Banques participatives : le timide lancement des produits de financement garantis par la CCG

• L’activité commerciale se porte bien avec un encours des dépôts et de financement en amélioration continue.
• Les banques n’ont pas encore toutes lancé les produits de financement bénéficiant de la couverture de la CCG.
• Bank Al Yousr, pionnière en la matière, a déjà débloqué quelques dossiers.

Les banques participatives se portent visiblement on ne peut mieux, du moins du côté de leur activité commerciale. Elle est en amélioration continue au point que le taux de croissance dépasse celui des banques conventionnelles. A fin juillet, les dépôts (comptes courants et dépôts d’investissement) ont cumulé 3,7 milliards de DH, s’inscrivant ainsi en hausse de 14,6% depuis le début de l’année.
L’encours du financement participatif, lui, a pointé à 11 milliards de DH, en progression de 21% depuis début 2020. Si l’octroi de financement s’est légèrement essoufflé pendant la période de confinement, soit entre mars et mai, il a bien repris les mois suivants. Un chargé de clientèle d’une agence bancaire participative confirme que «les visites en agence et les demandes de financement se sont certes estompées pendant cette période, mais en face l’intérêt envers les produits de financement ne s’est pas amoindri. Les intéressés continuent d’appeler pour avoir des renseignements…». Il ajoute: «Une fois le déconfinement annoncé, plusieurs personnes se sont ruées vers notre agence et celles de nos confrères pour concrétiser leur achat immobilier ou disposer d’un financement à l’équipement ou autres». D’où cette performance de l’activité. Sans surprise, le financement Mourabaha immobilier accapare la majeure partie du financement participatif, avec un poids de 86%, atteignant 9,5 milliards de DH, en augmentation de 20%. Le financement lié à l’équipement, lui, s’est établi à 624 MDH, en croissance de 41,5% et celui destiné à la consommation s’est apprécié de 20% à 850 MDH.
Par ailleurs, dans le cadre de la diversification de l’offre destinée au financement des entreprises, Bank Al Yousr s’est particulièrement démarquée, en lançant sur le marché une large gamme de produits. «Nous sommes en mesure d’accompagner l’entreprise dans ses projets de création, de modernisation, d’extension. Nous répondons tant aux besoins d’investissement que d’exploitation, dans le respect des convictions et des principes qui animent la finance participative» précise Mouna Lebnioury, directrice générale de Bank Al Yousr. La banque a ainsi été le précurseur dans le lancement du produit «Salam», adressé aux entreprises qui expriment le besoin d’un financement à court terme destiné généralement à soulager les besoins en fonds de roulement. «Nous avons débloqué avec succès nos premiers dossiers Salam et nous nous attendons à un plus grand flux avec la vulgarisation du produit auprès du public», explique Mme Lebnioury.
De plus, la banque est également la première à lancer les contrats Mourabaha permettant de proposer une solution de financement globale, intégrant toutes les composantes d’un programme d’investissement, y compris les services annexes. Notons que ces produits rentrent dans le cadre des financements garantis par la CCG à travers sa fenêtre participative «Sanad Tamwil». D’ailleurs, la banque est la pionnière en la matière et aurait accordé les premiers financements assortis de cette garantie.
Umnia Bank a également déployé des produits de financement autant pour le particulier que pour l’entreprise. En effet, la banque a déjà lancé le produit «Fogaloge» destiné au financement du logement pour la classe moyenne et les MRE. Parallèlement, l’offre de financement destinée aux entreprises, permettant le financement de l’investissement est lancée aussi. Si certaines banques se sont lancées dans la commercialisation de ces produits, d’autres optent pour le wait and see. Il faut dire aussi que le contexte général ne s’y prête pas. Le contexte général n’offre pas assez de visibilité sur l’évolution de la situation, encore moins sur les perspectives économiques. Même en présence de tous les produits de financement, la clientèle devrait se montrer réticente à tout investissement futur. L’un des directeurs explique: «Nous sommes fin prêts et avons préparé une panoplie de produits dédiés à la clientèle corporate. Nous attendons juste le bon moment pour les commercialiser».
Il faut dire que la réticence des banques participatives à lancer ces produits pourrait être due aussi au manque de produits de refinancement. Toutefois, Mme Lebnioury assure que «la dernière baisse du taux directeur avec un élargissement des conditions aux banques participatives est une véritable bouffée d’oxygène pour nous». Dans la continuité de ces innovations, Bank Al Yousr accompagne également les entreprises qui opèrent dans les marchés publics. Elle est enfin en site pilote pour accompagner les entreprises qui opèrent à l’international.
Par ailleurs, la banque participative du groupe BCP intervient pour des mises en relation entre ses entreprises clientes ayant manifesté le besoin d’un accompagnement poussé et des cabinets d’experts. Il est à noter que ce service est optionnel et ne génère pas de commissions pour la banque. «Pour un redémarrage efficient de leur activité, nous invitons nos entreprises clientes à s’entourer des bonnes expertises et à se poser les bonnes questions autour de leur Business model», conclut Mme Lebnioury.