Capital investissement : Des réalisations record en 2021

L’industrie a fait preuve de résilience malgré la crise qui a frappé toute l’économie nationale. Les levées de fonds et les investissements ont affiché un rebond. Des obstacles restent à lever pour l’épanouissement du secteur.

L’industrie du capital investissement ne s’est jamais mieux portée qu’en 2021. Que ce soit en termes de levées de fonds ou en investissements réalisés, le secteur a battu un record historique depuis la création de l’AMIC (Association marocaine des investisseurs en capital). C’est qu’il a fait preuve de résilience, malgré le contexte de crise. D’ailleurs, «cette activité a affiché une croissance de 1% en 2020, alors que celle des entreprises marocaines a chuté de 30% et que le PIB est ressorti à -30%. En plus de cette résilience, l’année 2021 était favorable à l’activité, notamment avec la mise en place de la loi sur les OPCC qui a permis un saut qualitatif aussi bien en matière de conformité, de système d’information ou de contrôle interne», explique Tarik Haddi, président de l’AMIC.

Ainsi, les levées ont atteint 1,86 milliard de DH, en hausse de 40% en une année. Elles ont été réalisées par 4 fonds dédiés à l’investissement transrégional, sachant que ce type de fonds accapare 80% des levées pour le Maroc depuis 2012. Sur cette 4e génération, soit la période 2017-2021, un montant global de 7 milliards de DH a été levé. A ce niveau, la part des organismes de développement internationaux a augmenté, depuis la 1ère génération de fonds (2000 à 2005), pour passer de 20 à 52% actuellement. En revanche, la part des investisseurs marocains a connu une forte baisse entre la 1ère génération et la 4e, à 37% contre 73%. Pour sa part, le montant des investissements réalisés a suivi la même tendance record des fonds. Ils se sont établis à 1,152 milliard de DH, effectués par 12 sociétés de gestion pour 30 entreprises dont 8 ont concerné des réinvestissements. Il y a lieu de noter que la phase de démarrage d’activité, représentée par le capital amorçage et le capital risque, attire de plus en plus d’investisseurs. Les nouveaux investissements y ont représenté 60% du total des investissements réalisés en 2021. A fin 2021, les investissements dans ces deux stades de développement ont atteint 32% en nombre et 7% en valeur. Il faut savoir que, entre la 3e et la 4e génération, le nombre des transactions de moins de 20 MDH (capital amorçage et risque) a augmenté, passant de 7% à 44% pour celles de moins de 10 MDH et de 10 à 15% pour celles entre 10 à 20 MDH. De même pour les opérations portant sur un montant de plus de 100 MDH (capital développement et transmission), avec une part de 25% contre 13% auparavant. Par conséquent et face à ce changement de donne, le nombre des opérations dont le montant varie entre 20 et 100 MDH s’est réduit. Par ailleurs, dans un contexte d’incitation à l’investissement et de création d’entreprises, les tickets d’entrée relatifs aux entreprises en phase d’amorçage/risque ont baissé entre les deux dernières générations, en raison d’une augmentation du nombre de transactions dans des start-up ou des petites structures. Parallèlement, la taille des fonds a permis de doubler, en deux générations, les tickets moyens d’investissements dans les entreprises en phase de développement, transmission et retournement. Au final, le ticket moyen de cette dernière génération ressort à 56 MDH. Par type d’activité, le secteur industriel représente 32% des investissements réalisés à fin 2021. Celui des services est en hausse continue depuis la 1ère génération de fonds, passant de 18% à 31% en 2017 – 2021 et, depuis 2012, le secteur de la santé a connu une croissance significative des investissements en capital depuis 2012.

Enfin, l’exercice 2021 a été marqué par 4 actes de désinvestissement pour un montant global de 882 MDH. Sur les 5 dernières années, le montant des sorties effectuées a atteint 3,2 milliards de DH, contre 1 milliard entre 2012 et 2016. Ces sorties sont faites à hauteur de 37% sur le marché secondaire, suivies de 28% auprès des industriels et 18% à travers la bourse. Soulignons que ces sorties ne sont pas réalisées seulement auprès des fonds marocains mais aussi de fonds étrangers qui affichent un intérêt croissant pour l’investissement dans ce marché. De plus, le TRI (Taux de rentabilité interne) s’affiche à 13% pour une durée moyenne d’investissement de 6,1 ans. Les rendements les plus élevés sont à la faveur du secteur de la santé avec 26%, les services avec 18% et le BTP avec 17%.

La bonne orientation de l’activité devrait se poursuivre pour les années à venir, selon l’équipe de l’AMIC qui, sur la base d’un sondage effectué, estime les levées de fonds à 3,4 milliards de DH, en 2022, le nombre d’investissement à 27 et le nombre de sorties à 19. Sur les 2 prochaines années, parmi les sociétés de gestion qui planifient de lever un nouveau fonds, 56 % envisagent de le faire en 2022 pour un montant global estimé de levées de 2,9 milliards de DH. Le pays continue de séduire les fonds transrégionaux, puisque leurs zones d’investissement prioritaires restent le Maroc avec 29%, l’Egypte avec 24%, la Tunisie et l’Afrique subsaharienne avec 18% chacune.

Si l’industrie se porte toujours bien et offre même un rendement meilleur que celui du marché financier, il n’en manque pas moins des améliorations à apporter sur bien des volets. M.Haddi identifie ainsi «4 blocs de contraintes, dont l’appui de l’Etat à l’industrie, quoique ce volet devra connaître une avancée avec l’opérationnalisation du Fonds Mohammed VI pour l’investissement, la mise en place du règlement de gestion standard pour les OPCC qui vont s’inscrire dans le cadre dudit fonds; l’adaptation du cadre réglementaire et aussi et surtout l’amélioration du cadre fiscal». C’est en levant ces obstacles que le Maroc retrouvera sa place de leader en capital investissement dans la région MENA mais aussi dans toute l’Afrique.