Aviculture : transport et abattage résistent à  la réforme

La résistance est forte chez les opérateurs de Casablanca et de Rabat.
Sur 1 769 transporteurs, 1 483 ont été définitivement autorisés à  exercer.
La gendarmerie et la police sollicitées pour aider les services vétérinaires à  traquer les contrevenants.

P rès de deux années après le début de sa mise en œuvre, la mise à niveau du secteur avicole, lancée en avril 2007, est toujours à deux vitesses. Les deux filières qui traînent sérieusement les pieds sont le transport où le bois, pourtant interdit par la loi, est toujours utilisé par certains professionnels et les tueries où les règles élémentaires d’hygiène continuent d’être ignorées.
D’après les tout derniers chiffres, 1 483 autorisations ont été délivrées aux transporteurs, sur un total de
1 769 demandes. En réalité, ce ne sont pas seulement les trois cents transporteurs qui continuent à utiliser les cageots de bois puisque même ceux qui sont censés être aux normes continuent également à tricher. Pour ce qui est du nettoyage du matériel, une fois leur cargaison livrée, tout le monde est logé à la même enseigne, c’est-à-dire qu’il se fait mal ou pas du tout. D’où des risques persistants de transmission de bactéries et de maladies parfois. Certains professionnels déplorent, maintenant que les inspections ont été généralisées dans les marchés de gros, que des livraisons ont commencé à se faire en dehors du circuit pour éviter que les véhicules soient verbalisés. C’est extrêmement dangereux, souligne Chaouki Jirari, directeur de la Fédération interprofessionnelle du secteur avicole (Fisa) qui explique que l’esprit même de la réforme se trouve ainsi vicié. «A quoi sert-il de produire sainement si, à la phase finale, on expose la volaille à des conditions qui peuvent présenter des risques pour la santé du consommateur ?», s’interroge-t-il.
Les craintes de la fédération ont certainement été entendues puisque le poste de commandement de la réforme avicole vient de publier une circulaire enjoignant aux services de la gendarmerie et de la police d’accompagner les vétérinaires dans leur mission de contrôle sur les axes d’entrée des deux grandes villes, Rabat et Casablanca, où s’écoule la grande partie du marché. Chaouki Jirari commente cette décision : «Curieusement, c’est au niveau de ces deux grandes villes que l’on remarque de la résistance pour se conformer aux règles. La mise à niveau se déploie mieux dans les régions où le bois est pratiquement banni».

Un nouvel abattoir, le plus grand du pays, sera construit à Salé
Concernant les 12 000 tueries répertoriées sur le pays, et dont la mise à niveau est supervisée par les services économiques des préfectures, la tâche s’avère plus ardue. Mohamed Lasry, chef du service économique de la préfecture de Casa-Anfa, explique sur quoi il bute : «C’est le problème social qui nous empêche d’avancer plus vite. Comment obliger quelqu’un qui vivote à investir pour avoir un plus grand espace et séparer la partie sale du reste. Nous avons tout de même commencé une large opération de sensibilisation. Nous avons saisi toutes les délégations ministérielles, tout comme les écoles, les hôtels, etc., pour que la restauration collective ne passe plus que par les abattoirs. Nous sommes en phase de sélection des marchés où des unités pilotes devront être lancées».
En fait, il est évident que la mutation ne peut être que lente. Cependant, explique un professionnel, les choses bougent et la direction de l’élevage vient d’agréer la première tuerie du pays à Salé. «Cela est sûrement symbolique, mais va induire une nouvelle dynamique», commente M. Jirari.
Et puis, il ne faut pas, non plus, oublier qu’en amont le processus est largement enclenché. Selon les chiffres de la Fisa, couvoirs et élevages reproducteurs sont dans une situation tout à fait satisfaisante. Plus précisément, les 51 couvoirs et les 208 élevages reproducteurs sont tous aux normes officielles. Pour ce qui est des fermes d’élevage de la dinde, 282 exploitations sont autorisées sur 285.
Les chiffres sont aussi très encourageants pour l’élevage de poulets de chair puisque 4 326 exploitations ont obtenu leur autorisation et 1 769 invités à cesser leurs activités. En outre, 503 demandes de nouvelles exploitations ont été validées sur 634 formulées.