Cuir : le contrat programme toujours bloqué

Les industriels dont les propositions sont déjà soumises au ministère de l’industrie se disent déçus. Ils poursuivent leurs efforts en matière de promotion dans les marchés traditionnels et de recherche de nouveaux débouchés.

Le secteur du cuir n’a toujours pas son contrat programme. La Fédération des industries du cuir (Fédic), qui a soumis au début du mois de novembre 2015 au ministère du commerce et de l’industrie ses propositions, avait pourtant annoncé que le contrat programme 2016-2018 allait être signé avant la fin de l’année dernière. Les industriels du secteur se disent «déçus par ce retard». Ils n’avancent aucune explication et se consolent en soulignant qu’ils ne sont pas «les seuls dans cette situation», en citant comme exemple le secteur du textile et de l’habillement.

Le contrat programme doit couvrir les trois écosystèmes que sont la chaussure, la maroquinerie-vêtement en cuir et la tannerie. L’objectif est de réaliser un chiffre d’affaires à l’export de 10 milliards de DH à l’horizon 2020, contre 3,9 milliards actuellement, dont 78% pour la chaussure, 14% pour la tannerie et 8% pour la maroquinerie-vêtement en cuir. 25 000 emplois devront être créés, dont une partie grâce à l’accompagnement des entreprises informelles qui réalisent 40% de l’activité du secteur. Ce soutien, qui concerne spécifiquement les branches chaussure et maroquinerie-vêtement, vise à mettre en place la co-traitance avec les donneurs d’ordre étrangers en vue d’augmenter la valeur ajoutée.

Dans l’attente de la stratégie, la Fédic poursuit son action promotionnelle dans plusieurs pays et va à la conquête de marchés nouveaux, notamment en Afrique subsaharienne et au Moyen-Orient. Les pays concernés par la promotion sont l’Allemagne et les Etats-Unis qui absorbent 20% des exportations mondiales de chaussures et de maroquinerie. Un budget de 700 000 DH est programmé pour une opération similaire en Espagne, au Danemark et au Sénégal.

Aujourd’hui, l’essentiel des exportations de la filière est destiné aux marchés français, espagnol et italien. La chaussure représente plus de 50% des exportations du secteur. Suivent le vêtement et la maroquinerie. Les cuirs et peaux bruts ou semi-traités arrivent au troisième rang avec 11 à 26 millions de tonnes. Ce qui est faible, de l’avis de plusieurs opérateurs, comparé aux exportations de cette branche pendant les années 90.

La mise à niveau en amont est impérative

Aujourd’hui, la chaussure est la seule branche à progresser, même si le rythme est faible. D’après les statistiques de l’Office des changes, les exportations d’articles chaussants ont progressé de 1,2% à fin 2015, à 2,9 milliards de DH. «Cette progression est compréhensible car la filière subit une vive concurrence des produits chinois, même sur le haut de gamme. D’où l’obligation d’accélérer la mise en place de la stratégie sectorielle pour améliorer la compétitivité de la branche et sa mise à niveau en amont, notamment la filière de la tannerie», explique un opérateur du secteur.

L’amont constitue, selon la profession, la principale faiblesse de l’industrie du cuir. Pour y remédier, les professionnels estiment nécessaire la mise en place d’un cadre juridique pour organiser le ramassage, le transport et la vente des peaux. Et cela dans le but de maîtriser et de contrôler la qualité des peaux. Un tel résultat ne pourrait être obtenu que grâce à la création de la Bourse du cuir. Chaque région devra avoir sa propre bourse afin d’assurer l’approvisionnement des unités de production dans toutes les villes. La première bourse sera ouverte dans la région de Casablanca-Settat. Les autres suivront selon un calendrier précis. L’autre chantier prioritaire pour la mise à niveau de l’amont est l’aménagement des zones industrielles de la tannerie dans les villes de Fès, Marrakech, Casablanca et Tanger où se concentre un grand nombre de tanneurs.

Tous ces besoins ont été exprimés il y a plusieurs années et sont évoqués de façon récurrente. Pourquoi les décisions n’ont pas suivi? Selon les professionnels, le retard est souvent dû à des lenteurs administratives et à la mauvaise conjoncture qui impacte le secteur depuis 2011. Mais, selon un observateur, le retard pris est surtout dû «au manque de réactivité des professionnels qui doivent également procéder à la mise à niveau de leurs entreprises en instaurant les bonnes pratiques de management, la qualification des ressources humaines, l’innovation et une agressivité commerciale sur les marchés cible. Tout cela doit aboutir à une meilleure compétitivité de l’offre marocaine».