Audiovisuel : Les premiers détails du futur pôle public

• SNRT Holding, une structure «légère» détenant des filiales réparties par services et métiers.
• Face à la refonte en marche du pôle public, des voix s’élèvent pour une révision profonde de la loi sur la communication audiovisuelle.

Un mois après l’annonce officielle du regroupement de la SNRT, 2M et Medi1 TV par le ministre de tutelle, Othmane El Ferdaous, les langues commencent à se délier au sujet des circonstances, tenants et aboutissants de ce big bang qui marquera à coup sûr l’avenir du paysage audiovisuel marocain (www.lavieeco.com). En cours de constitution, ce pôle public pèsera de tout son poids, aussi bien sur le plan éditorial que publicitaire. Soutenue par certains, décriée par d’autres, cette forte concentration suscite, dans les coulisses, de vifs débats au sein du microcosme politico-économique. Rares sont ceux qui savent le fin mot de l’histoire qui a commencé, selon des sources bien informées, lorsque Fayçal Laraichi, PDG de la SNRT et 2M, a demandé au gouvernement, fin 2020, de mettre la main dans la poche pour le financement d’une nouvelle chaîne thématique dédiée aux jeunes «Arryadia Chabab». Une requête qui a reçu une fin de non-recevoir. Parmi les arguments avancés, la nécessité d’abord de limiter la crise profonde de l’audiovisuel public et de déployer les recommandations contenues dans le rapport incendiaire de la Cour des comptes de 2018 sur ce secteur, avant de commencer à réfléchir au lancement d’un nouveau projet audiovisuel.

Feu vert des Finances
Le PDG de la SNRT et 2M a saisi donc cette opportunité pour ouvrir des discussions avec l’Exécutif, toujours selon les mêmes sources. Au final, il a reçu le feu vert des Finances pour l’accompagner dans cette vaste restructuration qui donnera lieu à la création d’une holding audiovisuelle publique «légère». Pour le moment, rien ne filtre sur le coût financier de cette refonte qui attend depuis au moins une dizaine d’années. Une chose est sûre: L’ensemble des options retenues traduisent l’approche des pouvoirs publics quant à la place et à l’évolution du secteur de l’audiovisuel. Toujours est-il, à part l’acquisition de 2M et celle à venir de Medi1 TV par la SNRT, le pacte annoncé n’est pas aussi verrouillé comme certains pourraient le penser. Le fait que le rachat de Radio Medi1 et de la première régie publicitaire, Régie3, soit suspendu au verdict d’experts indépendants laisse entendre que le deal est loin d’être gravé dans le marbre. L’opération s’annonce complexe dans la mesure où elle présente de véritables enjeux, notamment économiques.
En attendant, tout laisse à croire que les grandes lignes de la refonte telles que présentées sont puisées en large partie dans les réflexions, les enquêtes et les projections du top management de la SNRT. Déjà, il y a plus d’une dizaine d’années, une étude confiée au cabinet américain Booz Allen Hamilton -dont La Vie éco détient une copie- a donné un avant-goût de cette restructuration qui donnera naissance à une holding audiovisuelle publique «légère». Pour l’heure, à part la présentation sommaire du ministre de tutelle de cette réforme devant le Parlement, on ne sait pas s’il existe un document public détaillant l’opérationnalisation de cette refonte. Concrètement, à quoi donc va ressembler le nouveau pôle dirigé par une holding baptisée «SNRT Holding» ? La Vie éco a eu accès à des informations de première main concernant la configuration de cette nouvelle holding publique. Au total, plusieurs sociétés, réparties par métiers et services, notamment l’édition, la télédiffusion et la publicité, composeront SNRT Holding : SNRT, Soread-2M, Medi1 (fusion de Medi1 TV et Radio Medi1), Société nationale de production audiovisuelle, Société nationale de télédiffusion, SNRT News, régie publicitaire (fusion de Régie 3 et de la régie de la SNRT)… Théoriquement, SNRT Holding devrait prendre son envol dans deux ans. D’ici là, la nouvelle configuration en marche de l’audiovisuel public a besoin d’un nouvel encadrement juridique.
Des experts font état de la nécessité d’une révision profonde la loi 03-77 relative à la communication audiovisuelle. Contexte électoral oblige, il faudra certainement attendre la constitution du prochain Exécutif pour savoir si le secteur de l’audiovisuel sera en tête des priorités.


Vives inquiétudes au sein de l’audiovisuel privé

Beaucoup d’opérateurs privés ne cachent pas leurs inquiétudes quant à l’impact de la constitution d’un mastodonte audiovisuel public et de son éventuelle hégémonie publicitaire. En off, certains craignent une forte concurrence déloyale dans la mesure où les radios et les chaînes du pôle public, bénéficiant de l’appui financier de l’Etat, seront plus compétitives sur le plan commercial. D’autres appellent à une refonte urgente de la loi sur la communication audiovisuelle pour que les opérateurs publics et privés puissent profiter des mêmes règles. Ils recommandent même la suppression de la publicité sur les radios et les chaînes publiques. Pour le moment, la HACA ne s’est toujours pas exprimée sur la refonte de l’audiovisuel public telle qu’annoncée par le ministère de tutelle.