Avec la crise et la concurrence de l’Asie, les fabricants de chaussures voient leurs ventes à  l’export baisser de 9%

En plus des difficultés des pays de la zone euro, principaux clients du Maroc, le manque de matière première rà¢pe la compétitivité de la chaussure marocaine. Le ministère de l’industrie a constitué un comité technique pour se pencher sur les problèmes du secteur.

Les industriels de la chaussure ont le moral dans les chaussettes. Leur filière qui a toujours résisté aux aléas conjoncturels n’a visiblement pas pu tenir le coup cette fois-ci. Les exportations ont enregistré un recul de 8,3% au cours des quatre premiers mois de 2012 par rapport à la même période de l’année antérieure. Elles totalisent 639 MDH contre 697 millions. Le volume s’est aussi déprécié de 9%, à 3 521 tonnes.

Cette baisse s’est amorcée au dernier trimestre de l’exercice 2011 et des signes d’infléchissement ne sont guère visibles. Les industriels disent n’avoir aucune visibilité pour les semaines à venir. Et à la Fédération des industries du cuir (Fédic), les responsables soulignent que plusieurs entreprises ont vu leurs commandes baisser de 30%. Pire, des unités ont même arrêté la production.

La crise qui sévit dans la zone euro est l’un des principaux motifs invoqués par la fédération. L’impact a été très important puisque 90% des exportations marocaines de chaussures, estimées à 20 millions de paires sur une production de 80 millions, sont dirigés vers les marchés de l’Union européenne et particulièrement l’Espagne et la France qui absorbent les deux tiers de ces exportations. Le reste étant absorbé par l’Italie et l’Allemagne.

En plus de la crise, la concurrence de certains pays comme la Turquie, la Chine et le Portugal est l’autre facteur significatif à l’origine du marasme. Pour illustration, les exportations marocaines constituent moins de 1% des 500 millions de paires importées par la France.

Pour tenter de relancer l’offre marocaine, la fédération des industries du cuir a décidé d’organiser des missions commerciales très ciblées sur les marchés européens. Depuis le 23 mai, une mission regroupant 12 producteurs de chaussures se trouve en France pour rencontrer et démarcher de grandes enseignes.

Une plateforme commerciale sera ouverte dans la région parisienne début 2013

L’offre porte sur la chaussure pour enfants, femmes et hommes de moyen et haut de gamme. C’est sur le premier segment (moyenne gamme) que les fabricants marocains souffrent le plus en raison de la concurrence chinoise. L’essentiel des exportations porte aujourd’hui sur le haut de gamme produit par une dizaine d’unités tout au plus alors que le secteur dispose d’un grand potentiel d’exportation.

La seconde action consiste à créer une plateforme commerciale dans la région parisienne. La Fédic a diligenté une étude qui devrait être bouclée en août ou septembre prochain. Cette plateforme, dont l’ouverture est prévue début 2013, regroupera l’offre de 3 ou 4 producteurs marocains destinés à des petits détaillants implantés dans la région parisienne. Ce projet se fera en partenariat avec le ministère du commerce et de l’industrie et des nouvelles technologies (MCINT) qui a, par ailleurs, créé un comité technique devant se pencher, en concertation avec la Fedic, sur la situation du secteur du cuir en général et de la filière chaussure en particulier.

Les premières réunions consacrées aux diverses propositions de la profession démarreront la semaine prochaine. Laquelle profession suggère une mise à niveau de l’amont de la filière pour améliorer la qualité de la matière première, donc les peaux en cuir. Celles-ci pourraient être en principe de bonne qualité, expliquent les industriels, si les conditions d’abattage et de conservation étaient meilleures. La mauvaise qualité des peaux pousse ainsi les industriels à importer du cuir de l’étranger. La facture s’élève à un milliard de DH annuellement. Ce qui justifie le niveau de prix des produits marocains et la perte de compétitivité face aux pays concurrents étant donné que 50% du coût de revient est constitué de l’achat de la matière première. Par conséquent, les pouvoirs publics avaient lancé, en collaboration avec les Italiens, un programme de mise à niveau de la filière de la tannerie.

S’étalant sur une durée de deux ans, le programme a été bouclé cette semaine. Outre la tannerie, la fédération, en partenariat avec la GTZ et l’ANPME, a lancé une mise à niveau des PME de la ville de Fès qui ont un grand potentiel de développement si elles se structurent. Un programme de formation de chefs d’entreprise est lancé et concerne une première fournée de 24 jeunes entrepreneurs. Le reste tiendra à la capacité des exportateurs à différencier leurs produits avec ceux de la concurrence pour mieux les valoriser face aux clients.