Banque populaire : 46 ans d’existence,2,4 millions de clients

Fondée en 1926, elle évoluera vers sa forme actuelle 35 ans plus tard.
15 600 clients et un passif de 65 MDH à l’époque
Réorganisée en
2000, entrée un Bourse en 2004, elle joue aujourd’hui un rôle majeur
Un réseau dense : 610 agences bancaires et sept représentations à l’étranger.

L’idée des banques populaires n’est pas née au Maroc. En revanche, le concept a bien pris : le groupe Banque populaire est aujourd’hui l’un des plus puissants (sinon le premier selon le critère retenu) du système financier marocain. Performance ? Certes, mais existence historique également. Revenons d’abord sur le concept. Se fondant sur les principes de mutualité et de coopération, les banques populaires sont apparues en Europe entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe.

C’était l’époque de la révolution industrielle, de l’émergence du capitalisme financier et des établissements bancaires. C’est ce que voudront faire les pouvoirs publics au Maroc, c’est-à-dire donner aux classes moyennes et aux PME l’accès au financement. Pour ce faire, ils auront donc recours à la création ou du moins à la réforme des institutions de crédit populaire.

En effet, au lendemain de son indépendance, le Maroc a connu une industrialisation accélérée et le développement de son tissu économique. Or, les banques privées étrangères présentes sur le territoire étaient orientées vers une clientèle de grandes entreprises, alors que la majorité du tissu industriel marocain n’avait pas accès au crédit bancaire, et encore moins aux marchés financiers.

Créée en 1926, la BP sera réorganisée par le dahir de 1961
Un besoin pressant existait donc et la loi du 13 mars 1917 (portant création des Banques populaires), promulguée en France et en partie applicable au Maroc, n’y répondait pas. On note à ce propos que la Banque populaire a été effectivement fondée par le Dahir du 25 mai 1926 portant organisation du crédit au petit et moyen commerce et à la PMI, sous la forme d’une société à capital variable.
De 1931 à 1952, un réseau de Banques populaires de type coopératif, à caractère régional et autonome, va se constituer dans les grandes villes du Maroc. Cependant, des difficultés de gestion exigeront de profondes réformes du système.

C’est ainsi que le dahir du 2 février 1961 a fixé les règles régissant la nouvelle structure du Crédit populaire du Maroc, gérant l’enseigne Banque populaire. Le caractère régional et coopératif des Banques populaires régionales sera maintenu, mais subordonnera le développement de leur activité à une réorganisation et à une orientation confiées à deux organismes centraux : le Comité directeur et la Banque centrale populaire. En 1961, la Banque populaire comptait 10 agences bancaires, un passif de 65 MDH, un actif de 40 MDH et 15 594 clients pour un effectif de 263 personnes.

En termes de conquête de marché, «la Banque populaire mise alors sur une vulgarisation des services bancaires en allant à la rencontre des clients», explique Sanae Afilal Alami, directrice de la communication de la Banque centrale populaire (BCP). La banque enregistre alors un accroissement de sa clientèle de 22% en moyenne par an entre 1965 et 1970. Les dépôts sont multipliés par 6 entre 1961 et 1970, contre une évolution de seulement 7% pour les autres banques.

Dans les années 60 et 70, le groupe met le cap sur la clientèle des MRE
A la base de son succès, son offre de produits adaptés à la demande : des crédits à court, moyen et long terme aux artisans et PME, convention avec le CIH pour la distribution des crédits immobiliers en 1964, mise en place du premier plan d’épargne logement dix ans plus tard. Pendant les décennies 60 et 70, le groupe met le cap sur la clientèle des Marocains résidents à l’étranger (MRE), appelés à l’époque Travailleurs marocains à l’étranger (TME), pour répondre à leur première préoccupation : le rapatriement de leur épargne.

Ce filon prometteur, que viseront par la suite les banques concurrentes, atteind déjà à cette date un flux de 3 MDH par mois. Les 16 500 TME clients de la banque représentaient à la fin des années 60 presque un dixième des ressources globales de la banque qui reste à ce jour championne sur ce segment de marché.

Aujourd’hui, son portefeuille compte 2,4 millions de clients, pour des dépôts se montant à 112 milliards de DH. Entre-temps, elle a bien été obligée de faire sa mue eu égard à la concurrence et à l’évolution du rôle de l’Etat. C’est ainsi qu’elle a connu une profonde réforme en 2000, matérialisée par une définition plus précise des différentes structures qui constituent son socle : les BPR, des outils de collecte de l’épargne et de développement régional, la BCP, organisme central bancaire des BPR habilité à réaliser toutes les opérations bancaires, sans toutefois disposer de réseau propre et le Comité directeur, instance suprême du crédit populaire, chargé de la gestion.

Introduite en Bourse en 2004, via la cession de la part de l’Etat dans le capital, la BCP se montre aujourd’hui très offensive sur tous les segments de marché.
Le groupe compte aujourd’hui 610 agences, sept filiales spécialisées et 11 BPR. La Banque populaire a également renforcé sa présence à l’international : trois filiales et sept représentations. Dans le mouvement de la mondialisation et de la modernisation du secteur bancaire, elle s’est dotée d’une banque offshore.

En matière de monétique, elle quadrille le pays avec 612 guichets automatiques bancaires multi fonctions (commande de chéquiers, virement, paiement de factures de téléphone, recharge de téléphone mobile…). Le groupe se bat aussi sur le terrain des nouvelles technologies, via internet (Chaâbi net) et le téléphone portable. Ainsi, le produit «Chaâbi Mobile» permet au client de suivre en temps réel les mouvements de son compte sur son mobile et d’être informé des cours de changes et autres informations bancaires. Près de 200 000 clients ont été séduits par ce service. Et le cheval n’arrête pas de galoper, soutenu par une communication très dense, avec des messages souvent très originaux.

Rappelons que la BP a marqué les esprits avec ses personnages de dessins animés Ali et Brahim, directement inspirés des personnages d’Astérix et Obélix dont ils ont repris la physionomie ainsi que les caractères. La banque joue ainsi sur la proximité et son image d’institution ouverte à toutes les composantes de la population, qu’elle entretient jalousement, même si les messages sont renouvelés et rajeunis, souligne Laïdi El Wardi, DGA en charge du marketing.

Dernier point important : en dépit d’une modernisation accrue et d’une ouverture marquée ces dernières années sur le business corporate, elle attire toujours artisans et professions libérales. On est populaire ou on ne l’est pas !