Consortiums d’exportation : l’accès au financement et le pilotage posent problème

Les formalités de déblocage des fonds pour la communication et la promotion gagneraient à  être allégées selon des membres de consortiums. L’absence d’une structure permanente d’animation limite la coordination entre les entreprises des groupements. L’association des consortiums dénonce le traitement inéquitable entre les nouvelles structures et les anciennes.

«L’expérience italienne en matière de consortiums d’exportation est celle qui a le mieux fonctionné au Maroc». Ce constat, établi par l’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel suite à un rapprochement fait avec d’autres pays, montre que ce type d’organisation a porté ses fruits et que le Royaume doit développer en vue de booster son offre sur les marchés extérieurs. Cependant, sur le terrain, quelques imperfections persistent dont principalement l’accès au financement et l’absence d’une structure permanente assurant l’animation des consortiums.

Concernant le premier point, les consortiums déplorent les difficultés d’accès au budget qui leur est accordé, soit 700 000 DH sur une durée de 3 ans, en vue de financer la mise en place des outils de communication ainsi que les actions de promotion. «C’est un handicap qui empêche les consortiums de mener à bien leur programme promotionnel. Plusieurs groupements n’ont pas encore épuisé le budget qui leur a été alloué alors que la période de déblocage est expirée. Le programme a démarré en 2006 et a pris fin en 2009», soulignent les membres d’un consortium. Afin d’assurer une continuité des actions engagées, les pouvoirs publics ont prolongé la période de déblocage des fonds jusqu’à fin 2014. «C’est une mesure que nous saluons certes, cependant il faut alléger les mécanismes et les formalités de versement des fonds», recommande un industriel, membre d’un consortium de textile.

Au-delà du financement, l’Association marocaine des consortiums d’exportation (AMCE) souligne le manque d’animation des consortiums. «Un consortium regroupe plusieurs unités ayant des offres complémentaires, ce qui rend nécessaire un noyau assurant la coordination et animant le groupement. Aujourd’hui, cela fait défaut chez nous et il faudrait revoir le fondement juridique des consortiums», estime l’AMCE.

Les anciens consortiums bénéficient de 700 000 DH sur trois ans, les nouveaux de 1,5 million

L’association ne manque pas de signaler qu’il ne s’agit pas seulement de prévoir la structure dans les statuts du consortium mais également, et surtout, de trouver les compétences adéquates. «Le profil requis pour cette fonction est celui d’un bon directeur commercial ayant la capacité et les compétences de convaincre les patrons des entreprises constituant le groupement d’exportation mais aussi les partenaires étrangers», indique l’association.

Même s’ils reconnaissent les retombées positives sur leur activité, des membres de consortiums soulignent qu’«il a été difficile parfois de promouvoir l’offre globale. Les entreprises se préoccupent davantage de leurs propres produits au détriment des autres». Selon des statistiques communiquées par les consortiums, la mutualisation des moyens et des actions au sein des groupements s’est en effet traduite par une hausse du chiffre d’affaires exportation de l’ordre de 15 à 18%. Mais les performances pourraient être meilleures si des améliorations sont apportées aux consortiums.

Une étude du ministère du commerce et de l’industrie, réalisée en 2011, avait pointé, rappelons-le, du doigt ces imperfections. Et c’est sur la base de ses conclusions que les pouvoirs publics ont réorienté le programme qui est devenu «Export Synergia» au lieu de «Programme Consortium d’Exportation» mis en place en 2003 dans le cadre d’une collaboration bilatérale avec le gouvernement italien.

Devant donner un nouvel élan aux consortiums, ce nouveau programme prévoit un soutien financier par lequel les pouvoirs publics s’engagent à financer les projets de développement et de consolidation de ces structures. Ce qui explique l’augmentation du budget qui passe donc de 700 000 DH à 1,5 million de DH. Sauf que, et c’est la problématique actuelle que souligne l’AMCE, seuls les nouveaux consortiums pourront bénéficier de cette mesure. Les anciens groupements d’exportation garderont donc le même niveau de financement. Un traitement inéquitable et injuste que l’AMCE dénonce. Elle a adressé une demande au ministère du commerce et de l’industrie pour une généralisation des mesures à l’ensemble des consortiums, indépendamment de leur date de création. Certains consortiums disent n’être plus intéressés par ce programme et menacent même de se dissoudre au cas où le soutien financier des anciens consortiums ne serait pas aligné sur le nouveau modèle. Une problématique que les pouvoirs publics, désireux de créer 55 nouveaux consortiums d’ici 2015, devraient résoudre rapidement.