Daniel Kablan Duncan : «Les flux commerciaux entre nos pays devraient être plus importants d’ici 2 à  3 ans»

Le Maroc ne représente que 1,3% dans les échanges commerciaux de la Côte d’Ivoire. Développer les infrastructures de transport et faciliter l’accès au financement sont des chantiers urgents. Les gouvernements doivent appuyer le secteur privé pour une plus grande coopération.

Comment les échanges commerciaux entre le Maroc et la Côte d’Ivoire peuvent-ils être fortifiés ?

Depuis quelques années, les échanges commerciaux ont augmenté en volume entre le Maroc et la Côte d’Ivoire bien qu’il faille admettre que ces chiffres restent encore bas. En 2010, le Maroc représentait seulement 0,5% des échanges commerciaux de la Côte d’Ivoire, 1,02% en 2011 et 1,3% en 2013. De plus, le Maroc est seulement le 25e fournisseur de la Côte d’Ivoire. Actuellement, alors que le Maroc fournit principalement à la Côte d’Ivoire des équipements industriels et du textile, la Côte d’Ivoire exporte au Maroc du papier et du carton. Toutefois, les flux sont en accélération, notamment pour ce qui est de l’investissement, ce qui est de bon augure pour le futur. Récemment, la Côte d’Ivoire et le Maroc ont signé 26 accords de partenariats qui couvrent une large palette de secteurs, de la banque au tourisme. Ces accords devraient aider au décollage d’activités sectorielles transversales. Le Maroc a déjà une forte présence dans le secteur bancaire, par exemple à travers Attijariwafa bank qui est le principal actionnaire de la Société ivoirienne de banque (SIB). Après tout, la finance est au cœur de toute économie et si le Maroc est présent sur ce créneau, il est en mesure de diversifier ses activités. Depuis 2012, un nouveau Code d’investissement a été mis en place pour faciliter les échanges. Le Centre de promotion de l’investissement de Côte d’Ivoire (CEPICI) a instauré un guichet unique qui permet à une entreprise de s’établir en moins de 48 heures. Le rapport Doing Business 2014 publié par la Banque Mondiale a classé la Côte d’Ivoire parmi les dix pays qui ont appliqué les meilleures réformes au monde. C’est pourquoi, d’ici 2 ou 3 ans, les flux commerciaux entre nos pays devraient être plus importants qu’ils ne le sont aujourd’hui.

Quels sont les principaux obstacles aux échanges commerciaux entre l’Afrique du Nord et de l’Ouest ?

Nous devons urgemment améliorer l’ensemble des infrastructures de transport. Il y a un manque d’infrastructures routières et ferroviaires entre les pays de l’Afrique du Nord et de l’Ouest. Sur le front maritime, il existe déjà des infrastructures fonctionnelles, mais les problèmes de régularité demeurent. Une autre contrainte est le financement. Par rapport aux pays asiatiques qui investissent massivement par le biais de prêts concessionnels, le soutien financier des pays d’Afrique du Nord est encore modeste. C’est dû partiellement au fait que les économies nord-africaines ont elles-mêmes besoin de financement extérieur. Cela dit, l’Afrique de l’Ouest bénéficie actuellement de l’expertise de l’Afrique du Nord dans une palette de secteurs allant du tourisme à l’agriculture et la santé. Aussi, alors que les pays occidentaux sont généralement plus avancés et contribuent davantage en termes d’expertise, la proximité entre l’Afrique de l’Ouest et du Nord simplifie les échanges et le partage des expertises.

Quels secteurs offrent aux entreprises marocaines les meilleures opportunités d’investissement?

Suite à la crise post-électorale ivoirienne, les secteurs de la construction et de l’immobilier ont connu une période de plein boom économique. Les compagnies marocaines comme le Groupe Alliances ou le Groupe Addoha ont investi dans ce secteur et construisent chacun 10 000 logements en 2014. Ces investissements devraient aider à stimuler les échanges entre les deux pays en termes de machinerie et d’équipements. En plus, la compagnie de matériaux de construction marocaine Ciments de l’Afrique a décidé d’agrandir sa cimenterie pour porter la capacité de production de 500 000 à 1 million de tonnes. Il y a aussi un nombre important de projets d’infrastructures qui demandent de l’investissement, notamment pour étendre nos réseaux routiers dans le Nord-est de la Côte d’Ivoire. Les sociétés pétrolières marocaines et ivoiriennes pourraient aussi former un partenariat stratégique pour produire des lubrifiants et des bouteilles de gaz de pétrole liquéfié. Alors que dans la décennie passée nous avons pris du retard, nous sommes engagés maintenant sur la voie de l’accélération de la croissance.

Comment les gouvernements marocain et ivoirien peuvent-ils œuvrer à une plus étroite coopération entre leurs secteurs privés respectifs ?  

La Confédération générale des Entreprises de CI et la CGEM ont signé un accord de partenariat pour la création d’un conseil économique. Mais nos gouvernements ont leur part de responsabilité. Ils doivent poser les jalons pour faciliter l’investissement privé et dans une plus large mesure.