Changement de stratégie : la généralisation de l’Amo du pauvre sera progressive

Les demandes de certificat d’indigence seront traitées au cas par cas, lors du recours à  un établissement de soins.

Finalement, et après l’action pilote menée au niveau de la région de Tadla-Azilal, la généralisation du Régime d’assistance médicale des économiquement démunis (Ramed) aux populations indigentes ne se fera pas d’un coup, comme il était prévu initialement, mais sera progressive. Un changement de cap qui s’impose, explique-t-on auprès de l’Agence nationale de l’assurance maladie (Anam), dans la mesure où il faut prendre le temps de mettre en place les outils et les moyens nécessaires notamment la création des comités d’éligibilité chargés de cibler les nécessiteux au niveau des diverses provinces ou encore la mise en place d’un dispositif de formation du personnel. Un portail internet permettant aux bénéficiaires et aux partenaires de s’informer sur l’état d’avancement du régime avait aussi été programmé. L’action la plus visible pour le moment est celle entamée par le ministère de l’intérieur qui a procédé, début janvier, au lancement d’une large campagne de communication dans les diverses wilayas.
Tout cela ne signifie pas, tient à préciser l’Anam, que le Ramed n’a pas effectivement démarré car les établissements publics des soins (les hôpitaux notamment) prennent en charge aujourd’hui, et ce, dans plusieurs villes du pays, les patients démunis lorsqu’il y a, sur la base d’un avis médical, urgence et ceci même si le malade n’est pas inscrit sur la liste des personnes démunies. Car, contrairement à ce qui était prévu dans le schéma initial, il n’y aura pas un recensement préalable et global de la population démunie éligible au Ramed, fait savoir l’agence. La raison avancée est que l’organisation de cette opération nécessite la création de structures spécifiques qui ne sont pas réellement utiles et dont la mise en place pourrait prendre beaucoup de temps.
Une solution plus simple est donc adoptée. Concrètement, l’inscription des assurés démunis se fait lorsqu’une personne demande un certificat d’indigence pour bénéficier de soins dans un hôpital public. Son dossier est alors constitué et soumis, pour appréciation, à la commission permanente locale. L’administration, après examen des données, validera ou rejettera la demande. Avec ce système, les autorités tablent sur l’identification au cas par cas de l’ensemble de la population éligible.

Combien se présenteront aux hôpitaux pour bénéficier des soins d’ici fin 2011 ?

Malgré cette procédure qui semble longue, l’Anam table sur le fait que la généralisation du Ramed sera bouclée à la fin de cette année. La question est quand même de savoir si tous les bénéficiaires, même si leurs droits resteront préservés, auront besoin d’être pris en charge par les services médicaux d’ici là. A cet égard, une campagne de communication publique poussée est nécessaire pour mieux vulgariser le système.
Potentiellement, l’extension du Ramed profitera à une population de 8,5 millions de personnes démunies dont 4,5 millions d’indigents relatifs et 4 millions d’indigents absolus. Le coût du Ramed selon le panier hospitalier estimé en 2007 s’élève à 3 milliards de DH par an, dont 2,7 milliards pour le volet technique et 300 millions pour le volet administratif.
Il faut en effet rappeler que le régime sera financé à hauteur de 75% par l’Etat. Les collectivités locales prendront en charge les 6% équivalents à la contribution de 40 DH due par les pauvres absolus, alors que les indigents relatifs verseront une cotisation de 120 DH par an et par personne plafonnée à 600 DH par ménage, soit 19% du montant total. Il importe de préciser que parmi les 8,5 millions de bénéficiaires du Ramed, 100 000 personnes bénéficient d’une gratuité totale des soins. Il s’agit des pensionnaires des établissements pénitentiaires, de ceux des orphelinats et des personnes sans domicile fixe.
Les assurés du Ramed sont pris en charge pour les prestations dispensées dans les établissements publics et les services sanitaires relevant de l’Etat. Tous les actes médicaux sont concernés sauf la chirurgie esthétique et plastique. Par contre, les actes de chirurgie réparatrice sont pris en charge. Le taux de couverture est de 90%, le ticket modérateur étant de l’ordre de 10% avec un plafond de 300 dirhams.