Des apparts toujours chers et des ventes en berne : les prix vont-ils baisser ?

Le haut standing et les logements de grande superficie sont davantage touchés par le marasme.
L’encours des crédits immobiliers aux particuliers augmente de moins en moins vite.

Comment se comporte le marché de l’immobilier en cette fin d’année ? La réponse varie selon le standing et le corps de métier. Si les grands promoteurs assurent que les ventes n’accusent pas de baisse importante, les agents immobiliers et les notaires tiennent un tout autre discours. Une chose est sûre, néanmoins : la multiplication des pancartes «appartements à vendre» et le temps de plus en plus long qu’elles passent accrochées aux immeubles préoccupent le secteur. Il n’est que de faire un tour dans les quartiers de Casablanca ou de Rabat pour constater que les appartements ne se vendent plus aussi vite qu’au début de 2008.
Pour Samir Benmakhlouf, DG de l’agence Century 21, «le marché de la vente est très calme. Les promoteurs ne veulent toujours pas faire d’efforts sur le prix du m2. Il y a un véritable décalage entre l’offre et la demande». Les promoteurs, poursuit M. Benmakhlouf, doivent réorienter leur offre vers le logement économique et de moyen standing. «Nous recevons de plus en plus de promoteurs qui souhaitent bénéficier de notre réseau d’agences. Nous les refusons parce que nous ne voulons pas traîner l’image d’une agence immobilière qui garde trop longtemps le produit. Or, c’est généralement le cas actuellement», ajoute le DG de Century 21. Cette tendance est confirmée par les chiffres du Groupement professionnel des banques marocaines (GPBM) à fin novembre dernier. L’encours des crédits immobiliers pour les particuliers a à peine progressé de 0,73% par rapport à octobre. Comparée à celle de la même période de l’année précédente, l’évolution atteint les 17,99,% en glissement annuel alors qu’elle était de 19,21% à fin octobre et à 20,11% en septembre dernier.

Légère baisse des ventes par rapport à la même période de 2007
Quels sont les produits qui marchent le moins ? Une fois n’est pas coutume, la réponse ne divise pas les professionnels. Promoteurs et agents immobiliers s’accordent à dire que c’est le haut et le moyen standing urbain, et plus particulièrement les logements de grande superficie, qui sont boudés par les clients. «Actuellement, nous vendons moins d’appartements. Généralement, ce sont les grandes surfaces qui sont les plus difficiles à vendre», souligne le propriétaire de plusieurs immeubles dans le quartier 2 Mars. Il cite l’exemple d’un de ses immeubles mis en vente il y a plus de 18 mois. «Le prix du m2 est arrivé à 15 000 DH l’été dernier. Il reste actuellement 4 appartements d’une superficie supérieure ou égale à 150 m2 à vendre dans cet immeuble. Après des mois d’attente, j’ai fixé leur prix à 14 500 DH», explique ce promoteur.
Me Mohamed Maliki, notaire à Casablanca, confirme que le marché de la vente connaît une petite baisse de régime en comparaison à la même période de l’année dernière. «La fin de l’année est normalement une période propice pour le marché de l’immobilier. Ce fut le cas l’année dernière, où nous avions réalisé un nombre exceptionnel d’opérations de vente. Cette année, on peut dire que le marché est revenu à une situation normale», estime M. Maliki.

Les acquéreurs potentiels optent pour la location, en attendant…

Devrait-on s’attendre alors à une baisse des prix du m2 ? Il semblerait que non. «Du moins pas dès le premier contact», confie M. Benmakhlouf qui assure que les promoteurs sont plus disposés à négocier qu’ils ne l’étaient il y a quelques mois. En effet, les agents immobiliers pointent tous du doigt les prix «démesurés» du m2 fini en milieu urbain. A Casablanca, par exemple, les prix qui varient d’un quartier à l’autre ne descendent pas à moins de 13 000 DH le m2 au quartier Bourgogne et de 15 000 DH sur l’avenue 2 Mars. «A Gauthier, les immeubles neufs affichent en moyenne 17 000 DH le m2, alors qu’au quartier Val Fleuri les tarifs varient entre 13 000 et 17 000 DH», confie un jeune cadre à la recherche d’un logement.
A Rabat, les prix du m2 n’ont pas baissé non plus. Les quartiers de l’Agdal et de Hay Riad affichent des prix variant entre 16 000 et 22 000 DH le m2. «Les trois actions que nous avons réussies ces derniers jours étaient des opérations entamées depuis longtemps et très bien étudiées par les acheteurs. Les autres offres ne sont pas conformes aux besoins de nos clients» , explique-t-on auprès du bureau r’bati de Century 21. Les clients de l’agent immobilier sont majoritairement des jeunes couples désireux d’acquérir une résidence principale en ayant recours à un crédit bancaire. Selon lui, c’est la location qui profite de la léthargie du marché immobilier. «Découragés par la cherté des prix, mais aussi et surtout par la pratique du noir, plusieurs clients ont préféré louer un appartement pendant un ou deux ans afin de pouvoir rassembler la somme à verser au noir, en espérant une baisse ou une stagnation des prix» .
A Marrakech, les choses ne sont pas différentes. Adil Chriki, commercial chez Marrakech Connexion, confie que les agents immobiliers font de moins en moins de ventes, «mais davantage de locations». Selon lui, le prix du m2 n’a pas vraiment baissé.
«En revanche, nous sentons que les promoteurs immobiliers sont plus souples et plus disposés à négocier, alors qu’ils ne prenaient même pas le temps de discuter auparavant», conclut-il.