Conjoncture : hors agriculture, l’activité économique se maintient

Le PIB global a progressé de 2.6% au deuxième trimestre et devrait atteindre 2.9% au troisième. Les activités hors agriculture ont affiché des hausses de 4.6% et 4.7% respectivement au premier et au deuxième trimestre et l’on estime à  4.8% leur croissance au troisième.

Dans un contexte où ses principaux partenaires sont pour certains en récession (Espagne, Italie et Portugal) et pour d’autres en stagnation (France), le Maroc parvient malgré tout à réaliser, sur le plan économique, quelques résultats pour l’instant positifs. Le PIB a en effet progressé de 2,8% au premier trimestre et de 2,6% au deuxième. Et ce léger fléchissement au deuxième trimestre devrait être compensé au troisième trimestre pour lequel le Haut commissariat au plan (HCP) prévoit une croissance de 2,9%. Bien évidemment, compte tenu du niveau du PIB marocain, ces rythmes de croissance restent encore insuffisants pour résorber les nombreux déficits accumulés, notamment dans les domaines sociaux. Satisfaction tout de même : le PIB hors agriculture, selon les données du HCP, semble poursuivre une trajectoire haussière qui pourrait le remettre dans le palier supérieur, celui de 5%, dans lequel il s’était installé pendant quatre années successives (de 2004 à 2007).

Après 4,6% au premier trimestre, les activités hors agriculture ont en effet réalisé une augmentation de 4,7% au deuxième et devraient atteindre 4,8% au troisième trimestre. Pour l’ensemble de l’année, cependant, la croissance globale (agricole et non agricole) ne devrait pas dépasser 3,4%, selon les prévisions du ministère des finances, et 2,4% selon le HCP, au lieu de 5% en 2011 ; cette contraction du rythme d’évolution du PIB étant liée à la baisse de la valeur ajoutée agricole : -8,3% au premier trimestre, -9,8% au deuxième et -9,3% pour l’ensemble de l’année 2012. Ce niveau global de progression de l’activité cache cependant des évolutions sectorielles différenciées. C’est ainsi que le secteur minier, par exemple, a commencé à se redresser au premier semestre de l’année, porté par une amélioration des activités phosphatées, une amélioration qui devrait d’ailleurs se renforcer au cours de la seconde moitié de l’année, selon les projections à la fois du HCP et de la Direction des études et des prévisions financières du ministère des finances (DEPF).

La flambée des cours mondiaux des denrées alimentaires devant favoriser une relance de la demande mondiale de fertilisants. La production d’acides phosphoriques, en baisse continue depuis quatre trimestres, s’est en effet affermie de 5,1% au deuxième trimestre, grâce notamment au redressement des exportations vers l’Inde. Les ventes du phosphate brut, elles, ont augmenté de 5,3%. Cette amélioration semble expliquer le fait que l’OCP ait acquitté depuis juillet la totalité des 4 milliards de DH prévus dans la Loi de finances, au titre des recettes de monopole et participations.

Le marasme persiste dans l’activité de construction

Dans le secteur de l’énergie, la valeur ajoutée, bien qu’en légère décélération, reste soutenue (+9,2%). Mais la branche électrique semble marquer le pas en termes de production, après plus de deux ans de hausse constante. Au premier trimestre, la production d’électricité a affiché une augmentation de 1,9% contre 5,9% le trimestre précédent, hors effet saisonnier ; et au deuxième trimestre, elle n’aurait pas dépassé 0,9% (par rapport au premier trimestre). De la même manière, les importations d’Espagne et d’Algérie ont enregistré une hausse de 0,2% au deuxième trimestre contre 11,2% au premier (toujours hors effet saisonnier). Ce tassement de la production et des importations de l’énergie électrique est expliqué par le ralentissement anticipé des activités de constructions, entre autres. Et à ce titre, l’activité de construction, comme le montrent les éléments conjoncturels disponibles et rendus publics par le HCP notamment, affiche un certain dynamisme au premier trimestre, sans toutefois renouer avec son niveau tendanciel. Et cette situation de marasme dure depuis le deuxième semestre 2008.

