Cagettes en carton : les Espagnols piétinent les plates-bandes de l’industrie locale au Maroc

L’importation représente aujourd’hui 20% du marché. Une demande pour l’ouverture d’une enquête pour dumping classée sans suite. Les produits sont importés en régime suspensif, donc non soumis à  cette règle.

Marocains et Espagnols se livrent une concurrence féroce dans le domaine agricole depuis longtemps. Mais une bataille entre producteurs de plateaux agricoles (caissons en carton ondulé) destinés au conditionnement est une première. Et pour cause, les fabricants marocains se plaignent de «l’invasion» du marché par des produits étrangers.
Depuis quelques mois, ces caisses servant d’emballage de primeurs et agrumes destinés exclusivement à l’export (et non pas au marché local qui n’est pas aussi exigeant en la matière) dans la région de Souss ne viennent plus seulement des unités de production locales. Jusqu’à récemment, l’approvisionnement du marché local était assuré par deux sociétés marocaines, la Compagnie marocaine de carton et papier (CMCP) et Gharb papier et carton (GPC), souligne un responsable de la Fédération des industries forestières des arts graphiques et de l’emballage (Fifage).

Le principal acheteur est un groupe espagnol

Misant sur un secteur en pleine expansion en raison de la performance de la branche des agrumes et primeurs en particulier à l’exportation, CMCP et GPC, qui contrôlent respectivement 50% et 40% de l’activité carton et papier au Maroc, ont même investi de manière importante dans des unités de production dédiées uniquement à la production de plateaux agricoles. Et ce n’est pas un hasard si les deux entreprises ont choisi Agadir pour implanter leurs nouvelles usines.
Cette zone réalise plus de 80% des exportations marocaines de primeurs et plus de 75% de celles d’agrumes. Mais en dépit de la proximité et de l’expérience acquise par les deux opérateurs, des concurrents étrangers ont pu s’installer sur ce segment et grignoter d’importantes parts de marché.
En effet, certains producteurs exportateurs ont désormais recours à l’importation de ces caissons à partir de l’Espagne. Selon des sources proches du dossier, 15% des besoins en plateaux agricoles viennent de notre voisin ibérique.
Autant dire que CMCP et GPC ont perdu une part importante de leur business. C’est pourquoi ils crient au scandale. Par la voie de la Fifage, ils ont saisi le ministère du commerce extérieur pour ouvrir une enquête antidumping à l’encontre d’un importateur espagnol de plateaux agricoles qui réalise en fait la majeure partie de ces importations. Leur argument ?
«L’opérateur espagnol propose le produit 30% moins cher que le prix pratiqué par les producteurs nationaux et, factures à l’appui, il commercialise le même produit en Espagne 40% de moins que le prix appliqué ici au Maroc» , s’indigne Mounir El Bari, président de la Fifage. Mais pourquoi donc les Espagnols vendraient-ils leurs plateaux agricoles à ces prix cassés ? A cette question, les producteurs marocains ont une réponse. «Avec la crise que l’Espagne traverse actuellement, les unités de production de carton et papier de ce pays doivent absolument continuer à tourner, bien que les commandes soient en berne, quitte à vendre le produit à perte» , estime un producteur local.
Les professionnels marocains sont convaincus donc que l’importateur espagnol pratique du dumping. L’affaire a pourtant été vite classée sans qu’une enquête antidumping ne soit ouverte.
La raison, comme nous l’explique un cadre du ministère du commerce extérieur, c’est que «le produit concerné est admis en régime suspensif (admission temporaire) pour être réexporté par la suite. Et dans ce cas, la loi n’admet pas le recours à des mesures de sauvegarde de la production nationale à l’encontre de produits non consommés localement» . Selon des sources proches du dossier, la majeure partie des importations en AT sont effectuées par des producteurs exportateurs espagnols installés récemment dans la région de Souss-Massa. Ces derniers ont fait appel aux services de leur fournisseur traditionnel de plateaux agricoles, et ce, «pour garder le même niveau de qualité et pour faire une économie d’échelle étant donné qu’il leur fournit la totalité des besoins dans plusieurs pays».
Déboutés, les professionnels marocains sont en train de perdre la partie devant ce rude concurrent. D’autant que l’information circule à grande vitesse dans les milieux professionnels des agrumes et primeurs.
«Déjà certains opérateurs commencent à nous reprocher nos prix élevés quand ils les comparent avec ceux du produit espagnol. Les gens croient qu’on les vole tout simplement», déplore un cadre d’une entreprise nationale. La situation s’annonce d’autant difficile que la plupart des producteurs de la région, clients de CMCP et GPC, réexportent ces intrants.