Défaillances d’entreprises : les secteurs à  surveiller de près

Construction automobile, chimie, agroalimentaire, industrie pharmaceutique, électronique, distribution, informatique & télécoms sont au beau fixe.

Dans son édition 2013, l’Observatoire international du commerce extérieur, institué par les équipes du leader de l’assurance-crédit Euler Hermès, dresse un tableau plutôt rassurant des secteurs de l’économie marocaine, sur fond de conjoncture régionale et mondiale traversée par plusieurs turbulences. Ce focus consacré au Maroc rapporte que sur 17 secteurs, 11 sont au beau fixe. C’est le cas notamment de la construction automobile, la chimie, l’agroalimentaire, l’industrie pharmaceutique, l’électronique, la distribution, les machines et équipements, les services IT, les équipements domestiques et l’informatique & télécoms. Moins bien lotis, les équipementiers automobiles, les industriels du papier et ceux de l’aéronautique connaissent un ralentissement et montrent des signes de faiblesse, selon les experts d’Euler Hermès. Ces derniers soulignent, enfin, que les secteurs de la construction, de la métallurgie et du textile souffrent de faiblesses structurelles, et nécessitent de ce fait d’être surveillés, vu qu’ils renferment des scénarios de crise probablement.

Zoom sur les secteurs les plus vulnérables

Construction : les coupes budgétaires, le resserrement du crédit et les délais de paiement posent problème

Le secteur du BTP et les activités qui y sont liées commencent à sentir l’impact de la réduction du budget de l’investissement de l’Etat. «Bien que nous manquons de chiffres exacts par rapport au volume des marchés adjugés depuis le début de l’année, la tendance sera sûrement à la baisse», pronostique Bouchaïb Benhamida, président de la Fédération du BTP. Aussi, l’allongement exceptionnel des délais de paiement plombe la trésorerie des opérateurs du secteur et par conséquent perturbe leur activité. Cette faiblesse structurelle dégagée par les experts d’Euler Hermès a été relevée par le HCP. Selon la note de ce dernier, «au premier trimestre 2013, la valeur ajoutée du bâtiment et des travaux publics aurait connu une forte contraction, traduisant, ainsi, la conjoncture défavorable qui devrait toucher le secteur tout au long de l’année en cours».
D’autre part, l’immobilier laisse entrevoir de temps à autre des signaux positifs pour la période, mais sur des relents de crise, même si les professionnels insistent sur le fait que les récentes coupes budgétaires n’ont pas eu d’impact sur l’activité du secteur. Ce dernier reste clairement exposé à la problématique de l’accès au financement face à des banques qui durcissent mois après mois leurs conditions d’octroi des financements aux promoteurs. «Un des enjeux majeurs est de résoudre la problématique du financement des promoteurs. Au risque de mettre le secteur au point mort à l’identique de ce qui s’est produit en Espagne et en Italie, où les banques ont arrêté l’octroi des crédits», relève Ludovic Subran, directeur de la recherche chez Euler Hermès Monde.

Le textile menacé par la crise en Europe et les changements climatiques

Le textile est connu depuis un certain temps comme étant un secteur boiteux de l’économie marocaine, notamment avec la montée en puissance des fournisseurs turcs et chinois. Toutefois, les professionnels se félicitent de la résilience dont font preuve les opérateurs durant l’année 2013 sur fond de conjoncture globalement difficile. «Se maintenir est déjà une bonne chose pour nous. Cependant, il faudra noter que les opérateurs doivent faire face à la fois à la poursuite de la baisse de la consommation en Europe, mais également aux changements climatiques qui perturbent le mode de consommation», explique Mostapha Sajid, président de l’Amith.
Il faut dire que le textile fait partie des secteurs les plus proches des ménages européens à l’instar des équipements domestiques et du commerce. Du coup, les opérateurs locaux sont plus que jamais exposés, notamment avec la crise qui sévit en Europe. A ce titre, la résilience du secteur sera fonction de la capacité des industriels à s’adapter aux nouveaux standards des donneurs d’ordre.
En parallèle, les experts d’Euler Hermès rappellent que les prix à l’export, plus élevés que ceux des concurrents, induits par les coûts de l’énergie, même avec la compétitivité des coûts salariaux, continueront de refléter une dynamique défavorable des exportations marocaines qui doit être compensée par la qualité, les équipements en infrastructure et un élan d’attractivité.

