Ces petites villes qui souffrent d’une offre hôtelière mal adaptée

L’offre hôtelière d’Ifrane, Dakhla, Béni-Mellal, Taroudant ou Tiznit n’est pas rentable malgré une demande potentielle élevée. Le développement du tourisme est entravé par l’absence de promotion et de stratégie de commercialisation. Le manque de fraîcheur des établissements classés leur fait aussi perdre des clients.

Dans le paysage touristique marocain, il y a bien sûr les traditionnelles destinations, celles qui accueillent le plus de touristes et concentrent l’essentiel de l’attention, tant des observateurs que des investisseurs, à l’image de Marrakech, Agadir, Tanger, Essaouira, Ouarzazate, Casablanca ou encore Rabat. Et à côté, parfois même pas très loin, il y a des destinations qui, même si elles ne font pas l’objet d’autant d’attention de la part des professionnels, et notamment des agences de voyages locales, présentent un potentiel touristique indéniable. Reste que l’offre hôtelière dans ces destinations urbaines, disons «secondaires», est fortement limitée.
A Béni-Mellal par exemple, le nombre total de lits est de 1 554 pour 763 chambres, réparties sur 28 établissements, à savoir 2 maisons d’hôtes, 2 gîtes, 10 hôtels d’une étoile, 9 établissements de 2 étoiles, 1 de 3 étoiles, 4 de 4 étoiles. Des villes comme Khénifra, Dakhla, Taroudant ou Asilah ne font guère mieux. Khénifra, d’abord, compte 483 lits, répartis dans 14 établissements classés. Auberges, gîtes et hôtels de 1 et 2 étoiles arrivent en tête du tableau de cette ville du Moyen-Atlas. Dakhla, plébiscitée par les amateurs de sports de glisse aquatiques, dispose de 11 établissements classés, pour une capacité totale de 845 lits, essentiellement des hôtels de 1 à 4 étoiles. Taroudant, de son côté, peut compter sur 917 lits dans 14 établissements classés. Les 14 établissements classés d’Asilah offrent 958 lits. Tiznit abrite 1 259 lits dans 24 établissements, et Safi 1 093 chambres dans 13, essentiellement des maisons d’hôtes et des hôtels de 1 à 4 étoiles. Ifrane s’en sort un peu mieux puisque la Suisse marocaine dispose de 3 226 lits, répartis en 1 270 chambres, dans 65 établissements classés.

Pour la plupart le taux d’occupation ne dépasse pas 20%

L’insuffisance ou non de la capacité litière doit cependant être appréciée à l’aune de la fréquentation. Pour ces villes, la froideur des chiffres peut conduire à penser à l’inutilité de nouveaux investissements. Sur les 8 premiers mois de l’année, seules Taroudant et Dakhla ont atteint un taux d’occupation de 30 et 31%. Ifrane est à 25% et le reste suit d’assez loin. Khénifra affiche 17% sur la même période, Tiznit 18%, Asilah 11%, Safi et Béni-Mellal 22%. «L’activité dans ces villes dites secondaires est très saisonnière et les saisons sont différentes d’une destination à l’autre», explique un  hôtelier. Or, pour investir dans ces zones, les professionnels ont besoin d’une rentabilité affichée. «Il est admis qu’un taux d’occupation moyen de 40% est signe de rentabilité, sinon un taux inférieur en cas de forte saisonnalité fait également l’affaire pour l’investisseur», commente-t-on dans le secteur.

La saisonnalité ne peut être la seule explication. Beaucoup de clients s’orientent en effet vers l’hébergement informel qui offre souvent un rapport qualité/prix beaucoup plus intéressant. L’une des explications est que les établissements existants ne sont pas toujours de première fraîcheur. D’où leur faible attrait pour le tourisme de séjour. Pour ne rien arranger, ces petites villes sont quasiment exclues des opérations de promotion. Si, à son arrivée à la tête de l’Office national marocain du tourisme (ONMT), Abderrafie Zouiten avait insisté sur la nécessité de promouvoir de nouvelles destinations régionales, telles que Guelmim ou Tan-Tan qui avaient alors été évoquées, force est de constater qu’à ce jour rien n’est encore fait. A la décharge de l’office et de son DG, d’autres priorités sont certainement apparues.

Le guide des hôtels au Maroc répertorie près de 2100 établissements classés

Pourtant, la demande pour certaines de ces destinations est bien réelle. La vente sur Internet le prouve. Bin El Ouidane est ainsi régulièrement mise en avant sur les sites de deals, tout comme Béni-Mellal, dont l’hébergement est parfois dopé par les activités sportives de la région, notamment les sauts en parachute. «Il y a effectivement une clientèle marocaine mais il faut que les agences de voyages jouent le jeu, notamment à travers la vente de packages», confie un hôtelier. C’est là un autre écueil. Mais que dire, quand même Kounouz Biladi ne référence pas ces villes alors qu’il y existe une offre hôtelière ?
Pour le moment, on se contente d’actions générales qui ne visent pas spécifiquement ces destinations. Par exemple, la Fédération nationale de l’industrie hôtelière (FNIH) vient de publier, deux ans après la dernière, son édition 2014-2015 du guide des hôtels au Maroc qui répertorie près de 2 100 établissements classés. Ce document peut en fait constituer une vitrine pour des hôtels peu connus. Mais rien ne supplante la promotion et la mise en place de canaux de commercialisation à plus large échelle pour développer ces destinations à fort potentiel touristique tant auprès des étrangers que des nationaux, voire pour l’organisation de séminaires.