

Mais si la pastèque et le melon trouvent du succès, en partant vers Kalaât M’gouna, la richesse de cette région est plutôt la rose. Néanmoins, les agriculteurs ont toujours fait preuve de souplesse en cherchant à diversifier leurs revenus par l’élevage, et en cultivant qui de la pomme de terre, qui de la luzerne pour nourrir le bétail, qui des haricots. Mais la véritable nouveauté est la carotte. De la carrotte dans le Haut Atlas !

Noreddine Lamâalam était maçon et avait un lopin de terre où il avait des dattiers. L’exploitation ne lui rapportant pas grand-chose, il a décidé de s’établir à quelques kilomètres de Tinghir où il a acquis 6 hectares. Non seulement il a installé le goutte-à-goutte mais il a aussi adopté l’énergie verte. Il explique : «Durant la première année, il me fallait quatre bonbonnes de gaz butane pour pomper l’eau qui est pourtant à moins de 20 mètres. On m’a parlé des plaques photovoltaïques et je me suis décidé vite, il y a exactement une semaine, en investissant 63 000 DH dans huit plaques avec une garantie de 20 ans. Comme vous le voyez, je n’ai pas acheté un produit chinois». Bien entendu, Noreddine Lamaâlam a fait creuser deux bassins car il ne peut avoir un débit suffisant en temps réel. Et, du coup, grâce à un équipement moderne, les produits phytosanitaires sont directement dissous dans l’eau avant de passer dans le circuit d’irrigation.

Mais en regardant aux alentours de la petite exploitation de cet agriculteur -sachant que les paysans de la région disposant d’un terrain dépassant les 5 hectares ne représentent que 14% du total et près de 60% des propriétaires ont un terrain ne dépassant pas 1 ha-, on s’aperçoit que ses voisins ont suivi la même voie.
En allant vers le Dadès, c’est le royaume de la rose qui enchante la vue et l’odorat mais seulement durant la première quinzaine du mois de mai. Sur 800 ha, on produit, entre Kelaat M’Gouna et Boumalne, boutons floraux séchés, eau de rose, essence de rose et concrète et absolue rose.

Au total, ce sont 5 unités, dont 3 modernes qui transforment le produit. Il faut en effet 4 à 5 kg de roses fraîches pour produire 1 kg de roses sèches et 5 000 kg de roses fraîches pour obtenir un litre d’huile essentielle, par exemple. Mais la région qui compte 6 coopératives et un groupement d’intérêt économique (GIE) veut repeupler et densifier 200 des 800 ha et même passer à 1 200 ha dans les années à venir. A terme, l’ambition est de produire 250 kg d’huile essentielle contre 100 kg aujourd’hui, 5 000 kg de concrète contre 2 500 kg, et arriver à 300 tonnes d’eau de rose au lieu de 100 tonnes actuellement.

4 tonnes de safran commercialisées par an

L’autre grande richesse de la région est le safran, également appelé «or rouge» (c’est l’aliment le plus cher à raison de 35 DH le gramme). Et il faut aller du côté de Taliouine à 160 km au sud de Ouarzazate pour la trouver. Mais là aussi, tout comme pour la rose, il faut faire vite car le safran se récolte seulement entre début octobre et début novembre. Le rendement moyen, 5,6 kg à l’hectare, ne s’obtient qu’à la troisième année. Et au bout de six ans, il faut procéder à l’assolement (changement de culture pour reposer le sol).

Sur une superficie totale de 710 ha, Taliouine se taille la part du lion avec 610 ha. Les producteurs, estimés à 8 000 par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), commercialisent 4 tonnes de safran par an. Le ministère de l’agriculture accompagne les trois coopératives et 15 associations pour l’obtention d’un label AOP (Appellation d’origine protégée). A travers l’ORMVAO, non seulement il distribue gratuitement les plants, séchoirs et autres balances de précision, mais il a aussi construit une piste de 12,5 km reliant Douar Tinfate à Douar Imadiden où il y a une concentration d’agriculteurs.

En fait, tous les moyens sont bons pour encourager l’investissement. A cet égard, des subventions sont versées pour étendre l’irrigation localisée sur 1 300 ha, à terme. Suivant ce même esprit d’amélioration de l’organisation de cette activité, un GIE qui vise à trouver plus de débouchés a été créé.

Dans le climat hostile des montagnes du Grand Atlas, tout se fait vite et les averses arrivent sans s’annoncer en toute saison. Et toutes les cultures existantes souffrent des fortes amplitudes thermiques : près de 48° en été et moins 6° en hiver.

La pluviométrie, elle, ne dépasse pas les 120 mm dans la région de Ouarzazate, mais globalement il ne semble pas qu’il y ait de réelles menaces de stress hydrique, surtout avec la généralisation du système de goutte-à-goutte. On a fini par convaincre le cultivateur qu’il faut juste ce qu’il faut pour bien produire, tout en apprenant à mieux vendre. Un jour, peut-être qu’on plantera même des tomates dans le coin, qui sait ?