Comment le Maroc entend tripler ses exportations en dix ans

Une stratégie «Maroc Export Plus» a été définie. Elle s’étend jusqu’à  2018.
Ciblage des secteurs et des produits, ciblage des marchés et accompagnement des exportateurs : trois piliers d’action.
Une centaine d’entreprises seront accompagnées dans leur stratégie d’export chaque année.

L e ministre du commerce extérieur, Abdellatif Maâzouz, a rendu publique, mercredi 7 mai, la nouvelle stratégie de son département pour promouvoir les exportations. Il s’agit d’un plan national élaboré avec l’appui du cabinet américain Booz Allen Hamilton et baptisé «Maroc Export Plus». L’appellation n’est pas fortuite, puisque «Maroc Export», ex-Centre marocain de promotion des exportations (CMPE),  est au cœur de cette stratégie. Il a désormais pour mission de la mettre en œuvre avec  l’implication du secteur privé, lequel a été amplement associé à son élaboration. Il ne s’agit pas là d’un plan figé, mais d’une feuille de route qui peut être modifiée selon l’évolution de la conjoncture internationale. L’étude en question, lancée en juillet dernier, a pris plusieurs mois. Ce travail consistait à dresser l’état des lieux du commerce extérieur du pays, mais aussi à trouver les articulations avec les politiques sectorielles lancées par plusieurs départements (Plan Emergence, Plan Maroc Vert, Vision 2015 pour l’artisanat…), et à chercher à tirer profit de l’ouverture délibérée de l’économie marocaine sur le monde. Ouverture illustrée par la panoplie d’accords de libre-échange signés avec les pays tiers et en premier lieu l’accord  d’association avec l’Union  européenne. Car, à n’en pas douter, il manquait au pays une politique ambitieuse pour développer ses exportations, tant celles-ci se trouvent aujourd’hui au centre de toute politique économique dynamique et constituent un levier de croissance évident.

Trois types de marchés sont identifiés
Ainsi, Maroc Export Plus ambitionne de porter le montant des exportations de 114 milliards de DH en 2008 à 229 milliards DH en 2015, soit donc le double en un peu plus de 5 ans, et atteindre, d’ici 2018, presque le triple avec  327 milliards DH. En 2015, il est attendu un PIB additionnel de 45 milliards qui devrait atteindre 85 milliards d’ici 2018.
Pour atteindre ces objectifs, très ambitieux, il faut le dire, Maroc Export Plus repose sur trois piliers : le ciblage des secteurs et des produits, le ciblage des marchés et l’accompagnement des acteurs, déjà exportateurs, ainsi que ceux qui en ont le potentiel.
Selon leur contribution à l’évolution des exportations d’ici à 2018, on trouve en  tête l’automobile avec  33%, l’agroalimentaire et les produits de la mer (19%), les industries électriques et électroniques (16%), le textile/habillement et cuir (13%) et l’offshoring (10%). Il existe aussi d’autres produits non recensés. A titre d’ exemple, on peut mettre à contribution des secteurs comme les  bâtiments et travaux publics qui peuvent jouer un rôle important, notamment sur le marché africain.
En parlant de marchés, la stratégie Maroc export Plus aboutit à 17 pays cible répartis sur trois segments. D’abord, les marchés dits stratégiques constitués de pays pouvant recevoir un large panel de produits exportés par le Maroc. En gros, il s’agit de marchés traditionnels avec à leur tête la France et l’Espagne, particulièrement pour le textile/habillement, mais aussi l’automobile. Il est question aussi de l’Allemagne où les agrumes sont forts prisés et,  plus loin, les Etats-Unis qui constituent un marché immense, jugé prometteur. Pour ce dernier pays, l’accord de libre-échange semble avoir donné un coup de pouce à nos exportations puisque celles-ci (agroalimentaire, textile/habillement et cuir) n’ont augmenté en volume que de 3% entre 2006 et 2007 et de 9% l’année suivante. Il reste donc des opportunités à saisir.
Ensuite, il reste à être plus présent sur des marchés dits adjacents. Ce sont des marchés géographiquement, culturellement et commercialement similaires aux marchés stratégiques, mais où nos produits sont moins présents. Il s’agit de pays comme la Hollande, la Belgique ou le Portugal.  Car il n’y a pas de raison pour que, par exemple,  nos agrumes soient appréciés en Allemagne ou en France et moins dans ces pays-là.
Enfin, il y a les marchés dits de niches. Ce sont des marchés peu ou pas encore couverts par les exportations marocaines et pouvant être ciblés par un nombre limité de produits. Il s’agit essentiellement des pays de l’Europe de l’Est, dont la Russie qui absorbe déjà 80% de nos exportations d’agrumes, de l’Afrique où existent beaucoup de marchés de niches et de pays asiatiques où, par exemple, les produits de la mer sont très demandés.

Des contrats-programmes sectoriels seront signés
Le troisième volet  consiste en une série de mesures pour accompagner et encourager les entreprises. Le gouvernement s’est engagé à prendre en charge des actions multiformes qui n’excluent naturellement pas l’appui financier destiné à la promotion.
Groso modo, l’Etat peut financer des études sur des marchés ciblés, assurer la promotion des produits marocains dans ces marchés, mais c’est l’entreprise  exportatrice qui reste le fer de lance de cette  stratégie. La relation avec les entreprises peut prendre la forme de contrats-programmes sectoriels, l’objectif avoué étant d’«accompagner 100 entreprises par an, soit trois fois le nombre d’entreprises accompagnées en 2008».
Sur le court terme, c’est-à-dire  jusqu’en 2011, il s’agira de sauvegarder et de consolider les acquis par le développement des exportations  existantes. Dans un deuxième temps (2011-2015), l’idée est de promouvoir de nouvelles offres pour gagner des parts de marché. En troisième lieu (2015-2018), on s’emploiera à consolider et développer des champions à l’export.
Au niveau organisationnel, le rôle et la responsabilité de chacun, et notamment les organismes sous tutelle utilisant les fonds publics, sont bien définis. Ainsi, Maroc Export à qui incombe la mission de la mise en œuvre de cette stratégie a déjà agi en amont en se restructurant et en mettant sur pied un nouvel organigramme avec des directions au niveau des marchés et des secteurs. Il s’apprête ainsi à ouvrir des bureaux dans des marchés confirmés comme la France, l’Espagne ou les Etats-Unis, mais aussi des antennes nationales au niveau des régions pour mieux identifier les entreprises au potentiel d’exportateur et répondre à leur besoin. Enfin, et pour éviter que le plan ne s’enlise dans le démarrage, il est prévu que le cabinet Booz Allen Hamilton accompagne sa mise en œuvre, confiée à Maroc Export pendant les 18 mois à venir. Autant dire que le travail a déjà commencé.