Allumettes, bientôt une pièce de musée ?

Le dernier allumettier sur le marché survit difficilement

En 2007, Diversam
Comaral a vendu 5 millions de boîtes par mois au lieu de 25 millions il y a dix
ans

Le secteur est mis à  mal par les importations de briquets asiatiques.

A l’ère de la globalisation, rares sont les domaines o๠on peut encore parler de monopole. Pourtant, depuis janvier 2006, le secteur des allumettes au Maroc est devenu un monopole de fait puisqu’il ne reste plus qu’un producteur : Diversam Comaral. Ainsi, l’entreprise produit aujourd’hui les dernières marques locales ayant survécu à  l’hécatombe. Parmi les victimes de la crise, on compte «Top sécurité», disparue fin 2004, «Le petit cavalier», disparue en 2006, «Le Chat» et «Le daim».

Aujourd’hui, dans le portefeuille de marques de Diversam Comaral, on trouve «Le Tigre», «Le Lion», «Le Cheval», «Le Chariot», «Le Papillon», «L’Aigle» ou encore «Kamacho». «Nous avons certes un monopole, mais sur un marché très restreint», explique Paolo Luigi Cittadini, administrateur directeur général de Diversam Comaral.
En effet, la demande n’a cessé de diminuer et ce, depuis 1995, quand elle s’élevait à  25,2 millions de boà®tes par mois. Comparativement à  cette période, les ventes ont été divisées par deux en 2002, à  12 millions de boà®tes, et ne cessent de chuter d’année en année. Désormais, il se vend difficilement 5 millions de boà®tes par mois, toutes marques confondues.
M. Cittadini impute cette descente aux enfers à  l’importation de briquets chinois, légale ou illégale, dont les méfaits ont été portés à  la connaissance des pouvoirs publics, en vain. Aujourd’hui, il est officiellement importé une moyenne de 55 millions de briquets dont une cinquantaine en provenance de l’Asie, de Chine principalement. Le reste est partagé entre la France, qui fournit 695 000 briquets de marque Bic, l’Espagne avec 4,4 millions d’unités des marques Bic et Clipper, et les Pays-Bas avec 582 000 de marque Criquet.

30 millions de briquets illégalement importés
Les briquets et les allumettes produites localement ou importées coexistaient pourtant par le passé sans que l’industrie des allumettes ne connaisse de crise majeure. Que s’est-il passé entretemps ?
En fait, ce qui l’a réellement mise à  mal, selon les acteurs du secteur, c’est surtout la contrebande. En effet, on estime les briquets importés en contrebande d’Asie à  quelque 30 millions d’unités. Ce sont donc au total 80 millions de briquets asiatiques qui seraient en vente sur le marché. Vendus à  0,50 DH pièce, ces briquets permettent en moyenne 500 allumages. Au même prix, une boà®te d’allumettes qui ne contient que 40 tiges ne fait pas le poids. «Pourtant, ces produits ne répondent pas aux normes de qualité», avance le DG de Diversam Comaral, qui rappelle qu’à  cause de ces produits défectueux deux incendies se sont produits, à  la Kissaria Chaouia en décembre 2003, et à  Derb Omar, à  Casablanca, en mai de la même année. «Apparemment, cela ne dérange personne…», déplore-t-il. A l’en croire, le marché marocain manque de moyens de contrôle. Il souligne de manière plus claire que les normes et textes de lois ne sont pas appliqués, que les équipes légalement concernées ne peuvent pas procéder à  des saisies et que la direction de la normalisation elle-même manque de moyens pour contrôler les marchandises importées.

Diversam Comaral diversifie son activité pour survivre
Devant cette mort programmée, Diversam Comaral n’avait d’autre choix que de se diversifier, comme l’explique Paolo Luigi Cittadini. Ainsi, tout en restant dans le marché du «feu», l’entreprise est devenue l’importateur exclusif de la marque «Criquet» et de bougies décoratives. Pour ce qui est des allumettes, le créneau des produits publicitaires et personnalisés avait naguère représenté une solution de rechange. Cependant, hôtels et restaurants, cible principale de ce produit, ne constituent que 1% du marché global, soit 50 000 boà®tes par mois. «Ce support publicitaire reste marginal et utilisé avec beaucoup de parcimonie», explique-t-il.

C’est dire que l’industrie semble irrémédiablement condamnée. «Il faudrait être fou pour y investir. Surtout que nous avons subi des redressements fiscaux, des conflits sociaux et pour finir perdu le soutien des banques», confie avec amertume M. Cittadini qui dirige ce qui est certainement le dernier fabricant d’allumettes du pays. Pour combien de temps encore ?