Crowdfunding : Un marché embryonnaire, en attente d’achèvement du paysage réglementaire

Entre 2019 et 2021, ce sont 171 projets qui ont été financés par le crowdfunding. Le montant total des levées a atteint 3,7 MDH avec une somme moyenne de 741 DH par contributeur. Trois arrêtés devraient être publiés d’ici la fin de l’année.

Le crowdfunding est encore à un stade embryonnaire au Maroc. D’ailleurs, le seul type de financement collaboratif auquel les projets marocains peuvent prétendre est le don. Toujours est-il que les statistiques montrent une croissance entre la période 2019-2021 et 2010-2014, selon le baromètre du crowdfunding, réalisé par le laboratoire d’innovation, Happy Smala et l’ESSEC Afrique, par le biais de son In-LabAfrica.

Il en ressort que 171 projets marocains ont été financés en 2 ans, via treize plateformes dont deux marocaines; les autres sont françaises, américaines et du Moyen-Orient. De plus, le montant total des fonds collectés a atteint 3,7MDH sur cette période. En comparaison avec la période initiale, le nombre de projets financés était de 117 pour un montant global de 2,6 MDH. En revanche, si le montant moyen par campagne s’affichait à 33000DH entre 2010 et 2014, il est de 22400DH actuellement.

Par typologie de projets, les particuliers drainent une part de 67% de ces fonds levés, suivis par les associations à hauteur de 27%. Les entreprises, elles, n’accaparent qu’un poids de 10%. Cela dit, les montants levés par les associations sont plus importants que ceux levés par les particuliers. Les projets financés, eux, ont trait aux domaines de la société, de l’éducation, de l’économie, de la santé et de l’environnement.

Par ailleurs, la durée moyenne des campagnes de financement s’est établie à 50,1 jours et le nombre de personnes ayant contribué aux campagnes s’est élevé à 6100. Bien que ce nombre puisse paraître élevé, la somme moyenne versée par contributeur est de 741 DH seulement. A côté, ce sont 32% des projets qui ont atteint l’objectif de leur campagne. Il est important de signaler que plus les montants demandés sont importants, plus le taux de réussite diminue. Toujours selon ce baromètre, les projets de moins de 5 000 DH ayant abouti à leur objectif a atteint une proportion de 50%. Celle-ci va decrescendo à mesure que le montant augmente. Elle est de 46% pour les projets dont le montant demandé est compris entre 5 001 et 20 000 DH, de 39% pour ceux qui requièrent un financement entre 20 001 DH et 50 000 DH et de 19% pour les projets de plus de 50 000 DH. Notons que le montant maximum mobilisé par une campagne s’est hissé à 317867DH et a mobilisé le plus grand nombre de contributeurs.

C’est dire que ce système de financement collaboratif est toujours faible. Si l’on prend la dimension africaine, le continent en entier dispose de 57 plateformes de crowdfunding dont 80% sont concentrés en Afrique du Sud. Ce qui établit la moyenne à une seule plateforme par pays. A côté de ce pays, l’Egypte et le Nigéria sont également des leaders et le Maroc vient loin derrière.

Le crowdfunding ne peut donc prendre sa vitesse de croisière que si les textes réglementaires sont complets. Le paysage sera ainsi parachevé par la publication de trois arrêtés. «Le 1er est relatif aux activités connexes que la société de financement collaborative peut exercer, à l’instar de la publicité, le conseil juridique, le conseil juridique, la restructuration financière… Le 2e concerne le modèle de rapport du réseau d’investisseurs providentiels qui devrait intégrer, entre autres, le montant de leurs contributions, les projets investis, la situation géographique… Le 3e est relatif au contenu du dossier de déclaration des réseaux d’investisseurs providentiels», explique Adnane El Mansouri, cadre à la division de la relance économique, à la direction du Trésor. Notre source assure que ces documents sont en cours d’examen par le SGG et devraient être adoptés à la fin de cette année, ou au 1er trimestre de l’année prochaine, au plus tard. A côté de ces arrêtés, d’autres sont en cours de préparation, mais ne seraient adoptés qu’une fois que le marché marocain du financement collaboratif prend de l’ampleur et devient plus consistant tant en termes de projets que de financement. Il s’agit, entre autres, «des modalités de réalisation des opérations à l’étranger pour les sociétés de financement collaboratives marocaines agréées souhaitant financier des projets à l’international, le taux de commission annuelle ou encore la modification annuelle des plafonds des contributions», conclut M.El Mansouri. A côté de cela, neuf circulaires de BAM sont en phase de discussions auprès du ministère des finances et une relevant de l’AMMC est au niveau du SGG pour examen.