Crédits aux entreprises : panne générale

Les crédits de trésorerie sont rationnés : baisse de 10% sur les 4 premiers mois de l’année. La dégradation de l’activité et de la situation financière des entreprises ont poussé les banques à  plus de sévérité lorsqu’il s’agit de renouvellement des financements du fonds de roulement.

L’évolution des crédits durant les premiers mois de 2013 a de quoi inquiéter. Elle apporte en effet la preuve que les banques ont tendance à fermer le robinet des financements aux entreprises privées. Cela a certes cours depuis quelques mois déjà pour les crédits à l’équipement dans les secteurs que les banques ont inscrits sur leur liste noire en raison de la montée des risques. Mais la nouveauté est que le rationnement s’étend désormais aux crédits de trésorerie. Depuis le début de l’année, ils ont baissé de près de 10%, à 144,4 milliards de DH. Sachant que les besoins de financement du fonds de roulement des entreprises n’ont pas dû faiblir dans cette conjoncture tendue, il y a bien lieu de parler de restrictions sur les crédits de trésorerie, ce dont témoignent bien les patrons d’entreprises. «Ce début d’année, le renouvellement de notre ligne de trésorerie, qui intervient sur une base annuelle, s’est fait à des conditions beaucoup moins avantageuses», témoigne le patron d’une grande PME. Ces resserrements ne doivent en fait pas étonner, expliquent les banquiers, étant donné que les renouvellements de lignes de trésorerie se font en général sur la base de la qualité du bilan présenté ou encore du total des mouvements réalisés avec la banque, quand ce n’est pas simplement en pourcentage du chiffre d’affaires de l’entreprise. Un mode de détermination qui n’avantage clairement pas les entreprises qui ont, pour la plupart, nécessairement vu leur activité et leur situation financière se dégrader au cours des derniers mois, leur donnant donc droit à moins de financements de la trésorerie. Et encore, les entités dont les lignes ont été comprimées ne sont pas les plus mal loties, car pour certaines, les banques ont tout simplement refusé le renouvellement, optant plutôt pour une prorogation de quelques mois, en attendant de voir comment évoluera leur situation. Pour d’autres entreprises, les lignes de trésorerie ne sont plus accordées que pour des opérations nommément désignées, un marché public par exemple.

Outre ce durcissement des conditions générales des crédits de trésorerie, leur mode de gestion par les banques atteste également d’un resserrement. En effet, les dépassements de lignes qui étaient concédés pour couvrir des charges de fin de mois (paiement des salaires, règlement des fournisseurs…) ne semblent plus du tout tolérés par certains établissements, et ce, même si les bénéficiaires avaient pour habitude de régulariser leur situation en quelques jours.

Les banques lèvent le pied même sur le financement des particuliers

Les crédits à l’équipement sont quant à eux en baisse de 4,4%, à près de 99 milliards de DH depuis le début de l’année après avoir déjà régressé de 7,1% en 2012. Cela peut s’expliquer par l’attentisme des entreprises, qui suspendent leurs investissements en attendant une conjoncture plus clémente. Mais pour la plus grande partie, le coup de frein vient plutôt des banques qui continuent de se méfier des mêmes secteurs. Le textile est cité en premier, mais il y a aussi la chimie-parachimie, dont les acteurs ont beaucoup perdu en compétitivité face à la concurrence étrangère. Ces deux secteurs ont à juste titre vu les concours qui leur sont alloués chuter de plus de 13% au premier trimestre.

Vient ensuite l’immobilier. En effet, même si les crédits aux promoteurs ont progressé de 7% au premier trimestre du fait du financement de projets sociaux et de moyen standing, les conditions de crédit sont toujours drastiques. Les banques ne débloquent leur financement qu’au-delà de 25 à 30% de taux de commercialisation du projet, selon les témoignages concordants des promoteurs immobiliers.

Des demandes de garanties croissantes peuvent encore se retrouver sous plusieurs for-mes dans différents secteurs et cela se comprend eu égard au taux de défaut constaté chez les entreprises. En effet, leurs créances en souffrance ont augmenté de manière notable : près de 10% depuis le début de l’année après s’être aggravée de 15,3% l’année passée. «Il faut y voir clairement l’ombre de la crise», explique ce banquier qui dit par ailleurs voir défiler de plus en plus de dossiers difficiles notamment parmi les TPE (commerçants, professions libérales…).

Mais si elles financent de moins en moins les investissements et le fonds de roulement des entreprises, vers quoi peuvent bien s’orienter les banques ? Jusqu’à présent, elles ont jeté leur dévolu sur les particuliers. «Avec un volume d’emprunteurs importants et des montants moindres, cette clientèle permet en effet aux banques de mieux répartir le risque», explique un professionnel. Il s’agit également d’un recours pour optimiser au mieux leurs ressources qui se font de plus en plus rares. Rappelons en effet que le déficit de trésorerie des banques atteint 66 milliards de DH, alors qu’on en était encore à 4 milliards de DH il y a 2 ans. 

Seulement, il semble que les établissements de la place lèvent également le pied sur les financements des particuliers. Les crédits à l’habitat affichent une petite croissance de 2,2% sur les 4 premiers mois de l’année. Pis, le crédit à la consommation a baissé légèrement de 0,1% à fin avril alors qu’à la même période de l’année passée, il a approché une hausse de 7%. Tendance à la consolidation après l’offensive des banques sur le crédit conso durant ces derniers mois, saturation des capacités de financement des particuliers…, plusieurs raisons sont avancées par les professionnels pour expliquer cette tendance. En tout cas, l’augmentation notable des créances en souffrance des ménages de 10,3% sur les 4 premiers mois de l’année y est pour beaucoup. Mais faute de ressources suffisantes et quand on sait que le coefficient d’emploi du secteur dépasse 100%, les banques ont-elles réellement le choix ? On n’est pas encore totalement dans une situation de «credit crunch», mais, vu l’évolution des indicateurs, la situation devient préoccupante.