Métallurgie : les mesures de sauvegarde se font attendre

Comme en témoignent les enquêtes récemment publiées par Bank-Al-Maghrib, le secteur de la métallurgie est le plus touché par la baisse de la production industrielle. Cette baisse est essentiellement due à une frénésie d’importations d’acier, essentiellement en provenance d’Europe où la sidérurgie connaît une crise profonde. Selon les professionnels, la thèse du dumping est avérée. Ces derniers attendent toujours des mesures de défense après avoir introduit une requête dans ce sens depuis environ un an. Ce faisant, l’ensemble des opérateurs sont unanimes à affirmer que le secteur fait face à une crise profonde, plus qu’à une faiblesse structurelle, qui ne pourra cesser que grâce à une décision publique pour préserver cette industrie.
Toutefois, la reprise qui se fait sentir sur le marché international de l’acier constitue, selon les professionnels, un facteur motivant pour le secteur entier qui connaît une sous-production par rapport à sa capacité réelle. En effet, la production mondiale actuelle de l’acier est évaluée à 1,6 milliard de tonnes, soit un ratio de 230 kg per capita. «La production nationale est, à ce jour, évaluée à 1,5 million de tonnes pour une capacité nationale de production estimée à 2,5 millions de tonnes, soit un ratio de 75 kg per capita. A titre indicatif, la production d’acier en Turquie est 15 fois plus importante que celle du Maroc avec un niveau de coût de production comparable» explique le management de Maghreb Steel.

Equipements automobiles : les industriels tournés vers l’export souffrent

La situation dans le secteur se caractérise par un décrochage entre l’activité des opérateurs orientés vers le marché local, travaillant notamment pour le compte du constructeur Renault, et ceux orientés vers l’export et qui dépendent de ce fait des donneurs d’ordre étrangers. Les seconds sont touchés par la crise qui frappe de plein fouet leurs clients pour la majorité espagnols et italiens. «Depuis le début de l’année, le ralentissement est bien installé et nous continuons de faire face à des difficultés qui confirment la tendance observée depuis 2012», témoigne un industriel. Ceci étant, des éclaircies se laissent entrevoir de temps à autre mais sans que cela n’induise un revirement de trend. Ce sont les équipementiers qui fournissent les constructeurs basés hors Europe qui sont pour le moment à l’abri des turbulences que connaît le marché.
Cela dit, ce secteur, qui fait partie des métiers mondiaux du Maroc, recèle de vraies potentialités, surtout avec le tassement de l’offre des pays concurrents du Maghreb dans un contexte de crise politique. «Avec la compétitivité des coûts salariaux et l’effort d’intégration très notable en matière logistique, le Maroc a toutes les chances pour miser sur ce secteur en tant que grand secteur exportateur», explique Ludovic Subran. La réflexion autour d’un contrat programme qui accompagnera les exportateurs est déjà lancée au niveau de l’Amica.

Aéronautique : concurrence des pays de l’Europe de l’est

Sur les premiers mois de l’année 2013, les exportations du secteur aéronautique ont affiché une croissance timide de 2% seulement, soit 1,6 milliard de DH de plus. Cela constitue en rupture avec la tendance observée ces dernières années durant lesquelles le secteur enregistrait une croissance dépassant les 20%. Ce qui fait planer un air de ralentissement qui s’est prolongé sur l’année. Pour les experts d’Euler Hermès, ce secteur est à surveiller puisque le Royaume subit les effets d’une concurrence acharnée de la part d’autres équipementiers, notamment ceux de l’Europe de l’Est, sur fond de redistribution des cartes au niveau de l’industrie aéronautique à l’échelle mondiale.
Toutefois, à en croire les professionnels, le contexte actuel est marqué par des perspectives de croissance prometteuses des commandes de l’industrie aéronautique, émanant notamment des pays du sud-est asiatique et du Golfe ainsi que le besoin de renouvellement des flottes des compagnies de l’Europe et de l’Amérique.