Ces risques émergents qui redéfinissent le marché de l’assurance

A l’international, il s’agit des cyber-risques, des risques liés aux changements climatiques, de ceux relatifs à  la raréfaction des ressources, aux nouvelles maladies et à  l’agro-industrie. Au Maroc, ils se rapportent plus à  la RC médicale, à  l’assurance d’insolvabilité, à  la couverture adossée aux nouvelles technologies de l’information, aux énergies renouvelables ainsi qu’aux catastrophes naturelles.

Les assureurs et réassureurs sont unanimes : autant ils représentent une opportunité, autant les risques émergents constituent une équation à plusieurs inconnues pour les professionnels de l’assurance, à la fois au niveau local et international. «Il s’agit de risques qui ne sont pas encore précisément reconnus, difficiles à identifier, qui prennent du temps pour apparaître et représentent davantage une idée conceptuelle que des circonstances factuelles», explique Andreas Tack, DG du réassureur allemand Hannover, s’exprimant lors de l’ouverture du séminaire traitant de la thématique, organisé par la Société centrale de réassurance (SCR) et l’Union générale arabe d’assurances (GAIF). Pour le réassureur marocain, l’objectif est de permettre au marché local de se familiariser avec ces nouveaux risques et de les appréhender à l’aide des expériences de réassureurs régionaux et internationaux. Selon les opérateurs, en tête de liste de ces risques figurent les risques technologiques ou cyber-risques, les risques liés aux changements climatiques, ceux relatifs à la raréfaction des ressources, en plus de l’émergence d’assurances dédiées à de nouvelles maladies et d’autres pour l’agro-industrie, surtout avec l’essor des OGM. En guise d’exemple, le marché de la cyber-assurance a enregistré une croissance de 80% sur quatre ans. Il pèse aujourd’hui environ 1 milliard de dollars rien qu’aux Etats-Unis , selon le cabinet Krypton security. Les assurances contre la violence politique, notamment les actes de terrorisme et de sabotage ont également, de plus en plus, le vent en poupe. «C’est un marché d’environ 50 millions de dollars au niveau de la région MENA, très prisée par les banques, les complexes hôteliers et de loisirs ainsi que le secteur de la distribution», souligne Antoine Bdadouni, cadre chez le réassureur anglais Guy Carpenter.

Au Maroc, les risques émergents se rapportent plus à la RC médicale, à l’assurance d’insolvabilité, à la couverture adossée aux nouvelles technologies de l’information, aux énergies renouvelables ainsi qu’aux catastrophes naturelles. «Nous avons déjà été pionniers avec la préparation du cadre de la couverture obligatoire contre les risques naturels et les risques de fait de l’Homme (sabotage, émeutes,..). Le projet étant en cours au niveau du Parlement et fait partie intégrante du contrat programme des assurances», rappelle Mohamed Larbi Nali, directeur général de la SCR. Et d’ajouter : «Il est souvent difficile de trouver une mutualisation de ces risques rares au niveau du marché local, du coup on se constitue en pool avec des réassureurs régionaux voire mondiaux pour pouvoir offrir la couverture».

Le niveau des primes peut être rédhibitoire

Selon les spécialistes, comme il n’y a pas de loi des grands nombres, la réassurance des nouveaux risques permet de les niveler et rendre homogène le portefeuille de la compagnie d’assurance.
Cela dit, la vraie difficulté émane surtout de l’absence de données a priori. Ce qui n’est pas sans avoir une incidence directe sur les niveaux de primes et les tarifs des polices. «Comme il n’y a pas de statistiques, les primes retenues pour ces risques émergents se basent sur une tarification dite par exposition, liée aux garanties et aux capitaux couverts. Du coup, les primes auront tendance à s’approcher de niveaux rédhibitoires pour les clients», explique M. Nali.

Par conséquent, il existera des risques assurables, d’autres totalement non assurables et une troisième classe de nouveaux risques à la limite des deux. A ce titre, la contribution de l’Etat prend toute son ampleur pour permettre au marché de prendre en charge les risques non assurables. «Lorsqu’il n’y a plus de marché privé pour assurer des risques d’une telle typologie, l’Etat s’impose en tant que véritable locomotive dans les débuts pour permettre au marché de se réguler par la suite», affirme le DG de la SCR. Il cite pour illustrer son propos l’expérience qu’a eue la SCR après le 11 septembre 2001. Juste après les actes terroristes, considérés comme de nouveaux risques à cette date, les assureurs ont supprimé la responsabilité civile des tiers non passagers en cas d’incident. Du coup, il n’y avait plus de marché privé. Ainsi, l’Etat a mis en place un fonds de garantie qui permettait de verser des surprimes par passagers en guise de prime responsabilité tiers non passager. «Ce fonds a été bien alimenté après quelques années et ses recettes ont été reversées à Royal air Maroc dans le cadre du contrat programme avec le gouvernement, après que le marché privé a proposé de nouveau ce genre d’assurance», précise-t-il.