Comment les Finances comptent contenir le déficit autour de 4%

On s’attend à  des recettes supplémentaires de l’ordre de 10 milliards de DH à  la fin de l’année, dont 5 milliards réalisés à  fin juin. L’automaticité des transferts aux établissements publics est arrêtée, dégageant une marge de 10 à  15 milliards de DH. L’effort d’investissement public pour 2012 sera maintenu.

Ces derniers temps, la presse en a fait ses choux gras : le Budget 2011 s’exécute dans la douleur pour cause de charges additionnelles imprévues, multipliant ainsi le déficit prévu quasiment par deux. Une situation, dit-on ici et là, qui ne manquera pas d’impacter sensiblement la Loi de finances 2012, dont le dépôt au Parlement, rappelons-le, aura lieu plus tôt (le 19 septembre) que d’ordinaire (autour du 20 octobre). Et ceci en raison des élections législatives anticipées imposées par la réforme constitutionnelle de cet été. Bref, l’aggravation du déficit budgétaire initialement prévu est sur toutes les lèvres ; sauf sur celles des responsables directement concernés, c’est-à-dire ceux chargés du suivi de l’exécution du Budget.
Interrogé par La Vie éco, Fouzi Lekjaa, directeur du Budget, estime en effet que l’exécution de la Loi de finances 2011 se déroule dans des «conditions normales», voire «favorables». M. Lekjaa invoque, à l’appui de son affirmation, la dernière actualisation des données de la conjoncture, selon lesquelles, dit-il, globalement «les indicateurs économiques sont au vert» et, sur le registre des finances publiques, les recettes ont même dépassé les prévisions avec 5 milliards de DH supplémentaires à fin juin 2011.

Compensation : les charges additionnelles couvertes

Ceci amène le directeur du Budget à espérer engranger, d’ici à la fin de l’année, 5 autres milliards supplémentaires, soit pour l’ensemble de l’exercice 10 milliards de DH en dépassement des prévisions de recettes.
Le problème est que, dans le même temps, les dépenses explosent sous l’effet des retombées du dialogue social et de l’alourdissement des charges de compensation, consécutivement au renchérissement des prix des matières premières, énergétiques notamment. Les hypothèses d’un baril de pétrole à 75 dollars et d’une tonne de butane à 600 dollars, sur lesquelles a été construit le Budget 2011, sont dépassées, et ce, depuis pratiquement le début de l’année. Aujourd’hui, on est en moyenne à 111 dollars le baril de brut et à 860 dollars la tonne de butane. Du coup, les 17 milliards de DH prévus au titre de la compensation pour 2011 ont vite été avalés et le gouvernement a dû décider d’une rallonge de 18 milliards de DH. Pour l’ensemble de l’exercice, les charges globales de compensation à décaisser devraient atteindre 42/43 milliards de DH, selon les estimations de M. Lekjaa.
Il n’empêche que l’écart reste important. Car, quand les impôts rapportent ou pourraient rapporter 10 milliards de plus, les dépenses, elles, engloutissent 25 milliards de plus que prévu. C’est cela le déficit dont tout le monde parle. Qu’à cela ne tienne ! Pour le directeur du Trésor, cette arithmétique est vraie mais seulement en apparence. Comment cela est-il possible ? D’où viendrait l’argent pour couvrir les charges supplémentaires ? Y aurait-il donc des choses que la presse et les commentateurs ignorent ?
Explications de Fouzi Lekjaa. D’abord, insiste-t-il, les revalorisations salariales découlant du dialogue social ont été prises en charge, par anticipation en quelque sorte, dans ce Budget. Autrement dit, dit-il, au moment de l’élaboration de l’actuelle Loi de finances, au lieu de 80 milliards de DH de masse salariale, le gouvernement, voyant venir le dialogue social et anticipant ses effets, avait délibérément «gonflé» l’enveloppe de 6 milliards supplémentaires, soit exactement le montant des augmentations salariales dans la fonction publique pour les sept mois de cette année concernés par la revalorisation. Donc, assure-t-il, aucun alourdissement du déficit qui aurait pour origine l’augmentation de la masse salariale : celle-ci était de 86 milliards dès le départ, elle le restera.
S’agissant maintenant des charges additionnelles relatives à la compensation, soit 25 milliards de DH (correspondant à 3 points du PIB estimé de 2011), le directeur du Trésor se montre serein quant à la possibilité de les couvrir sans emprunt, donc sans creusement du déficit.
Il révèle à La Vie éco que, outre le surplus de recettes (10 milliards de DH), les charges additionnelles de la compensation seront couvertes également par les économies (entre 10 et 15 milliards) à réaliser sur les transferts aux établissements publics. «Le suivi de la situation des établissements publics a montré que ceux-ci disposent d’une trésorerie de l’ordre de 24 milliards de DH. Dans ces conditions, nous avons décidé de ne verser de l’argent que quand un établissement est vraiment dans le besoin. Autrement dit, nous avons tout simplement arrêté l’automaticité des versements. Cela dépendra de la situation de chacun». La mesure tombe sous le sens : pourquoi opérer des transferts à un organisme public lorsque celui-ci est en situation d’aisance financière !
Les 25 milliards manquants et qui, s’ils n’étaient épongés, porteraient le déficit à 6% ou 6,5% du PIB, sont donc là, selon la démonstration de M. Lekjaa. Moyennant quoi, le déficit budgétaire pour 2011, prévu à 3,5% du PIB, devrait se situer, selon le directeur du Trésor, à environ 4% du PIB ou légèrement un peu plus. «On est loin des 6% et 6,5% annoncés ici et là, on n’atteindra même pas 5%», se rassure-t-il. C’est, comme on dit, tout le mal qu’on lui souhaite !