Comptes nationaux : les entreprises créent 48% de la richesseÂ… et en accaparent les deux tiers

Les sociétés, non financières notamment, sont celles qui contribuent le plus à  la création de richesse.
La part des ménages, bien qu’importante, chute à  35%, en dix ans.
La rémunération du travail en progression, tirée par la hausse de l’emploi salarié, tandis que celle du capital baisse légèrement en proportion.

Q uels sont les secteurs qui contribuent le plus à la valeur ajoutée (la richesse) de l’économie marocaine et comment, ensuite, s’opère le partage de cette même valeur ajoutée ? La réponse à ces questions  est désormais possible grâce à la publication par le Haut commissariat au plan (HCP) des résultats complets des comptes nationaux concernant les années 1998 à 2007, selon l’année de base 1998 et en conformité avec le système de comptabilité nationale des Nations Unies de 1993.
Incontestablement, ce sont les sociétés (financières et non financières) qui ont contribué le plus à la création de la richesse ; et cette contribution est allée en augmentant sur l’ensemble de la période considérée. Les résultats des comptes des différents secteurs institutionnels (ou agents économiques) publiés par le HCP montrent en effet que la contribution des sociétés dans la valeur ajoutée totale de l’économie est passée de 43% en 1997 à 48,4 % en 2007 ; avec, toutefois, faut-il le préciser, une part infiniment plus grande des sociétés non financières (SNF). L’explication à cette hausse de la contribution des sociétés à la valeur ajoutée globale, selon le HCP, tient aux performances réalisées en particulier dans les télécommunications et les activités financières.

La répartition globale cache des différences sectorielles
La part des ménages, par contre, bien qu’encore élevée, a vu sa contribution diminuer, en passant de 41,7% en 1998  à 35% en 2007 ; la moyenne sur ces dix ans se situant malgré tout à 37,7%. Le secteur des administrations publiques (APU), lui, a renforcé sa contribution qui grimpe ainsi à 18% au lieu de 15,3% en 1998. Cette progression s’explique essentiellement par les revalorisations des traitements et salaires des fonctionnaires intervenues durant la période étudiée ; sachant que la valeur ajoutée des APU est constituée pour plus de 90% de la rémunération des fonctionnaires.
Venons-en maintenant à la deuxième interrogation : Comment cette richesse est partagée ? Si cette question agite les sociétés occidentales, notamment depuis l’apparition de la crise économique qui a mis à nu les turpitudes de certains cercles dirigeants des grandes entreprises (financières, tout particulièrement), elle est rarement posée, de manière argumentée et documentée du moins, dans les pays en voie de développement ou émergents. Et pour cause, dans ces pays, l’appareil statistique est souvent peu modernisé. Le Maroc, il faut bien le reconnaître, a accompli, sur ce plan, des avancées énormes. Et en l’occurrence, ces avancées permettent aujourd’hui de savoir comment sont rémunérés les facteurs de production. Ainsi, la décomposition de la valeur ajoutée par le HCP  montre que tout au long de la période étudiée, le gros de la richesse produite est allé à la rémunération du capital, exprimé dans la comptabilité nationale sous la dénomination d’excédent brut d’exploitation (EBE) et de revenu mixte brut (RMB). Entre 1998 et 2007, la part revenue à l’EBE et au RMB est passée respectivement de 66,3% à 64,3% ; la moyenne sur ces dix ans étant de 64,4%. Autrement dit, près des 2/3 de la valeur ajoutée vont à la rémunération du capital. Le facteur travail (rémunération des salariés) représente quant à lui à peu près le tiers restant (34,6%). Mais cette part, il faut quand même le souligner, est en hausse par rapport à 1998 où elle était de 32,5%. Ce qui montre qu’il y a une croissance de la rémunération des salariés (+ 6 en moyenne), due en partie à l’augmentation de l’emploi salarié.
D’aucuns peuvent penser que dans la mesure où ce sont les entreprises qui créent le plus de richesse, il est normal que le capital soit le mieux rémunéré. A cette précision près, et néanmoins capitale, que la richesse des entreprises, ce sont ses salariés qui la créent. Ceci est évidemment la règle générale. Encore faut-il la corriger par la productivité du travail. Sinon, on ne comprendrait pas qu’en France par exemple, le partage de la valeur ajoutée aboutit à un résultat exactement contraire au Maroc : 2/3 pour la rémunération des salariés et un tiers, en gros, pour le capital.
Cela dit, cette répartition globale cache néanmoins des différences au niveau des secteurs institutionnels. En effet, dans les sociétés non financières, la part qui va aux salaires monte à 38% et celle qui revient au capital à près de 60%. Par contre, dans les sociétés financières, on retrouve pratiquement deux extrêmes : d’un côté le capital qui s’adjuge 70 % de la valeur ajoutée, et, de l’autre, le travail avec 29%. Mais c’est dans l’administration publique que quasiment la totalité de la valeur ajoutée va aux rémunérations des fonctionnaires. Et pour cause, cette même valeur ajoutée n’est rien d’autre que les traitements distribués aux fonctionnaires. C’est sans doute d’ailleurs pour cette raison qu’en Europe, par exemple, plus spécifiquement en France, ce qui est étudié et ce à quoi l’on s’intéresse le plus, c’est seulement au partage de la valeur ajoutée dans les sociétés non financières.