Automobile : 500 MDH de pièces produites localement contre 1,4 Md de DH importées

Les équipementiers nationaux couvrent à  peine 10% des besoins du marché.
Les multinationales installées au Maroc réalisent 1,5 milliard de DH totalement
à  l’export.
20% des pièces circulant sur le marché proviennent de la contrebande et 5%
sont des imitations.
Le Marocain dépense 300 à  600 DH par mois pour l’entretien de son véhicule.

Freins, câbles, filtres, radiateurs, pare-brise, pistons, joints, batteries… Autant de pièces de rechange que l’automobiliste est appelé à  changer régulièrement. Selon des statistiques fournies par le Haut commissariat au plan, les dépenses d’entretien des voitures particulières varient entre 300 et 600 DH par mois et par véhicule. Toujours selon le HCP, le parc automobile actuel est estimé à  2,14 millions de véhicules contre 1,76 million en 2002. Une hausse du nombre de véhicules mais également des dépenses. Une situation qui a fait exploser le secteur de la pièce de rechange. En dix ans, c’est-à -dire de 1996 à  2006, la progression du chiffre d’affaires de l’industrie automobile, englobant la pièce mais également les ventes de véhicules, a été de l’ordre de 100 % (entre 1996 et 2003, la croissance a été de 86%, passant de 6 milliards à  11,4 milliards de DH, selon une étude de la direction des études et des prévisions financières du ministère des finances).

Pour ce qui est du circuit de fabrication ou d’importation et de distribution des pièces de rechange, le chiffre d’affaires est estimé à  4,9 milliards de DH, selon une étude réalisée en 2003 par l’Agence nationale de la PME (ANPME) et d’Euro Maroc entreprises (EME). Durant le premier semestre 2007, les importations en pièces automobile ont atteint 720 MDH contre 499 MDH durant la même période de l’année 2006. En un mot, le secteur connaà®t un grand boom. Les professionnels sont unanimes sur ce point, et à  leur tête les responsables de l’Association marocaine de l’industrie et du commerce automobile (Amica). «C’est un secteur très porteur qui demeure pourtant très mal structuré», souligne Ali Moamah, président-directeur général de Sinfa (Société industrielle de fournitures automobile) et président d’honneur de l’Amica.

C’est que les bonnes performances de l’industrie automobile, portée notamment par un plan de développement entièrement dédié dans le cadre du plan Emergence, ont impacté la production nationale. Celle-ci ne couvre pourtant que 10% des besoins du marché national, les 90% restants étant importés.

90% des pièces en circulation sur le marché marocain sont importées
La production nationale concerne les filtres, dont une bonne partie est fabriquée dans les unités de production de Sinfa, les batteries, notamment par le groupe Chaâbi, les pare-brise, les joints, les freins et autres plaquettes. La production de pneus était également assurée au Maroc jusqu’à  ce que la dernière usine, en l’occurrence celle de Goodyear, à  Casablanca, récemment, mette la clé sous le paillasson. En tout, ce sont une trentaine d’équipementiers qui ont réalisé, au courant de l’année 2007, un chiffre d’affaires estimé à  plus de 500 MDH. Les pièces fabriquées par ces unités sont essentiellement de marques européennes. «Nous fabriquons essentiellement des pièces de rechange pour véhicules de marques françaises, italiennes ou allemandes. Les pièces de rechange de marques asiatiques, japonaises et coréennes notamment, sont importées», explique M. Moamah.

30% des entreprises du secteur opèrent au noir
L’industrie des pièces automobile est également marquée par la présence de multinationales, essentiellement implantées à  Casablanca, Bouznika et Tanger, dont la totalité de la production est destinée à  l’export. Il s’agit d’une vingtaine d’unités de production fabriquant des pièces Valeo, Sumitomo… Le chiffre d’affaires de cette industrie destinée à  l’export a été au cours de l’année 2007 de l’ordre de 1,5 milliard de DH. Ces grandes multinationales totalisent, signalons-le, 90% de la production nationale de pièces et accessoires automobile. Mais l’essentiel des pièces écoulées sur le marché national est importé, à  90% d’Europe. Pour cela, une vingtaine d’importateurs-distributeurs se partagent le marché des pièces d’origine.

A ceux-ci s’ajoutent près de 200 importateurs distributeurs de la pièce dite «adaptable». Ces derniers approvisionnent le marché en quantités importantes, assurant près de 46% du volume des ventes. Ces importateurs sont relayés par un réseau de 1 500 grossistes et détaillants répartis sur l’ensemble du territoire national. En tout, la filière fait travailler quelque 20 000 personnes entre ingénieurs, techniciens ou simples employés non qualifiés.

Pourtant, avec tout cela, le secteur souffre. «C’est un marché qui est loin d’être organisé et o๠les entreprises structurées sont très peu nombreuses», explique Ryad Idrissi, directeur général d’Optimum Auto, une PME qui a démarré en avril 2007. Spécialisée dans la vente de pièces auto et la réparation de véhicules, cette entreprise a multiplié sa mise de départ par cinq en quelques mois d’activité seulement. C’est dire que le secteur est plus que porteur. Même son de cloche du côté des responsables de l’Amica. Cette association met par ailleurs le doigt sur deux grands problèmes qui minent le secteur.

D’une part, «c’est un secteur atomisé, c’est-à -dire qu’il connaà®t l’intervention d’une multitude d’acteurs sans que ceux-ci soient organisés», explique ce professionnel. Cette atomisation est également observée pour ce qui est de l’origine des pièces produites ou importées. «Une centaine de marques est vendue sur le marché national, ce qui complique les procédures de contrôle», souligne la même source.

Mais le mal qui ronge le secteur demeure incontestablement l’informel qui prend différentes formes. Il y a d’abord la contrebande et la sous-facturation en douane qui représentent, selon l’étude menée par l’ANPME, l’Amica et EME, entre 15 et 20% du volume des pièces disponibles sur le marché marocain. Autre fléau qui touche le secteur : la contrefaçon. Les professionnels estiment la part des pièces contrefaites de 3 à  5%. «Ces taux peuvent paraà®tre faibles mais le danger est bien réel, surtout quand cette contrefaçon touche la motorisation, les freins, les pneus ou toute autre pièce dont la défaillance peut causer des accidents», fait remarquer ce revendeur casablancais qui s’est, dès le début de son activité, spécialisé dans les pièces dites d’origine «plus chères de 30% en moyenne mais qui demeurent une valeur sûre». Les pièces d’imitation (importées légalement, il faut le préciser), proviennent essentiellement de Chine, d’Inde et de Turquie. M. Moamah abonde dans le même sens. «Quand il s’agit de la sécurité des usagers des véhicules, on ne devrait faire aucune concession», précise-t-il.

Le secteur est en outre touché par une autre pratique déloyale : 20 à  30% des entreprises et autres structures commerciales du secteur ne font de déclarations ni à  la direction des impôts ni à  la CNSS. En somme, des opérateurs «underground».

Conscients de la gravité de la situation, les professionnels ne cessent de tirer la sonnette d’alarme, surtout que notre pays connaà®t l’un des taux les plus élevés au monde d’accidents de la circulation, dont une bonne partie est causée par des défaillances mécaniques.