Chimie et parachimie, un secteur qui brasse 63,5 milliards de DH

La branche de la chimie et de la parachimie pèse toujours lourd dans l’industrie marocaine. Dotée de deux écosystèmes fin 2015, cette industrie peu visible compte consolider ses acquis et dépasser de nombreuses contraintes.

Quelque 63,5 milliards de DH. C’est ce que pèse à ce jour le secteur de la chimie et de la parachimie au Maroc, d’après des chiffres récents de la Fédération de la chimie et de la para-chimie (FCP).

Peu connue du grand public, cette branche industrielle emploie pourtant 58000 personnes dans 950 entreprises au Royaume.

S’agissant de sa contribution aux performances industrielles du Royaume, la chimie et la parachimie représente à elle seule 16,1% de la production industrielle, 10% des emplois industriels et 30,4% des investissements industriels, toujours selon les données fournies par la FCP.

Fait important à noter, le groupe OCP reste la locomotive de ce secteur puisqu’il emploie à lui seul 35% de l’effectif de la branche au niveau national.

Deux écosystèmes

La branche de la chimie et de la parachimie est liée à des activités très variées tels que l’agriculture et l’agro-alimentaire, l’emballage et la plasturgie, le BTP, les biens de consommation et le secteur médical.

«Si la chimie-parachimie n’est pas inscrite parmi les Métiers mondiaux du Maroc (MMM) identifiés par le Pacte national pour l’émergence industrielle, elle n’en demeure pas moins liée de manière organique aux autres activités industrielles des MMM. Elle se trouve au cœur du développement d’une multitude d’autres branches», nous indique Bouchaib El Hachadi, directeur de la FCP.

D’après lui, les performances du secteur sont pour l’essentiel réalisées par quelques poids lourds. Tout d’abord les unités chimiques du Groupe OCP qui occupent une place prépondérante dans le secteur. Globalement, cinq acteurs majeurs – hors industrie pharmaceutique – occupent le devant de la scène et accaparent la part du lion, selon une étude réalisée par la Fédération de la FCP. Aux côtés de l’OCP, on retrouve Procter & Gamble et Unilever, spécialisés dans les produits de grande consommation, le spécialiste des fertilisants Charaf Fertima, le groupe minier Managem.

«Malgré ses multiples atouts, notre branche connaît une série de freins : forte atomisation de ses activités, tissu industriel très fortement déséquilibré en comparaison avec les structures à l’international, déficit important induit dans la balance commerciale du pays», concède la direction de la FCP.

Des freins face auxquels les secteurs public et privé ne sont pas restés les bras croisés. En effet, la branche de la chimie et parachimie s’est dotée de ses propres écosystèmes, mécanismes phares du Plan d’accélération industrielle (PAI).Dans le détail, il s’agit de deux écosystèmes créés en 2015, à savoir la chimie organique et la chimie verte, lesquels ont été identifiés après une étude stratégique menée conjointement par la FCP et le département de l’industrie.
Création de 12 430 emplois directs, augmentation du chiffre d’affaires direct de 14,6 milliards de DH, amélioration de la balance commerciale de 9,8 milliards de DH et création d’une valeur ajoutée directe additionnelle de 3,8 milliards de DH… sont autant d’objectifs ambitieux fixés par l’Etat et la profession. Pour les réaliser, les pouvoirs publics ont mis les bouchées doubles, en mettant en place une série de mesures incitatives avec à la clé des aides financières pouvant atteindre 30% des projets avec un plafond de 30 millions de DH, des mesures d’accompagnement à l’export et pour la normalisation. Si aucun bilan d’étape n’a été rendu public par le département de l’industrie pour faire le point détaillé sur les réalisations de ces écosystèmes, celles-ci sont qualifiées d’encourageantes par la direction FCP.

Parmi les projets créés dans le sillage des nouveaux écosystèmes, il y a lieu de noter ceux de la Société chérifienne d’engrais de l’ordre de 260 MDH, pour une nouvelle unité à Jorf Lasfar, et de 100 MDH pour le transfert des activités de l’usine Ain Sebaa, ainsi que ceux de la SNEP avec une enveloppe de 480 MDH pour l’augmentation des capacités de production dans le PVC et la soude.

«L’Afrique pour une chimie durable». C’est le thème de la 2e Conférence africaine pour la gestion responsable des produits chimiques qui s’est déroulée mercredi 23 octobre, en présence des représentants du gouvernement et du secteur privé. Organisée par la FCP et la Confédération internationale de la chimie (CIC), l’événement vise à promouvoir les bonnes pratiques pour une gestion responsable des produits chimiques en Afrique à travers le «Responsible Care», mais pas que. Si la FCP est engagée sur ce terrain, c’est parce qu’elle est, depuis 1998, signataire du Responsible Care, une initiative volontaire, développée par l’industrie chimique mondiale regroupant tous les industriels leaders de ce secteur à travers le monde, ayant pour objectif principal l’amélioration continue des performances en matière de sécurité, de santé et de protection de l’environnement.

A ce jour, 36 adhérents de la FCP ont signé cette charte. Autre objectif derrière la conférence : jeter les bases pour la création d’une future Confédération africaine de la chimie. Une organisation dans laquelle le Royaume jouera un rôle important.