Alors que les dépôts du secteur bancaire stagnent, Al Barid Bank fait 12% de croissance

La banque recrute 500 000 nouveaux clients par an n Ses ressources atteignent 36 milliards de DH répartis équitablement entre dépôts rémunérés et non rémunérés. Un taux d’intérêt de 5.10% pour les crédits immobiliers, 11.5% pour les découverts… la grille tarifaire de l’établissement tranche avec le marché.

Depuis son entrée en activité à la mi-2010, Al Barid Bank a résolument opté pour une communication discrète en comparaison avec les autres banques de la place. Pourtant, le développement de la banque postale jusqu’à présent est à plus d’un titre remarquable, ce qui n’a d’ailleurs pas échappé à plusieurs institutions internationales (voir encadré). En effet, l’établissement public accueille annuellement 500 000 nouveaux clients et ce rythme devrait encore croître de 10% l’année prochaine. Pour situer cette performance, précisons que la Banque Populaire, classée première banque de détail au Maroc, a recruté 510 000 nouveaux clients en 2011. Pas étonnant avec tout cela qu’Al Barid Bank abrite actuellement plus du tiers des comptes à l’échelle nationale, soit 6 millions sur un total de 15 millions.

Bien sûr, il faut aussi voir à quelle hauteur ces comptes sont alimentés. Et le fait est que là encore la banque postale va vite. Ses ressources se montent actuellement à 36 milliards de DH répartis à parts égales entre dépôts non rémunérés et rémunérés. Pour précision, cette dernière catégorie comprend principalement les comptes de la Caisse d’épargne nationale (CEN) qui continuent d’être gérés par la CDG, et des dépôts à terme dont le total reste contenu à 400 MDH. A ce niveau de ressources, Al Barid Bank se classe 6e parmi les 9 principales banques de la place avec une part de marché de 5% sur l’ensemble du secteur bancaire. Mais il faut surtout retenir que les ressources augmentent de 4% par mois en moyenne pour celles rémunérées et de 12% pour les ressources à vue, comme l’avance le management d’Al Barid Bank. Tandis que les dépôts au niveau de tout le secteur bancaire sont en stagnation, voire en légère baisse, sur les derniers mois.

Mais dans une certaine mesure, ce développement marqué des ressources était quasiment acquis à la banque. En effet, Al Barid Bank, dans la lignée du positionnement historique de la Poste en matière de services bancaires, exploite des viviers de clientèle peu courtisés jusqu’à présent, généralement des bas revenus situés à l’extérieur des grandes villes. En lien, près des trois quarts de la clientèle de la banque restent jusqu’à présent localisés en milieu rural et périurbain. Et cet état de fait ne devrait que se renforcer à l’avenir car «la banque postale conserve une mission publique d’encouragement de la bancarisation à l’échelle nationale», insiste Redouane Najm-Eddine, président du directoire de la banque. Au passage, précisons que le taux de bancarisation approche actuellement les 54%, alors qu’il s’établissait à 34% avant le démarrage d’Al Barid Bank.

Un encours de crédits d’un peu plus d’un milliard de DH

En revanche, le développement du crédit constitue un véritable challenge pour la banque postale. Entre le crédit immobilier, le crédit à la consommation et le découvert, l’encours des financements accordés par la banque totalise actuellement un peu plus d’un milliard de DH. Un niveau loin de soutenir la comparaison avec les dépôts, ce qui est bien normal car la commercialisation de toutes les solutions citées n’a été entamée qu’en 2011. Mais il faut aussi dire que la banque postale est bridée en la matière, à savoir qu’elle est tenue par un pacte moral conclu avec le Groupement professionnel des banques du Maroc (GPBM) de ne pas racheter de crédits auprès des autres établissements de la place.

Si ce n’était ce pacte, la situation aurait pu être toute autre surtout qu’Al Barid Bank pratique une politique de bas prix eu égard aux faibles revenus de sa cible principale et du fait qu’elle n’est pas tenue par les impératifs de profits au même titre que d’autres banques privées de la place. Dans le détail, les crédits immobiliers de la banque démarrent à un taux de 5,10% (même pour les prêts à taux fixe) contre 5,5% au moins pour la concurrence avec des frais de dossier de 500 DH en moyenne. Le découvert est facturé à 11,5% alors que les autres banques appliquent au moins 13%. Aussi, le crédit à la consommation est accordé à des conditions plus souples, notamment en termes de scoring de la clientèle, ce qui fait ressortir des taux plus bas que le marché.
Au volet du crédit, précisons aussi qu’Al Barid Bank confie la gestion de ses solutions à la consommation et de financement immobilier respectivement à Sofac (dont elle est actionnaire à 37,9%) et à Wafa Immobilier. La filiale d’Attijariwafa bank est en contrat avec la banque jusqu’à fin 2013 suite à quoi cette dernière devrait se décider entre l’internalisation de la gestion de ses crédits immobiliers ou la désignation d’un prestataire par le lancement d’un nouvel appel d’offres.

Outre les solutions pour les dépôts et les crédits, Al Barid Bank mise également sur les transferts de fonds dont la banque revendique 80% de parts de marché s’agissant des flux locaux. L’établissement opère 10 millions de DH de transferts nationaux et internationaux par jour selon les chiffres avancés par le management. Al Barid Bank offre enfin des produits d’assurance distincts ou couplés à des crédits en partenariat commercial avec Wafa Assurance.

En somme, le portefeuille de produits de la banque couvre aujourd’hui tous les besoins de base de la clientèle et «l’objectif à présent est de segmenter l’offre», dévoile M. Najm-Eddine. A cet effet, de nouveaux packages seront introduits d’ici la fin de l’année à destination des fonctionnaires, des jeunes (50% de la clientèle de la banque ont moins de 35 ans) et des retraités, sans compter un pack d’accès aux services bancaires. Un nouveau service de mobile banking devrait également être lancé d’ici fin 2012 et sera ouvert aux clients et non clients de la banque.