Casablanca peine à  solutionner ses problèmes de taxis

La ville compte aujourd’hui 5 265 grands taxis et 7 703 petits taxis.
Le puissant lobby constitué par les exploitants freine pour l’instant toute velléité de réforme.
Sans un transport public de qualité, les autorités locales auront du mal à imposer leur point de vue.

Bien malin celui qui résoudra le problème des taxis à Casablanca, tant ces moyens de transport sont à la fois incontournables et nuisibles à plus d’un titre. Incontournables car sans eux, on ne voit pas comment une grande partie des Casablancais pourrait se déplacer chaque jour entre son domicile et son lieu de travail. Nuisibles, car l’anarchie qu’ils génèrent et les accidents qu’ils provoquent, à l’intérieur du périmètre urbain ou en dehors, représentent un coût énorme pour la société. Il n’est donc pas étonnant que l’humour des Casablancais surnomme les taxis blancs «les dents de la terre» en référence au Dents de la mer, film d’horreur mettant en scène des requins, ou encore la «vache folle», en raison de leur conduite imprévisible.
Aujourd’hui, selon la wilaya, on comptabilise dans le Grand Casablanca pas moins de 5 265 grands taxis blancs et 7 703 petits taxis rouges qui travaillent, pour la plupart, 24 heures sur 24, au rythme de 8 heures par chauffeur. Ces derniers sont détenteurs d’un permis dit «de confiance», délivré par les examinateurs de la wilaya aux personnes répondant à des critères précis. En outre, le candidat à l’examen du permis de taxi doit être âgé de plus de 25 ans, avoir un permis catégorie tourisme depuis au moins 5 ans, un casier judiciaire vierge, et justifier qu’il n’occupe pas d’emploi rémunéré. Pour garder à l’octroi du permis «de confiance» son caractère social, les autorités tentent de moduler le nombre de permis avec le nombre de taxis en circulation, à raison de trois permis pour un agrément de taxi afin, semble-t-il, de maintenir l’équilibre entre l’offre et la demande sur ce pan du marché du travail.
Ceci étant, et malgré la volonté maintes fois affirmée des autorités de la ville d’assainir cette activité, il semble qu’on ne sache pas trop comment démêler cette pelote de laine qu’est l’activité des taxis. Car, au caractère social du permis «de confiance», s’ajoute le délicat problème de l’agrément qui est la base et le pilier sur lequel repose tout le système.
Ce dernier est accordé, généralement, à une personne dans le besoin pour lui permettre de vivre décemment du fruit de l’exploitation ou de la location de cet agrément. C’est pour cette raison que la voiture destinée à devenir taxi est toujours enregistrée et immatriculée au nom du propriétaire de l’agrément, même si la plupart du temps, celui-ci n’a ni les moyens d’acheter une voiture, ni la possibilité d’exploiter lui-même son agrément, dans la mesure où les titulaires d’agréments sont, dans une grande proportion, des personnes handicapées, des veuves, des orphelins mineurs, bref, des cas sociaux. Ceux-ci n’ont d’autre choix que de se lier par contrat avec une tierce personne capable d’acheter un véhicule, moyennent une redevance mensuelle, bimensuelle, voire journalière.

Un secteur dominé par de véritables entreprises informelles
Une telle condition, destinée a priori à protéger les propriétaires d’agréments, est évidemment source d’abus dans la mesure où on voit apparaître une nouvelle race d’investisseurs «mercenaires» qui exploitent à la fois les chauffeurs et les titulaires d’agréments. Il suffit de dénicher quelques dizaines de malheureux propriétaires d’agréments, d’acheter les voitures correspondantes, les chauffeurs étant légion, les taxis tournent alors 24h/24, assurant une recette substantielle à ces personnes qui oublient souvent de verser au propriétaire de l’agrément sa redevance, ce qui se traduit par des litiges qui arrivent sur les bureaux des taxis de la wilaya. Il va de soi que ces exploitants de taxis échappent au fisc, étant par nature de vraies entreprises informelles. Résultat : la majorité des taxis casablancais, blancs ou rouges, sont sales, déglingués, et leurs chauffeurs sont agressifs, font la course entre eux pour ramasser une bonne recette, avec l’espoir de pouvoir, en fin de parcours, garder quelques billets, après avoir payé la location du taxi et le carburant.
Restructurer et assainir cette activité n’est donc pas une mince affaire, d’autant plus que les exploitants de taxis, de par leur nombre, représentent un lobby capable de paralyser l’activité économique de la métropole. Pour toutes ces raisons, les autorités de la ville hésitent à prendre le taureau par les cornes, et ils ne pourront, de toute manière, le faire que le jour où la ville de Casablanca aura un transport urbain de qualité.
Le projet de métro étant pratiquement enterré, le retour au tram n’étant pas à l’ordre du jour, et la cession de la RATC, à ses débuts, n’ayant pas encore donné les preuves de son efficacité, on se demande d’où viendra la solution .

Le projet de métro étant enterré, le tramway n’étant pas à l’ordre du jour, faute d’alternative qui permettrait de faire pression sur les exploitants de taxis, l’anarchie continuera de sévir.