Damane Oxygène : une offre séduisante, mais les conditions restent contraignantes

• Plusieurs documents demandés, impact de la crise sur l’activité à estimer, impossibilité d’intégrer le personnel travaillant dans le noir…, autant d’anomalies rapportées par des clients.
• Les banquiers justifient ces documents par la nécessité de s’assurer de l’emploi des ressources octroyées.
• Les promoteurs se plaignent de formalités draconiennes à remplir et de l’inexistence d’un produit Damane Relance destiné au secteur.

Environ 12 MMDH ont été octroyés au titre du crédit Damane Oxygène. Ce découvert vise à garantir les crédits exceptionnels destinés à financer le fonds de roulement, limiter les effets sur la trésorerie… Plus de 24 000 entreprises en ont tiré profit, dont plus de 85% font partie des TPE, avec un chiffre d’affaires inférieur à 10 MDH.
La répartition des secteurs bénéficiaires n’a pas connu de grande évolution par rapport aux dernières données communiquées par la CCG. Ainsi, l’industrie vient en tête, avec environ 30%, suivie du secteur du commerce, avec 22% et idem pour le BTP. Ces secteurs sont talonnés par les services, le transport…Tout va bien dans le meilleur du monde. Sauf que sur le terrain, des clients se sont tellement heurtés à des procédures contraignantes de la part de leurs banques, qu’ils ont fini par tourner le dos à ce type de crédit et demander de l’aide financière autour de la famille et entourage. Certains ne souhaitent même pas revivre une expérience de la sorte avec le prochain produit Damane Relance.
A Casablanca, un commerçant se plaint de la multitude des documents demandés, en cascade et non en one shot. Ce qui rallonge les délais d’octroi du crédit alors que l’urgence n’est plus à démontrer. Un architecte à Rabat explique : «En plus du bilan des 3 dernières années, du contrat de bail du local, des bordereaux de la CNSS du personnel ainsi que leur RIB, la banque a demandé un récapitulatif des contrats en cours et ceux à venir. L’activité a été arrêtée net d’un coup. Comment peut-on avoir de la visibilité sur les projets futurs». Et d’ajouter, qu’«il est également demandé de remplir un formulaire où il faut estimer la baisse de l’activité et détailler les mesures prises afin d’atténuer l’impact de la crise !».
Non seulement cela, le montant n’est pas directement versé sur le compte du client. C’est la banque qui se charge de procéder à tous les paiements nécessaires (loyer, salaire, charges fixes, fournisseurs…). Un directeur d’une banque de la place explique qu’il s’agit d’une procédure tout à fait normale. «Le but étant de s’assurer par nos propres moyens que les ressources octroyées sont utilisées à bon escient et de vérifier à travers les justificatifs des rentrées financières futures, la capacité future du client à rembourser sa dette».
Cependant, un autre couac est rapporté. Il s’agit de l’impossibilité de prendre en compte le personnel qui travaille dans le noir, surtout pour les TPE tels qu’un jardinier, un agent de sécurité, un ouvrier, a fortiori, si leur salaire est attribué en espèces, et non par chèque.
«Aucune preuve n’existe donc pour justifier les charges salariales de ces personnes travaillant dans l’informel et leur rémunération est donc compromise. Pour celles qui ont un compte bancaire et sont payées par chèque, nous demandons au client de joindre à son dossier une copie des différents chèques versés ainsi que le RIB de ces personnes et poussons sa candidature auprès du département risque de la banque», rapporte un directeur d’agence bancaire….Cela, pour un résultat qui n’est pas garanti.
Si ce type de problèmes est restitué par des clients de différents secteurs d’activité, la promotion immobilière, elle, se plaint de conditions difficiles à satisfaire. «Il s’agit, en premier lieu, de l’obligation d’avoir réalisé un taux d’avancement des travaux des projets de 50% et injecté 100% des fonds propres dans le projet en cours», cite Taoufik Kamil, président de la FNPI. Notre source ajoute : «Plusieurs projets n’ont pas encore atteint ce taux de réalisation des travaux et nécessitent donc des fonds supplémentaires pour un maintien de l’activité. De plus, les différents plannings d’injection des fonds propres ont dû être revus, puisque les rentrées financières prévues ont été fortement affectées».
Ces conditions sont donc jugées draconiennes et ne correspondent pas à la particularité du secteur qui est fortement capitalistique et, à la différence de plusieurs autres secteurs d’activité, ne dispose pas de matériel ou de produits amortissables, encore mois de loyer à payer…
En tout cas, l’offre Damane Oxygène arrivera à terme le 12 juin, pour les PME et les grandes entreprises, et restera valable jusqu’à fin juin pour les TPE. Une autre offre devrait prendre sa place, à savoir Damane Relance. Elle sera effective à partir du 15 juin pour la 1ère catégorie d’entreprises. Rappelons que cette offre est lancée dans la continuité de ce qui a été réalisé via Damane Oxygène et ce, afin de permettre à ces entreprises de lisser ce manque à gagner et soulager leur trésorerie. Ce produit devrait ratisser large et les banquiers sont optimistes par rapport à la réussite de ce produit. Néanmoins, les personnes intéressées espèrent un allègement des conditions d’octroi des financements. Et «encore une fois, le secteur de la promotion immobilière a été exclu de cette offre, dans le sens où les spécificités de l’activité n’ont pas été prise en compte», se désolent les promoteurs.
Taoufik Kamil donne l’exemple du ratio exigible, rapportant l’endettement à l’EBE (Excédent brut d’exploitation) devant être supérieur à 7 et dont l’applicabilité est contraignante pour les promoteurs. «Les banques devraient créer un produit Damane Relance spécifique à la promotion immobilière qui inclut aussi bien la durée du projet qui peut dépasser 4 ans, que le stock existant», rétorque M.Kamil. Il ajoute : «Autant les conditions de financement des autres secteurs sont claires et simples autant le secteur de la promotion immobilière est le dernier à être pris en compte. C’est à se demander si le secteur ne contribue pas à la création de richesse pour le pays», se demande M.Kamil.
En face, notre banquier nous confie qu’un produit Damane Relance réservé aux promoteurs immobiliers sera bientôt mis en place. En attendant, l’offre Damane Oxygène destinée à ce secteur court toujours. «Le retour des ouvriers sur les chantiers se réalise à petits pas certes, mais est effectif. Les professionnels auront donc des factures à payer, des salaires à verser…et attendent toujours un produit qui devait être lancé, simultanément aux autres secteurs d’activité économique», conclut M.Kamil.