Contreplaqué, PVC, ronds à  béton, céramique… Ces matériaux menacés qu’il faut sauver

Sur les 5 dernières années, les importations de contreplaqué chinois et de PVC américains ont respectivement été multipliées par 10 et 5. Les produits sidérurgiques longs étrangers sont montés en quelques mois à  30% de part de marché.

Le secteur des matériaux de construction risque bien, à lui seul, d’occuper à plein temps la division de défense commerciale du département du commerce extérieur durant cette fin d’année. Celle-ci s’apprête en effet à officialiser par arrêté des mesures anti-dumping en faveur du contreplaqué accordées pour une période de 5 ans. Elle vient en outre de finaliser son enquête devant aboutir à l’application de mesures anti-dumping en faveur du PVC, et devrait la dévoiler sous peu. Dans la foulée, les fabricants de produits sidérurgiques longs (rond à béton et fil machine) devraient être bientôt fixés quant à leur requête de bénéficier de mesures de sauvegarde, les équipes de la défense commerciale promettant de se prononcer à ce sujet d’ici fin 2012.

Autant de filières qui vont pouvoir respirer. La production nationale de contreplaqué, d’abord, a été mise à rude épreuve ces dernières années à cause des importations chinoises. Les volumes en provenance de ce pays ont en effet presque décuplé depuis 2006, passant d’un peu plus de 1 300 m3 à plus de 12 500 m3, selon les chiffres du commerce extérieur. Parallèlement, la part de marché des produits chinois a doublé, passant de 11% à plus de 22% actuellement, selon la profession. Une montée en puissance qui s’explique largement par le fait que le prix de vente du contreplaqué chinois sur le marché marocain est 28% moins cher que le tarif sur le marché d’origine, ce qui correspond à la marge de dumping dégagée par l’enquête de la division de défense commerciale. Pour faire face à une telle agressivité, Cema Bois de l’Atlas qui assure 90% de la production nationale de contreplaqué n’a eu d’autrechoix que de vendre à perte entre 2009 et 2010, de l’aveu même de l’entreprise.

C’est dire que le nouveau droit de 25% qui sera appliqué aux importations chinoises sur les 5 prochaines années (période maximale autorisée pour les mesures anti-dumping, renouvelable autant de fois que nécessaire) tombe à point nommé pour permettre à la filière nationale de se redresser.

Pour sa part, le PVC national est malmené depuis quelques années par le produit d’importation américain. Dans le sillage d’un quadruplement des exportations de PVC des Etats-Unis vers le monde sur les 5 dernières années, nos importations en provenance de ce pays ont été multipliées par presque 5 en moins de 3 ans, passant de 5 900 tonnes en 2008 à près de 27 000 tonnes en 2011. Ce qui fait aujourd’hui des États-Unis le premier fournisseur du Maroc en PVC.

Dès la fin des mesures de sauvegarde pour la céramique, les importations ont repris de plus belle

A la limite, les offensives sur le PVC et le contreplaqué sont difficiles à contrer de par le fait qu’elles s’appuient sur du dumping. En revanche, les fabricants locaux de ronds à béton et de fil machine ont été sévèrement déstabilisés sur les derniers mois sans aucune stratégie d’agressivité tarifaire. Tout juste au premier semestre 2012, les importations de ronds à béton dopées par les volumes en provenance d’Europe du sud ont atteint 42 000 tonnes contre seulement 7 000 à la même période de l’année passée, soit 6 fois plus, selon les chiffres des professionnels. Parallèlement, les achats à l’étranger du fil machine ont presque triplé, passant de 21 000 à 78 000 tonnes.

En bout de course, la part de marché des produits étrangers est montée en quelques mois à 30%, selon les opérateurs du marché. Pour éviter l’escalade, la filière locale requiert des mesures de sauvegarde d’au moins 8 ans (le maximum pouvant être demandé est de 10 ans). Une période transitoire qui devrait permettre à cette industrie jeune (sur 7 opérateurs seulement deux existaient avant l’année 2000) de se mettre à niveau et faire face à la concurrence internationale.

Quelle sera maintenant l’issue de cette démarche ? A voir le cas de la filière de la céramique (notamment les carreaux faits à base de cette matière) qui a bénéficié de mesures de sauvegarde entre 2005 et 2010, le moins que l’on puisse dire est que les bons résultats ne sont pas garantis. En effet, successivement à la fin des mesures de sauvegarde, les importations de carreaux en céramique ont bondi de 20% entre 2010 et 2011 alors que la production nationale n’a progressé que de 2% sur l’intervalle. Durant le premier semestre 2012 encore, ces importations ont augmenté de 40%, comparativement à la même période de 2011. Sans surprise, la part de marché du produit local n’a cessé de reculer dans l’intervalle, passant de 85% en 2008 à 72% aujourd’hui, selon les professionnels. Cette situation encourage à présent les professionnels à requérir des mesures anti-dumping.

Quoi qu’il en soit, même si l’on ne peut encore se prononcer sur l’efficacité à long terme des mesures de défense commerciale pour le secteur des matériaux de construction, il faut concéder qu’elles ont au moins le mérite de préserver sur le court terme les filières nationales. Le cas de l’industrie de la robinetterie qui a complètement disparu depuis 2008, du fait d’une inaction face à l’affluence massive de produits chinois, le prouve bien.