Défaillances d’entreprises : Une hausse de 15% relevée à fin mars

• Elles devraient connaître une augmentation fulgurante d’ici à fin juin.
• Cela, en raison notamment d’un effet rattrapage dans les traitements des dossiers par les tribunaux de commerce.
• Le BTP, le commerce, l’immobilier et les services restent toujours dans une situation fragile.

Le retour à la vie «normale», ou du moins, la reprise de certaines activités, a révélé au grand jour la réalité sur le niveau des défaillances d’entreprises. A fin mars de cette année, elles ont atteint 2 694, selon Inforisk, soit une hausse de 15% par rapport au 1er trimestre de l’année précédente, alors qu’entre 2019 et 2020 et à la même période, elles ont baissé de 8% à 2 346. Rappelons que sur toute l’année précédente, les défaillances se sont établies à 6 612 et se sont même inscrites en amélioration de 22%.
Il ne s’agit pas d’une appréciation de la situation de ces entreprises, mais plutôt de la conjugaison de plusieurs facteurs qui étaient temporaires. En effet, la situation sanitaire en 2020 obligeait un confinement généralisé et une fermeture momentanée des tribunaux de commerce. «Maintenant que l’activité a repris plus ou moins son cours d’avant-confinement, un effet de rattrapage est constaté. Les tribunaux de commerce traitent donc les dossiers qu’ils avaient en stock. D’où l’augmentation des défaillances en ce 1er trimestre», explique Amine Diouri, directeur Etudes et Communication chez Inforisk. D’ailleurs, si l’on compare l’évolution durant deux années ordinaires, soit 2018 et 2019 par exemple, le 1er trimestre fait état d’une progression des défaillances d’entreprises de 20%, passant de 2 123 à 2 543.
Dans ce contexte, des sociétés de certains secteurs restent toujours fragiles et présentent un risque de défaillance élevé, à l’instar du commerce, du BTP, ou encore le tourisme dont notamment le sous-secteur (location de véhicules et hôtellerie, ainsi que la restauration). En tout cas, à fin 2020, les secteurs liés à l’immobilier, le BTP et le commerce représentaient 70% des défaillances ; et la situation ne semble pas s’améliorer de manière significative en cette année.
Même si la plupart des entreprises ont redémarré leurs activités, le contexte économique dans son ensemble reste difficile, avec un manque de visibilité sur l’évolution de la pandémie, sur la fin de l’état d’urgence, sur l’arrêt ou l’allègement des mesures restrictives de déplacement inter et entre villes…, autant d’éléments qui jouent contre un redressement de la situation. Dans ces conditions, «l’impact de la crise sanitaire se fait toujours sentir et risque même de s’accélérer. Il est ainsi prévu que les défaillances augmentent de 50% à 60% d’ici à fin juin prochain», estime notre source. En cause notamment la non-reprise totale des activités, dont les entreprises exportatrices, mais aussi le début des remboursements des crédits garantis par l’Etat pour les entreprises qui en ont bénéficié. Cela, sachant qu’avec le manque d’une dynamique économique et commerciale, les revenus générés sont toujours en baisse et, de facto, les profits également.
D’autant que l’Etat ne peut soutenir financièrement de façon permanente les entreprises en difficulté. Du coup, l’arrêt des subventions qui devrait intervenir (un jour ou l’autre), aura également un impact sur la santé financière des entreprises. Il faut dire qu’en dépit de ces aides étatiques, «les délais de paiement inter-entreprises restent longs. De plus, presque la moitié des entreprises ont une trésorerie nulle», ajoute M.Diouri. Qu’en serait-il alors de leur situation, après fermeture du robinet des subventions ?!
Quoi qu’il en soit, ce 1er semestre reste une période à haut risque, surtout qu’aucun aspect de l’évolution de la situation économique n’offre un espoir d’un redressement durable ou du moins une visibilité, ne serait-ce que pour les mois à venir. Toutefois, s’il y a une donne qui reste favorable, c’est bien la campagne de vaccination, qui connaît une avancée appréciable et qui, à terme, pourrait pousser les autorités marocaines à alléger toutes les mesures restrictives et permettre un retour à la normale. Parallèlement, l’opérationnalisation du Fonds Mohammed VI est attendu par plus d’un, puisqu’il devra permettre d’aider les entreprises sous la forme de fonds propres et constituera donc une bouée de sauvetage importante pour les entreprises en difficulté.