Contrats spéciaux de formation :le patronat critique, l’OFPPT se défend !

Lors d’une réunion tenue le 6 juin dernier avec le Premier ministre, la CGEM a pointé les dysfonctionnements du système
Les patrons signalent 419 MDH collectés par l’Office mais non utilisés
Selon l’OFPPT, ce sont les entreprises qui ne sollicitent pas suffisamment ses formations.

Le système de formation professionnelle est-il efficace ? Difficile de se prononcer, car si, en termes d’effectifs, le nombre de stagiaires est passé de 57 500 en 2002/2003 à
142 500 en 2006/2007, et les établissements de 183 à 245, en termes qualitatifs, rien ne prouve que le système soit efficace et ouvre les portes du marché du travail aux jeunes lauréats de l’Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail (OFPPT). En tout cas, les représentants de la CGEM n’ont pas mâché leurs mots, adressant des critiques acerbes au système de formation professionnelle, lors d’une réunion tenue avec le Premier ministre le 6 juin dernier.

Parmi les griefs, les patrons parlent d’un taux d’insertion compris entre 49 % et 59 % en 2002. Ce chiffre est cependant démenti par les responsables de l’OFPPT selon lesquels le taux moyen d’insertion des lauréats de la formation professionnelle est aujourd’hui de 75 %. Ce pourcentage est avancé sur la base de l’enquête réalisée chaque année par l’office pour suivre le parcours des lauréats de l’année précédente. Certains secteurs comme le tourisme et les technologies de l’information absorbent pratiquement la totalité des lauréats, est-il indiqué. «Pourquoi donc prendre un chiffre de 2002 pour argumenter en 2007 alors que des chiffres plus récents sont disponibles ?», fait-on remarquer à l’office.

Outre cet aspect, la confédération patronale estime que la concentration des ressources de l’OFPPT sur la formation initiale «a induit mécaniquement une forte baisse des activités de formation pour les salariés et de services aux entreprises». Allusion est faite ici aux contrats spéciaux de formation (CSF) et aux cours du soir dont les effectifs auraient baissé de manière drastique.
Concernant les CSF, on déplore à la CGEM la faiblesse des réalisations, tant pour ce qui est du nombre d’entreprises requérantes que pour ce qui est du budget effectivement engagé. Selon le patronat, il y aurait eu en effet, entre 2002 et 2005, 419 MDH «collectés par l’office mais non consommés», au titre des CSF. Plus inquiétant, ajoute-t-on, «ce taux risque de s’amplifier compte tenu des difficultés opérationnelles du dispositif».

Des dossiers abandonnés en cours de route
Ce à quoi l’office répond par le fait que les formations initiales des jeunes lauréats n’ont aucun lien direct avec les CSF et ne peuvent en aucun cas influer sur elles. «C’est aux entreprises qu’il faut demander pourquoi elles sollicitent moins ces services».

De plus, rappelle-t-on à l’office, les budgets des CSF sont décidés par un comité où siègent, au côté du secrétariat d’Etat à la formation professionnelle, les syndicats et le patronat.
Mais, il y a des signes qui ne trompent pas, pourrait-on dire. Entre 2002 et 2005, 1 344 dossiers relatifs aux CSF ont été déposés, pour un budget global de 596 MDH. Finalement, la participation financière approuvée par le comité s’élevait à 585 MDH et les paiements cumulés n’ont porté que sur 166 millions. D’où l’écart de 419 MDH constaté. L’explication est à chercher dans l’abandon des dossiers par les entreprises qui ne satisfont pas aux conditions de dossiers ou de paiement. C’est du moins l’explication donnée par l’OFPPT.

Pour les cours du soir, les effectifs sont passés de 24 000 en 2002/2003 à 4 000 en 2006/2007. Le chiffre, qui n’est pas contesté par l’OFPPT, viendrait du fait qu’il y a, aujourd’hui, un contrôle plus serré. Les séances, qui étaient auparavant ouvertes à tous, sont désormais réservées aux seuls salariés. D’autre part, l’instauration en 2002-2003 d’un examen national pour les cours du soir a contribué à faire chuter le nombre de postulants.

Enfin, pour la masse salariale de l’office, qui est passée entre 2002 et 2007, selon la CGEM, de 610 MDH à 961 millions, soit 350 millions de plus, l’office souligne qu’il s’agit là d’un simple budget. Les paiements effectifs sont passés, durant la même période, de 633 MDH à 879 millions, soit une augmentation annuelle de 5%.

Quoi qu’il en soit, les deux parties ont du mal à accorder leurs violons et il semble qu’elles ne sont pas près de le faire. D’où l’arbitrage demandé au Premier ministre. Et c’est d’ailleurs dans ce cadre que s’inscrit la réunion présidée par Driss Jettou qui, fidèle à sa démarche de diplomate, a fini par demander aux parties de réfléchir aux moyens de travailler ensemble.