Contestabilité des marchés : les appréciations de la Banque mondiale

Le Maroc se démarque dans la région MENA par l’ouverture de son économie. Le secteur privé appelé à sortir de sa zone de confort. Des règles du jeu équitables pour les entreprises nationales, les intrants étrangers et les PME.

La croissance ne peut être décrétée, mais créée en s’appuyant sur un secteur privé dynamique. Et pour que ce dernier se développe, il est important d’agir sur la contestabilité des marchés et sur la politique de concurrence. C’est en somme ce qu’a défendu Ferid Belhaj, vice-président du Groupe de la Banque mondiale pour la région MENA, dans une conférence plénière organisée le 14 novembre à Tanger, dans le cadre de sa visite de travail au Maroc et en marge des travaux de la 12e édition du Forum MEDays. Ferid Belhaj y a rappelé le rôle vital que joue la contestabilité dans le développement du tissu économique de la région, et appelé les acteurs du secteur privé à quitter leurs zones de confort pour contester la position des acteurs existants en vue de se développer eux-mêmes et tirer leurs secteurs respectifs vers le haut. Dans une déclaration faite à La Vie éco, le vice-président de la Banque mondiale a expliqué que «le degré de contestabilité des marchés de la région MENA est ce qui conditionne leur développement. Le Maroc, par la diversité de son économie, se démarque des autres pays de la région et tire profit de sa capacité à transformer les potentialités en véritables opportunités, qui vont contribuer à la création d’emplois et à la réduction des inégalités». La présence sur les marchés marocains d’acteurs étrangers crée une concurrence saine qui fait avancer l’économie, «ce qui est loin d’être le cas dans plusieurs pays de la région. Certains marchés sont difficilement contestables par les acteurs locaux. Toutefois, ces derniers doivent tout mettre en œuvre pour se faire entendre et s’imposer dans les marchés de leur choix», poursuit-il. En revanche, «le fait que le développement du secteur privé au Maroc soit presque toujours adossé à des stratégies gouvernementales, avec des objectifs définis, retarde l’émergence d’un entrepreneuriat privé libre de se déployer comme il l’entend et créer ses propres opportunités. Je ne dis pas que les choses doivent se faire de manière anarchique, loin de là. Mais c’est cette liberté de contester les marchés qui favorise la croissance», note Ferid Belhaj, arguant que «le Maroc réalise une croissance inférieure à 3% alors qu’elle devrait se situer à 6% au vu des efforts fournis et de l’effervescence économique qu’il nourrit».

Éliminer les barrières restantes

Le Maroc a fait d’énormes progrès en termes d’ouverture des marchés à la concurrence mondiale. Bien plus que la moyenne régionale où subsistent encore des réticences tantôt liées au niveau du développement du secteur privé, tantôt à la volonté des gouvernements de “couver” un peu plus longtemps les marchés jugés fragiles. Si près du but, le Maroc devrait, selon les conclusions des observations faites par la Banque mondiale, actionner un environnement des affaires prévisible, une justice transparente et prévisible, une sécurité à l’investisseur et permettre aux entreprises d’accéder à la bataille de la compétition, avec la possibilité de faire faillite si leurs actions se soldent par un échec. Ferid Belhaj, qui porte cette «recette», affirme que c’est ce type de dynamisme qui a créé la croissance dans tous les pays. A condition que le secteur privé maîtrise son environnement, et que l’Etat lui permette de se déployer librement. Cela passe également par la création d’un environnement réglementaire qui élimine les barrières à l’entrée pour les futures entreprises concurrentes, limite les privilèges des opérateurs historiques publics et privés, et réprime les pratiques anticoncurrentielles. D’ailleurs, un rapport de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), datant de 2018, avait appelé au renforcement du rôle du Conseil de la concurrence par l’introduction de ces mêmes notions. L’objectif étant de pousser vers l’émergence d’un secteur privé compétitif et innovant, porté par un écosystème de la concurrence qui bénéficierait d’un appui technique basé sur les meilleures expériences internationales.

Des réformes de deuxième génération

Un rapport de la Banque mondiale, intitulé «Créer des marchés au Maroc : une deuxième génération des réformes» et publié mi-2019 à la demande de la Société financière internationale (SFI), indique dans ses conclusions que le Maroc, qui justifie d’un des taux d’investissement les plus élevés au monde avec une moyenne de 34% du PIB par an depuis le milieu des années 2000, les retombées en termes d’emplois créés, de productivité et de croissance économique n’ont pas été au niveau espéré. Une contre-performance imputable au modèle actuel d’une croissance dépendante du taux élevé d’accumulation de capital public fixe, qui montre depuis longtemps des signes de fatigue. Une observation partagée par le Mémorandum économique sur le Maroc (CEM) et le Diagnostic-pays systématique (DPS) de la Banque mondiale. Des réformes de deuxième génération ont été préconisées par l’entité mondiale, versant en faveur d’une politique complémentaire à celle adoptée par le Maroc, et qui vise en priorité les investissements directs étrangers (IDE) et les investissements larges. L’objectif est d’établir des règles du jeu équitables pour tous les opérateurs, y compris les PME, et aider à l’émergence de plus de champions économiques nationaux.