Bouchra Outaghani : «L’Administration devrait mettre en place une préférence nationale»

• Les marques et les produits nationaux sont cloisonnés géographiquement.
• La FCS recommande de mettre en place une plateforme digitale «Trade Maroc» qui constituerait une vitrine regroupant les produits et les marques marocaines.
• La fédération a mis en place un plan de relance pour les secteurs du commerce et des services.

Bouchra Outaghani
Bouchra Outaghani

 

Bouchra Outaghani présente la position de la FCS par rapport à la marque Made in Morocco et le produit national. Elle préconise la valorisation de la production locale en mettant en place des dispositifs d’appui marketing et commercial. Pour la présidente, l’Administration devrait mettre en place une préférence nationale en matière d’investissements et de commande publique, surtout en faveur des TPE et des PME.

• Quelles sont les mesures à prendre pour promouvoir le produit national ?
Avec l’avènement des produits étrangers sur notre marché, les produits nationaux ont été presque écartés du champ de consommation du citoyen marocain. Leur qualité a également été mise en cause. La crise induite par la pandémie du Covid-19 a, toutefois, montré que notre pays est capable de produire et de consommer localement, voire d’exporter, tout en répondant aux exigences internationales. A mon avis, la première mesure pour promouvoir la consommation locale serait d’établir un lien de confiance entre le consommateur et le produit “Made in Morocco” et ce, via le lancement d’une campagne nationale de sensibilisation des Marocains à la consommation des produits de leur pays. Cette campagne aurait également comme objectif de promouvoir les valeurs du “Made in Morocco”. En effet, au delà du produit ou du service en soi, une marque forte est celle dont les valeurs marquent les esprits. Par ailleurs, et à l’instar d’autres pays, il est important d’activer le code de la consommation tout en incluant les règles relatives aux délais de rétraction, et, plus généralement, à l’information du consommateur et à sa sensibilisation sur ses droits et ses obligations. Les rapports entre distributeurs et consommateurs seraient ainsi rééquilibrés à travers une meilleure délimitation des responsabilités du producteur et du commerçant, au regard d’un objectif de protection du consommateur. Cela renforcera sans aucun doute le lien de confiance que j’ai évoqué.

• Au niveau des produits, que peut-on faire pour consommer localement ?
Au niveau des entreprises et des producteurs, il serait très utile de mettre en place de nouveaux packagings, des labellisations, des dispositifs d’appui marketing et commercial, des formations… Objectif : valoriser nos produits nationaux, les rendre compétitifs et les privilégier aux yeux du consommateur. L’accompagnement et l’appui spécifique des entreprises en amont pour la création et la protection des marques constituent également un point essentiel pour booster leur compétitivité. Elles sont nombreuses les TPE/PME qui disposent de produits compétitifs, mais ne pensent malheureusement pas à positionner leur marque et à la valoriser.

• Quelles sont les mesures à prendre pour que les marques locales réussissent à l’étranger ?
Il est crucial de tenir compte que le fait d’exporter un produit va au-delà de la simple extension géographique de ses activités. Les différents aspects de ce processus caractérisé par un décloisonnement à la fois géographique, sectoriel, juridique et marketing, doivent être pris en considération. D’où la nécessité d’identifier les exigences réglementaires et de protéger la propriété intellectuelle.

• S’il y a des recommandations à faire ou à proposer à l’Administration, quelles seraient-elles ?
La Fédération du commerce et services (FCS) a élaboré son plan de relance relatif aux deux secteurs. Il sera publié prochainement. En ces temps de crise, l’Etat a un rôle central à jouer pour relancer l’activité des entreprises du commerce et des services et booster la promotion de leurs produits et prestations via une sensibilisation accrue des citoyens marocains.

• Comment peut-il jouer ce rôle central ?
L’Administration devrait, entre autres, instaurer une préférence nationale en matière d’investissements et de commande publique surtout en faveur des TPE et des PME qui constituent plus de 95% du tissu économique. Cela permettra, par ricochet, de limiter les sorties de devises. Aussi, il est préconisé que les programmes d’investissements et la liste d’Appels d’offres (AO) annuels soient publiés avant fin juin pour permettre aux entreprises marocaines de se préparer à y participer. On gagnerait également à dématérialiser les procédures de gestion des marchés des AO au niveau des livraisons, des réceptions et des paiements, tout en privilégiant les livraisons digitales et en généralisant la signature électronique.

• Mais la pandémie du Covid-19 a bouleversé les priorités…
Oui. Au delà des mesures de contingence mises en place en soutien aux entreprises impactées par la crise du Covid-19, il est aujourd’hui indispensable de mettre en place un programme d’appui, facile d’accès, pour accompagner les sociétés dans leur restructuration mais aussi pour qu’elles puissent trouver de nouveaux débouchés business ou se convertir le cas échéant. Une dernière recommandation serait de mettre en place une plateforme digitale “Trade Maroc” qui constituerait une vitrine regroupant nos produits et nos marques compétitifs, et mettra en évidence leurs éléments distinctifs. Cette plateforme proposerait aussi des services mutualisés de type logistique, promotion…. Une version physique est aussi nécessaire. Elle servira de vitrine permanente de nos produits dans certains pays où le potentiel existe.