Des objectifs économiques réalistes, de forts engagements sociaux

L’entreprise est mise au cœur de la stratégie de croissance. Renforcement du Plan d’accélération industriel pour opérer une transformation des structures de l’économie et ainsi augmenter la compétitivité de l’économie. Objectif : intégrer le cercle des 50 premières économies de l’indice Doing Business.

Le programme économique du gouvernement, tel que décliné par son chef, Saad Eddine El Othmani, devant les deux Chambres du Parlement réunies mercredi 19 avril, s’inscrit dans la continuité du précédent Exécutif, en termes de philosophie, ce qui est assez logique. En termes d’objectifs, en revanche, l’équipe qui s’installe semble avoir tiré les leçons des expériences passées, où les gouvernements prenaient des engagements ambitieux rarement atteints. C’est ainsi que dans le programme de la législature qui s’ouvre, les engagements chiffrés, au plan macroéconomique, sont plutôt réalistes : une croissance oscillant entre 4,5% et 5,5%, un déficit budgétaire autour de 3% du PIB, un taux d’endettement du Trésor inférieur à 60% du PIB, un taux d’inflation inférieur à 2% et un taux de chômage autour de 8,5%.

Mis à part le taux de croissance, encore assez fortement lié aux aléas du climat, et celui du chômage, peu corrélé à l’activité économique, le gouvernement a des marges pour agir aussi bien sur les niveaux de la dette et du déficit budgétaire, tandis que l’inflation, en ce qui la concerne, est déjà inférieure à 2% et depuis bien longtemps. Moyennant quoi ces objectifs, parce que suffisamment réalistes, sont tout à fait à portée. Comment s’y prendre pour les concrétiser ?

Les stratégies sectorielles seront poursuivies et renforcées

Fidèle à la doctrine de son parti, et, en réalité, de l’ensemble pratiquement des composantes de la coalition, El Othmani, dès les premiers mots qu’il a prononcés en abordant la partie économique du Programme, a placé l’entreprise au centre de la stratégie du gouvernement. C’est évidemment cohérent non plus seulement par rapport à la philosophie des parties prenantes à la coalition, mais également au regard de l’économie mondialisée dans laquelle le Maroc s’est inséré. C’est l’entreprise qui crée des richesses, elle est le moteur de la croissance, il faut donc lui faciliter la vie en la libérant des entraves bureaucratiques, en améliorant le climat des affaires, en promouvant une concurrence saine et loyale, a dit, en substance, le nouveau chef du gouvernement. Et en parlant de l’entreprise, ce sont les petites et les moyennes, mais aussi les toutes petites qui sont les plus visées, car elles sont les plus nombreuses et les plus fragiles. M. El Othmani s’est même engagé à en soutenir 20 000. L’activation du décret sur les marchés publics, à travers l’octroi de 20% de la commande publique à ces entités, est un des exemples des mesures de soutien à leur profit. Il a également promis que, via des moyens adéquats à mettre en place, il encouragera 100 000 TPE à intégrer le secteur formel à l’horizon de la législature.

A travers l’amélioration du climat des affaires et l’attractivité de l’économie marocaine, l’objectif poursuivi est de parvenir à intégrer, à l’horizon 2021, le cercle des 50 premières économies de l’indice Doing Business. Mais, auparavant, il faudra réussir le pari de transformer les structures de l’économie, dont on sait aujourd’hui qu’elles sont encore dominées par des activités à faible valeur ajoutée. Cet objectif, le chef du gouvernement en a parlé avec insistance, tant il est vrai que c’est par cette voie que l’accès au rang de pays émergent deviendra possible. Et c’est ainsi que l’Exécutif entend poursuivre et renforcer le Plan d’accélération industriel 2014-2020, car c’est précisément ce plan-là, s’il réussit, qui aidera à activer la transformation des structures de l’économie, à augmenter le rythme de la croissance économique et, par conséquent, à améliorer la compétitivité.

En parallèle, les stratégies sectorielles, déjà lancées, seront poursuivies et renforcées. Dans le domaine de l’agriculture, à titre d’illustration, El Othmani a parlé de développer l’agriculture solidaire et précisé que celle-ci profitera à 130 000 agriculteurs à travers la mise en place de 297 000 projets à déployer sur une superficie de 400 000 hectares ; le tout pour une enveloppe de 6,5 milliards de DH. On peut ajouter dans ce sens le soutien au développement rural avec, entre autres, le reboisement de 50 000 hectares. On peut multiplier à l’infini les exemples de projets à l’endroit du monde rural et, finalement, de l’agriculture durable, l’essentiel à rappeler étant que ce Programme semble vouloir concilier la nécessaire augmentation du rythme de création des richesses et le souci de préserver l’environnement. Mais pas seulement. Le chef du gouvernement, et c’est dit en ces termes, a estimé que les fruits de la croissance, il faudra, pour l’équilibre de la société, les partager. C’est pourquoi les objectifs sociaux qu’il s’est fixés, contrairement à ceux macroéconomiques déjà évoqués, apparaissent, eux, assez ambitieux : baisse du taux d’analphabétisme de 30% à 20%, hausse de la couverture sociale de 60% à 90%, baisse de la mortalité infantile de 27 pour mille à 20 pour mille, augmentation du taux de scolarisation de 88% à 97%, etc.

La question de l’emploi, qui est à l’intersection de l’économie et du social, n’est bien sûr pas occultée. De nombreuses mesures sont annoncées, on signalera seulement celles relatives à la réforme du Code du travail, le renforcement de l’inspection du travail, l’amélioration du dispositif de l’IPE et, c’est la clé de tout, la réforme de l’éducation nationale.