ANAPEC : 132 163 demandes d’emploi pour seulement 18 343 offres

L’agence définit avec le candidat qui dépose son CV un plan d’action pour trouver le meilleur emploi dans les meilleurs délais.

«Au Maroc, le marché de l’emploi est plutôt morose en 2012», se plaignent nombre de cabinets de recrutements de la place. Tout le monde le sait, le Maroc n’est pas à l’abri de la crise mondiale, et l’économie européenne avec laquelle notre pays entretient des rapports étroits par l’ampleur des échanges commerciaux et le volume des investissements est en mauvaise passe. Et une crise de l’emploi en Europe ne peut que toucher le Maroc aussi : les chiffres officiels parlent d’une légère baisse de la population active entre le premier trimestre 2011 et le premier trimestre 2012, et un taux de chômage qui a augmenté de 9,1 à presque 10% sur la même période (voir encadré).

La crise de l’emploi est donc un postulat avec lequel il faudra compter. Les entreprises, qu’elles soient nationales ou multinationales, revoient à la baisse leurs budgets alloués aux recrutements, et se montrent de plus en plus exigeantes en matière de profils recherchés. Néanmoins, le marché du travail n’est pas fermé, et quand on demande à ces cabinets de recrutement quels sont les profils les plus demandés et quels seraient les métiers d’avenir, on nous répond que, crise ou pas, les bons commerciaux ont toujours la cote. Plus, «la fonction commerciale continuera d’être un vrai métier d’avenir malgré la crise», explique Mouna L., consultante en recrutement dans un grand cabinet à Rabat. «Aujourd’hui, pour se maintenir, toutes les entreprises sont dans l’obligation d’avoir une solide équipe commerciale. Avec le contexte de crise, de nombreuses activités se retrouvent à faire du porte-à-porte pour se vendre. La communication ne suffit plus», ajoute-t-elle.

Si les commerciaux restent les plus recherchés sur le marché du travail marocain, et ce, depuis plusieurs années, il faut nuancer. «Un commercial qui a fait une très belle performance dans la vente des voitures n’excellera peut-être pas aussi bien pour vendre les produits d’une autre entreprise. Nous cherchons avant tout des profils en adéquation avec un environnement bien défini. Les talents d’ingénieur technico-commercial sont très prisés», considère Serge Hernandez, DG de RH Performance.

Les commerciaux qui maîtrisent les techniques d’import-export sont les plus demandés

De préférence des commerciaux, insistent les recruteurs, qui maîtrisent les techniques de l’import et de l’export, notamment dans des secteurs en pleine expansion au Maroc, comme l’industrie de l’automobile, à titre d’exemple.

En deuxième lieu, les logisticiens sont très prisés, mais il y a aussi les chefs et directeurs de projets dans le bâtiment et l’industrie, les financiers et les directeurs en ressources humaines. Cela dit, quel que soit le métier recherché, c’est la qualité intrinsèque du candidat au travail qui prime. On a beau être un bon technicien bardé de diplômes, sans un savoir-faire et un savoir-être, tout est remis en question. Essaïd Bellal, directeur du cabinet Diorh, n’a de cesse de mettre l’accent sur ce point chaque fois que nous l’interrogeons sur les profils qui marchent et les métiers d’avenir. Première chose, selon lui, les filières montantes au moment de l’inscription d’un bachelier peuvent ne pas avoir la cote une fois ses études terminées. Deuxième chose : les étudiants devraient savoir que le diplôme a aujourd’hui un rôle mineur. Un candidat, même à fort potentiel technique, doit disposer d’autres atouts pour s’affirmer sur le marché du travail. Il faut, ajoute notre consultant, «qu’il ait une éducation de base, avoir confiance en lui, posséder une capacité d’écoute et de communication, être indépendant et capable de résoudre les problèmes qui se posent à lui.»

Cela dit, force est de constater qu’en matière d’emploi, les cabinets de recrutement privés ne sont pas les seuls à agir pour orienter les candidats vers les métiers correspondant à ce que demande le marché du travail. L’Agence nationale de promotion de l’emploi et des compétences (ANAPEC), organisme public, est désormais incontournable en matière de centralisation des offres et des demandes d’emploi.

Quantitativement d’abord, l’agence enregistre chaque année quelque 100 000 chercheurs d’emploi dans sa base de données. Une visite dans son site web le 11 septembre dernier donne une idée : 132 163 CV sont déposés auprès de l’agence contre 18 343 offres. De 2001 à 2011, plus de 344 000 candidats ont pu être insérés par son biais, il suffit de s’y inscrire. On est passé les cinq dernières années de 20 000 insertions par an à plus de 50 000. Au plan qualitatif ensuite, l’agence est, bien entendu, loin de concurrencer les grands cabinets privés de recrutement quand il s’agit des profils pointus, comme les cadres supérieurs et le personnel dirigeant. L’agence, elle, cible en particulier les candidats issus de la formation professionnelle (43%), les bacheliers et les diplômés de l’enseignement supérieur constituent le reste.

N’empêche, selon ce responsable en ressources humaines, l’ANAPEC commence à «constituer un vivier de cadres issus des grandes écoles, qu’ils soient de formation d’ingénieur, de commerce ou de sciences juridiques.»

Un réseau de 74 agences sur l’ensemble du territoire national

L’atout de l’ANAPEC, par rapport aux autres cabinets privés de recrutement, est qu’elle dispose d’un réseau de 74 agences sur l’ensemble du territoire national, et les chercheurs d’emploi dans les régions éloignées du centre n’ont pas de mal à s’y inscrire et à suivre leur dossier, suivant même si nécessaire une formation faite par l’agence elle-même correspondant aux besoins des offres émanant des entreprises. L’agence dispose donc d’une base de données assez large qui profite aux entreprises chercheuses de profils spéciaux. Comme le dit ce directeur administratif d’un cabinet d’audit et de conseil documentaire, «il nous arrive que nous nous adressions à une agence d’Oujda, Errachidia ou Tanger, du moment que nous avons une mission sur place. Cela permet de gagner du temps, car si on passe par Casablanca, le traitement de la demande prendrait plus de temps. Dans les petites villes, les responsables d’agence sont plus réactifs et font parfois le suivi pour savoir si les candidats correspondent à nos attentes».

L’ANAPEC a ses atouts, mais elle souffre aussi de quelques lacunes relevées par nombre d’entreprises qui y inscrivent leurs offres. Pour une amélioration de ses services, ces dernières demandent, entre autres, une meilleure sélection des candidats selon les spécialités. Dans le domaine de l’hôtellerie et de la restauration par exemple, il y a plusieurs métiers, il faudra, selon ce directeur d’hôtel, que l’agence «trie les demandes selon la spécialisation : dans la restauration, un cuisinier n’est pas un pâtissier ou un boulanger. De même, en hôtellerie, la conciergerie est une chose, la réception et l’hébergement en sont une autre».