Argane : Développer des plateformes de commercialisation pour endiguer les effets Covid-19

• La filière argane n’échappe pas aux effets de la crise sanitaire.
• Les opérateurs d’argane réclament plus de soutien des banques pour les accompagner dans leur développement et la conquête de nouveaux marchés.
• Le dossier de la couverture sociale des adhérentes des coopératives avance également. Entretien avec Ahmed Atbir, président de la Fédération interprofessionnelle de la filière de l’argane (Fifargane).

• Quel est l’impact de la crise sanitaire sur la filière ?
La filière d’argane, à l’instar d’autres secteurs, est impactée par la crise Covid-19. Du jour au lendemain les femmes adhérentes des coopératives se sont retrouvées sans ressources. Ces femmes, qui, dans leur majorité, contribuent aux charges de leurs ménages ne peuvent plus accomplir cette fonction. Pour les accompagner des aides et des paniers de denrées alimentaires ont été distribués à des populations de l’arganeraie. Aujourd’hui, cependant, le contexte actuel de crise sanitaire continue à freiner l’activité.

• Quid des effets de la sécheresse sur la production de l’arganier et l’activité de la filière ?
La région de l’arganeraie a enregistré cette année une sécheresse sévère, ce qui à eu pour conséquence la rareté et la flambée des prix de Afiyache qui est la matière première. Aujourd’hui, le prix d’Afiyache a atteint 4 DH le kg, alors que l’an dernier à la même période le cours de la denrée était entre 2,50 DH et 3,50 DH le kg. Cette flambée des prix réduit la marge bénéficiaire déjà limitée des transformateurs d’argane. Ils exportent l’huile d’argane en vrac et ne peuvent pas toujours reporter cette augmentation sur les prix de vente. Aussi, la hausse des prix les asphyxie et les force à arrêter leur activité en attendant que le ciel soit plus clément et que la forêt retrouve sa vitalité. Pour l’heure, l’arrêt brutal du commerce en raison de la sécheresse et de la crise sanitaire a mis la trésorerie des opérateurs d’argane à rude épreuve. Pour les soutenir et palier aux marchés perdus pour le moment à l’export, l’Etat a mis en œuvre plusieurs actions pour encourager la consommation nationale. Il est cependant urgent que des aides et des allègements de charges fiscales soient entrepris en faveur des acteurs de cette filière qui touche directement ou indirectement 3 millions de personnes.

• Où en est le dossier de la couverture sociale des membres de la filière ?
La Fifargane a signé en marge du SIAM 2019 une convention avec la MAMDA qui permet à ses membres de bénéficier d’une assurance médicale. Cette convention, contre une petite cotisation, donne droit au remboursement de 80% des frais médicaux. Le projet REFAM (NDLR : Renforcement économique des femmes de la filière de l’arganier) a pris en charge cette année la cotisation de 1 500 femmes adhérentes des coopératives. L’an prochain, la cotisation de 500 autres femmes sera aussi prise en charge. Cette action vise à montrer aux membres de l’interprofession l’intérêt à souscrire à la couverture médicale et suivre les directives du dernier discours de S.M. Mohammed VI.

• Quelles sont les actions qui ont été entreprises pour encourager la commercialisation du produit ?
Le ministère de l’agriculture via l’Agence du développement agricole et le ministère du commerce et de l’industrie, ont initié chacun de leur côté des actions pour la présence et la vente des produits du terroir dans les grandes surfaces et la mise en place de plateformes pour encourager le commerce électronique. L’Office du développement et de la coopération a accompagné pour sa part les coopératives pour la création des logos et des sites pour la vente en ligne. L’Etat, en coordination avec les banques, a aussi mis en place des solutions pour financer la relance des activités des opérateurs. Ces mesures ont permis d’atténuer l’impact Covid-19. La profession souffre toutefois encore dans ce contexte pour couvrir les charges de l’activité.

• Quelles sont les contraintes encore à endiguer aujourd’hui pour le développement de la filière et quelles sont les priorités ?
Les opérateurs d’argane réclament plus de soutien des banques pour les accompagner dans leur développement et la conquête de nouveaux marchés. Il faut aussi encourager la valorisation sur place de l’huile pour capter plus de plus-value dans l’aire de production. Ceci ne peut se faire qu’en soutenant la recherche et les projets novateurs. Il est nécessaire enfin de continuer à protéger le nom argane des usurpations sur les marchés extérieurs.