Commerce extérieur : les contraintes tarifaires et procédurales brident les exportations

Les exportateurs ont invité la Douane à  s’associer à  la réflexion sur la recherche de solutions. En plus des difficultés rencontrées à  l’étranger, ils sont exposés sur le marché domestique à  une concurrence, qualifiée de déloyale, des produits importés.

Sur fond d’aggravation continue du déficit commercial, les professionnels de plusieurs secteurs exportateurs ont du mal à comprendre la portée des discours officiels. Faisant la part belle aux outils de promotion du commerce extérieur, les pouvoirs publics semblent, malgré la panoplie d’outils mis en place, omettre les difficultés majeures qui ne cessent de plomber leur développement à l’international. A travers l’Association marocaine des exportateurs (Asmex), ils ont organisé en partenariat avec la Direction de la douane et des impôts indirects (DDII) une réunion sur les contraintes auxquelles ils sont soumis.

Est citée notamment la problématique de la conformité aux normes. La représentante d’une grande société opérant dans l’appareillage électrique a fait savoir que les normes de fiabilité et de qualité ne sont pas du tout respectées sur le marché local alors que les autres pays exigent toute une kyrielle de contrôles de conformité sur les produits qui entrent sur leur territoire. Conséquence, «le marché est inondé de produits de qualité médiocre, notamment en provenance d’un producteur espagnol. Ce qui n’est pas sans porter un vrai préjudice aux opérateurs locaux et freine leur développement à l’export», explique-t-elle.

Les exportateurs indirects se sentent floués sur les droits de douane

Du côté de l’Asmex, les responsables abondent dans le même sens et pointent du doigt la concurrence déloyale qui s’exerce sur le territoire national par divers moyens, en l’occurrence la contrebande, la sous-facturation et le non-respect des normes marocaines… quand elles existent.

Des exportateurs soulèvent avec insistance la problématique des fournisseurs intermédiaires des exportateurs finaux, connus sous l’appellation d’«exportateurs indirects». Selon eux, ces derniers s’acquittent des droits à taux plein alors que c’est l’exportateur final, lui seul, qui bénéfice d’un traitement préférentiel, ce qui les empêche souvent d’être compétitifs et réduit leur marge commerciale. Un fabricant de carrosserie qui fournit un exportateur vers l’Afrique rapporte qu’en supportant les différentes taxes, il a fini par proposer des prix sur lesquels son client n’est plus d’accord, ce qui a mis en danger la survie même de son entreprise.
«Il s’agit d’un problème complexe sur lequel nous travaillons en continu. Nous prenons très au sérieux les revendications de cette catégorie de fournisseurs», rassure Nabil Lakhdar, directeur de la facilitation et de l’informatique au sein de la DDII.

De l’avis des spécialistes, le Maroc devrait suivre l’exemple de pays comme la Corée du Sud, la Malaisie, ou encore le Mexique qui, pour développer une stratégie d’exportation, ont opté pour une extension des avantages fiscaux accordés aux exportateurs à leurs fournisseurs, et ceci à travers des mécanismes comme le prorata de la contribution dans le produit exporté ou les primes à l’export, vu la difficulté de la traçabilité. «C’est dire qu’il s’agit d’un problème qui dépasse le cadre de la Douane et constitue plutôt un élément de politique économique générale», nuance un spécialiste.

Multiplicité des intervenants dans le processus de dédouanement

Sur le même registre des doléances, les biscuitiers et chocolatiers se disent lésés par les présents droits sur les intrants, alors que le produit fini est, lui, réexporté vers des pays auxquels le Maroc est lié par des accords tarifaires. «Il s’agit d’une problématique qui remonte à 2006, à laquelle nous continuons de faire face, sachant qu’elle nous empêche vraiment de réaliser tout le potentiel du secteur», affirme un industriel.

La revendication majeure du secteur consiste en l’instauration du mécanisme de la transformation sous douane qui permet aux entreprises d’importer, en suspension de droits et taxes, les matières premières et intrants nécessaires à la production qui bénéficient en vertu de dispositions législatives particulières, d’une franchise totale ou partielle des droits et taxes à l’importation directe.

L’Asmex met en évidence d’autres contraintes qui sont davantage du ressort de la pratique, notamment les obstacles non tarifaires rencontrés dans des pays partenaires, les lourdeurs administratives qui affectent encore le processus de dédouanement à cause de la multiplicité des intervenants, la non-dématérialisation des procédures, le manque ou la défaillance de certains équipements portuaires, et la non-continuité du travail 24h/24 dans les ports qui le nécessitent, notamment Tanger Med. Sans perdre de vue la rupture de la chaîne du froid dans les ports à cause de l’absence de chambres froides.