La valeur ajoutée du BTP n’a augmenté au premier trimestre de cette année que de 1,6%. Une amélioration est anticipée par les professionnels pour les deuxième et troisième trimestres, en liaison avec l’augmentation de la production de logements sociaux. Mais à en juger par les indicateurs financiers récents, la situation ne paraît pas s’être améliorée sensiblement. Les crédits immobiliers aux particuliers et aux promoteurs n’ont progressé à fin juillet que de 5,9% et 1,1% respectivement depuis le début de l’année, alors que les taux de progression par le passé étaient à deux chiffres.

Dans l’industrie, hors raffinage de pétrole, si la situation est globalement stagnante, les différentes branches qui composent le secteur ont jusque-là évolué de manière contrastée. Ainsi, si la valeur ajoutée dans les Industries métallurgiques, mécaniques, électriques et électroniques (IMME) a affiché une baisse de 0,1% au deuxième trimestre (en glissement trimestriel et hors effet saisonnier), les industries alimentaires, du textile et cuir et de la chimie et parachimie ont, elles, bénéficié d’une reprise des exportations et ainsi enregistré des hausses de 1,2%, 0,6% et 2%, respectivement par rapport au premier trimestre.
Dans le secteur touristique, la situation semble s’améliorer quelque peu. Selon le HCP, la valeur ajoutée de l’hébergement et de la restauration, hors effets saisonniers, a enregistré au deuxième trimestre de l’année une progression respective de 2,1% et 0,6%. Cette amélioration serait surtout le fait de touristes résidents, et cela est confirmé par le fait que les recettes de voyages ont baissé de 6,9%, à 31,3 milliards de DH à fin juillet. Conséquence, les activités de transport, notamment aérien, ont enregistré une progression de leur valeur mais en recul par rapport à la fin de l’année 2011 : + 0,8% au premier trimestre et + 0,2% au deuxième, au lieu de 1,8% au quatrième trimestre de 2011.

La demande interne toujours dynamique…

Le secteur de la communication (postes et télécommunications), après une baisse de sa valeur ajoutée au premier trimestre (-1,2%) en liaison avec le recul du marché de la téléphonie fixe en terme d’abonnés et de la stagnation de la téléphone mobile, semble reprendre le chemin de la croissance après la baisse de l’indice des prix des communications. Sa valeur ajoutée a augmenté de 1,5% au deuxième trimestre. Au total, l’activité économique tient bon en dépit d’une conjoncture internationale fortement heurtée. Ceci au plan de l’offre. Sur le versant de la demande, la consommation des ménages poursuit sa tendance haussière, favorisée par la stagnation des prix des produits non alimentaires et, plus généralement, par une inflation très faible. Cela apparaît clairement au travers de la hausse des importations de biens de consommation (+8,6% à fin juillet en glissement annuel) et des crédits à la consommation (+22,4%) distribués par les banques.

Toutefois, la consommation de produits primaires se serait, elle, ralentie, conséquence du rétrécissement de l’offre agricole et de la hausse (+3%) des prix des produits alimentaires. Soulignons à ce propos que depuis quelque temps, les experts, y compris ceux des institutions internationales, mettent en garde contre ce qu’ils appellent l’inflation alimentaire, considérant qu’au Maroc si l’inflation globale reste à des niveaux extrêmement bas, celle qui concerne l’alimentation suscite en revanche des interrogations. Avec, en plus, le recul des transferts des MRE (-2,5%) à fin juillet, le pouvoir d’achat des ménages se trouve quelque peu affecté. Il reste que, globalement, la consommation domestique (ménages et administrations publiques) s’est bien comportée, avec une hausse de 4,5% au deuxième trimestre en glissement annuel ; elle devrait même atteindre 5,3% au troisième trimestre. Pour l’ensemble de l’année 2012, la consommation domestique devrait croître de 4,7%.

Quant à l’investissement, malgré la décélération de l’investissement industriel comme le montre la baisse des crédits à l’équipement (-5,2% à fin juillet), la formation brute du capital fixe (FBCF) a augmenté au deuxième trimestre, en glissement annuel, de 4,2% ; et elle serait encore plus soutenue au troisième trimestre avec une hausse estimée par le HCP à 5,6%. Pour l’année 2012, la FBCF devrait augmenter de 5,2%. S’agissant de la demande étrangère adressée à l’économie marocaine, elle a été, contexte oblige, moins dynamique même si elle a enregistré des évolutions positives (voir encadré).