Des accords minés par les tensions politiques

Entre 1983 et 1999, le Maroc a perçu environ 10 milliards de DH au titre des accords de pêche.

De simples protocoles d’accord provisoires, les relations entre le Maroc et l’Espagne concernant le dossier de la pêche se sont transformées en 1983 en un accord en bonne et due forme. Après l’adhésion de l’Espagne à l’UE en 1986, l’accord de pêche fut élargi à toute l’Union, conformément à la réglementation européenne. Depuis cette date, trois accords ont été scellés entre les deux parties. Le premier en 1988 prévoyait une compensation financière de 80 millions de dollars (800 MDH). Outre l’accroissement de la contrepartie financière qui est passée à 120 millions de dollars (1,2 milliard de DH), le second accord de 1992 a apporté une nouveauté : l’insertion d’une clause de révision à mi-parcours qui, le moment venu, est loin d’avoir été une partie de plaisir. Après d’âpres et houleuses négociations, les deux parties ont convenu d’une revue à la hausse de l’enveloppe à 150 millions de dollars (1,5 milliards de DH) et du libre accès des conserves de sardines marocaines au marché communautaire.

Le «niet» de Thami
El Khyari met fin aux accords
En 1995, la lettre de Jacques Santer, ex-président de la Commission européenne, à feu Hassan II sollicitait, sans révision à mi-parcours cette fois-ci, une durée de cinq ans supplémentaires pour permettre la reconversion de la flotte européenne opérant dans les eaux marocaines. Mustapha Sahel, à l’époque ministre des Pêches, sera sensible aux arguments du partenaire européen, mais émettra ses propres conditions : une révision à la hausse de la compensation financière pour atteindre 6,3 milliards de DH et une réduction de l’effort de pêche avec obligation, pour la pêche céphalopodière, de débarquer 30 % de ses captures dans les ports marocains (l’espèce donnait déjà le tournis aux responsables marocains !). Le 30 novembre 1999, date d’expiration de l’accord, fut marquée par de grandes pressions sur la partie marocaine pour la révision de sa position. En charge alors du département des Pêches maritimes, Thami El Khyari affichera un niet catégorique et tiendra tête face aux pressions ibériques. Un des points positifs que souligne encore la profession.
Les Européens revinrent à la charge après le premier remaniement ministériel du gouvernement de l’alternance. Said Chbaatou, en charge du dossier dans l’équipe Youssoufi II, reprendra les négociations douze jours seulement après sa nomination. Et une fois n’est pas coutume, c’est l’Espagne qui claquera la porte quelques semaines après. A l’époque premier ministre (Parti populaire), «José Maria Aznar ne voulait pas d’un accord qui, selon lui, favorisait la pêche artisanale de l’Andalousie par rapport à la pêche hauturière du Nord et des Iles Canaries. Il y avait vu un privilège des socialistes marocains au profit de leurs homologues andalous. En se comportant ainsi, Aznar avait transféré la pression chez les Espagnols», témoigne aujourd’hui un acteur des négociations maroco-espagnoles. Et d’ajouter que le prix à payer était la perte du bon voisinage de l’Espagne en contrepartie de la protection de la ressource nationale.

«José Maria Aznar ne voulait pas d’un accord qui, selon lui, favorisait la pêche artisanale de l’Andalousie par rapport à la pêche hauturière du Nord et des Iles Canaries. Il y voyait un privilège accordé par les socialistes marocains à leurs homologues andalous. En se comportant ainsi, Aznar a transféré la pression chez les Espagnols.»