Bank Al Maghrib s’inquiète du déficit budgétaire et de la balance courante

Le Maroc a résisté à  la crise grà¢ce à  la demande intérieure et le fonctionnement normal du marché du crédit.
Le gouverneur invite à  une gestion plus rigoureuse du budget et le renforcement de la bonne gouvernance des politiques publiques.

Le Maroc a bien résisté à la crise, mais il y a beaucoup de défis à relever pour consolider les acquis. C’est en substance le message transmis par Abdellatif Jouahri, gouverneur de Bank Al Maghrib, lors de la présentation du rapport annuel 2009 au Roi Mohammed VI. Ce rapport est toujours attendu du fait que l’appréciation de l’évolution de l’économie nationale est faite avec beaucoup de recul et, profitant de son indépendance, l’institut d’émission ne se prive pas de distribuer, quand il le faut, mauvaises notes et mises en garde. Pour l’année écoulée, le gouverneur de Bank Al Maghrib s’est à nouveau -comme il l’avait fait pour l’année d’avant- félicité de la capacité de résistance de l’économie marocaine qui a dû faire face à une forte contraction de la demande extérieure, en particulier celle en provenance des pays de la zone euro.

La stratégie d’exportation remise en question

Le gouverneur est d’avis que la bonne orientation de la demande intérieure et le fonctionnement normal du marché du crédit, auxquels s’ajoute un bon climat de confiance favorisé par les mesures d’urgence, ont permis d’atténuer l’impact de la crise internationale. En s’appesantissant sur ces facteurs de neutralisation des risques exogènes, M. Jouahri milite sans doute pour le renforcement du marché intérieur et met en évidence la solidité du secteur financier malgré les déficits de liquidités.
Contrairement à l’idée que se font beaucoup d’observateurs de l’activité bancaire, le gouverneur se satisfait «du retour graduel de la progression du crédit à un rythme compatible avec la croissance économique…», mais se garde de tancer les banques. On lit cependant entre les lignes qu’elles étaient allées un peu trop loin dans leur quête de parts de marché.
Pour permettre à l’économie de mieux tenir face aux contingences externes, M. Jouahri exhorte les décideurs à accélérer les actions destinées à améliorer le système éducatif et la compétitivité. Il met aussi l’accent sur le renforcement de la bonne gouvernance des politiques publiques.
Dans la même veine, M. Jouahri attire l’attention sur le problème du déséquilibre du compte courant de la balance des paiements et l’urgence de réduire la concentration des exportations sur les produits à faible valeur ajoutée ainsi que sur des marchés à potentiel de croissance limitée. L’obligation d’une gestion plus rigoureuse du Budget n’est pas non plus oubliée. Toutes ces remarques ne sont pas nouvelles, mais le fait de les marteler chaque année doit en principe pousser les politiques à mieux prendre conscience des fragilités de l’économie marocaine.